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San Antonio nous revient pour une 24e aventure.

Des gueules d’enterrementIl me regarde avec intérêt et commisération. -Vous êtes monsieur Berthier ? demande-t-il. Il se dégrafe le col pour avoir plus de possibilités oratoires. -Non, réponds-je, pourquoi ? -Je venais à cause que Mme Berthier a eu un petit ennui, fait-il gauchement. -Ah ? -Oui, elle s’est fait écraser par une auto... -Et elle est morte ? -Tuée net. -C’est ce que vous appelez un petit ennui, vous ?

Bérurier, l’acolyte du commissaire San Antonio, achète, aux puces, un appareil photo pour l’offrir à son neveu comme cadeau de mariage. Il a tout prévu pour faire passer l’objet pour neuf, un beau papier d’emballage pour faire la rue Michèle, mais, au dernier moment, il se rend compte que l’appareil contient une pellicule. Il la retire de l’objet et la donne au spécialiste de la photo du bureau. Celui-ci, pour s’amuser, décide de développer la pellicule voilée et une photo, une seule, est encore viable. Sur le papier il découvre la tête d’un homme avec une balle dans le crâne. San Antonio va alors chercher à déterminer qui est le cadavre, pourquoi l’a-t-on pris en photo, qui l’a tué, sans se douter qu’il va se retrouver mêlé à une tout autre affaire que celle qu’il croyait.

Encore une fois, Frédéric Dard ne se contente pas de livrer une intrigue minable sous prétexte de tout miser sur sa plume et son personnage.

San Antonio et Bérurier vont donc déranger les jeunes mariés pour récupérer l’appareil en question. Le temps de s’arrêter manger un bout et, en sortant du restau, le commissaire aperçoit un type en train de forcer sa voiture pour voler l’objet. Il arrête le type, mais, lors de l’interrogatoire, ce dernier se fait la malle non sans lui laisser une belle bosse sur le crâne...

« Des gueules d’enterrement » est un bon épisode de la série dans lequel Bérurier et Pinaud participent à bonne mesure.

Tout part d’un évènement anodin, l’achat d’un appareil photo. Pourtant, tout va alors partir en cacahouètes pour tout le monde. Béru va en baver des ronds de chapeau. SanA ne va plus rien comprendre. Et Pinaud va se perdre au propre comme au figuré.

Et, pourtant, tout débutait mal.

« Il faut que je te fasse rire », voilà que Bérurier a des exigences. Il veut faire rire San Antonio et, pourtant, il ne fait pas rire le lecteur (du moins, pas moi). Il veut faire rire, mais il s’étire, s’étend, s’entend en train de parler, prêt à rire plutôt qu’à faire rire.

« Il faut que je te fasse rire ». D’accord, mais son histoire n’est pas drôle, ni au départ, encore moins à la fin.

« Il faut que je te fasse rire ». OK, mais qu’y a-t-il de drôle dans son histoire d’un type tellement pingre que, même pour le mariage de son neveu, plutôt que de lui acheter un appareil photo neuf, il en achète un d’occasion aux puces et utilise un emballage du Printemps (le grand magasin, par la saison) pour faire croire à la virginité de l’objet.

Du coup, un « Il faut que je te fasse rire » qui ne me faisait pas rire et qui me poussait à devenir exigent. Tiens, j’avais l’impression que Frédéric Dard n’était pas au mieux de sa forme. Qu’il nous livrait un San Antonio faiblard...

Déjà, j’envisageais un opus moyen. Je me voyais ne pas retrouver la plume et le style que j’apprécie tant.

C’est dire si j’étais pessimiste en ce début de roman.

Et, pourtant, petit à petit, l’impression disparaissait à mesure que celle du visage d’un homme avec un trou dans la tête apparaissait sur le papier argentique de l’expert.

Avec cette intrigue qui démarrait, le roman en faisait réellement autant.

Puis Bérurier prenait de l’ampleur, avec son écureuil, Pinaud prenait son envol, San Antonio prenait des coups, l’histoire prenait de l’intérêt et je prenais un réel plaisir de lecture malgré mes craintes.

Au final, ce 24e titre est un bon titre dans lequel le triumvirat (SanA, Béru et Pinuche) sont présents, ensemble, séparément, et absents, ensemble, séparément. Un très bon moment de lecture, mais on commence à y être habitué avec les aventures de San Antonio.

P.S. Si on veut être un peu bégueule, le titre n’a pas grand rapport avec l’histoire et ce n’est pas la couverture la plus inspirée de Michel Gourdon.