Du-plomb-pour-ces-demoiselles

Frédéric Dard est principalement connu pour ses romans mettant en scène le commissaire San Antonio, mais on oublie un peu vite qu’il a écrit énormément d’autres romans sous son nom ou sous de nombreux pseudonymes.

Parmi ces romans : « Du plomb pour ces demoiselles ».

Cet ouvrage, édité pour la première fois en 1951, a été écrit en parallèle des premiers titres de San Antonio.

On y trouve le sujet de l’époque, l’espionnage, mais un style à la fois différent de celui de l’auteur de San Antonio, mais proche de ce qui se faisait à l’époque :

Du plomb pour ces demoisellesJe regardai Gloria, ma petite Gloria, étendue dans sa mort avec ses cheveux d’or et de sang. Son sang encore sur le panneau inférieur du lit, car son tortionnaire s’était servi du montant de bois comme d’un billot pour lui sectionner les doigts. Le gars qui avait fait le coup avait mis toutes les chances de son côté et toutes les charges du mien. Comment avaient-ils pu savoir que Gloria avait collé les micropoints sur ses ongles avant de laquer ceux-ci avec un enduit foncé ? Ces types nous avaient, suivis d’Indianapolis à Chicago...

Le roman débute avec Russel Moore qui découvre dans sa chambre d’hôtel que l’on vient de tuer la femme qu’il aimait et qu’on lui a coupé les doigts. Pourquoi tant de violences ? Parce que le père de cette dernière était un scientifique ayant fait une découverte intéressant diverses puissances et que les plans étaient cachés dans des microfilms collés sur les ongles de la jeune femme...

Problème, le meurtre et les amputations ont été faits avec le revolver et le couteau de Russel.

Persuadé d’être suspecté et condamné, Russel Moore n’a alors qu’une solution : retrouver les microfilms et, au passage, venger la mort de la femme qu’il aimait. Il va devoir parcourir Chicago, sous la neige, la nuit, avec la police à ses trousses.

Le roman se déroule presque en temps réel, du moins sur un espace temps assez limité, à peine plus d’une nuit, et nous conte les mésaventures d’un homme cherchant à la fois à s’innocenter du meurtre de sa petite amie et à la venger. Pour ce faire, il n’a que très peu de moyens et si ce n’est une prostituée qui décide de l’aider, il n’aurait guère de chance de réussite.

D’autant que les indices sont quasi inexistants, mais, à partir d’un taxi, l’homme remontera, petit à petit, de piège en piège, de risque en risque, jusqu’aux divers responsables du meurtre.

Si le thème est assez proche de celui des premiers San Antonio (des affaires d’espionnage), le style, lui, est très différent. Certes, l’auteur use d’une narration à la première personne et son personnage principal parvient à faire tomber toutes les gonzesses dans ses bras, mais là s’arrêtent les similitudes. Pour le reste, point d’argot, pas d’humour, pas de digressions, mais une écriture qui, je ne sais pourquoi, me rappelle plus Boris Vian sous le masque de Vernon Sullivan, que celle de Frédéric Dard sous le masque de San Antonio.

Si le scénario est un brin linéaire, du fait que le héros ne cesse d’avancer, il réserve une surprise finale assez surprenante (bien qu’utilisée depuis, notamment dans un film culte).

Au final, une bonne lecture pour ce roman assez court qui, sans révolutionner le genre ni la langue, parvient à conserver l’attention du lecteur jusqu’à l’ultime révélation.