Le-Cercle-rouge

Maurice Leblanc est un auteur incontournable de la littérature populaire (encore un), mais un auteur incontournable qui n’a jamais été oublié, grâce, notamment, à son personnage d’Arsène Lupin.

Mais Maurice Leblanc n’a pas écrit que des aventures de son gentleman cambrioleur, comme nous le démontre l’éditeur Numeriklivres.

Même si l’initiative de Numeriklivres de rééditer, en numérique, des œuvres de la littérature populaire, est à louer (enfin, à vendre, mais à petit prix : 0,99 euro), il est un peu dommage que l’éditeur se concentre avant tout sur des œuvres déjà disponibles sur des sites de partages de la littérature populaire et donc des textes et des auteurs qui n’avaient pas forcément besoin de ce service. Cependant, force est de constater qu’au moins, dans ce cas, les ePubs bénéficient du savoir-faire de codage de Numeriklivres, un des premiers éditeurs à avoir proposé des livres avec un codage de qualité.

Le cercle rouge Paru en feuilleton de 78 épisodes dans Le Journal, du 4 novembre 1916 au 20 janvier 1917, Le Cercle rouge sera publié chez Lafitte en 1922. Le Cercle rouge, c’est cet effrayant stigmate qui, de génération en génération, apparaît sur la main d’un des membres de la famille Barden. En plus de cette marque, le malheureux élu est frappé de déséquilibre mental. À la mort des derniers représentants de cette famille maudite, Jim Barden et son fils Bob, on pense que la malédiction est éradiquée. Mais la marque fatidique réapparaît sur la main d’une jeune femme, contrariant une histoire d’amour en devenir... Un roman dans la grande veine du roman policier, alliant mystère et aventures, et sans la présence d’Arsène Lupin, ce qui, parmi la grande production littéraire de Maurice Leblanc, qui consacra à partir de 1905 l’essentiel de son œuvre à son héros envahissant, mérite d’être signalé.

Avec ce « Cercle Rouge », nous sommes bien loin du film éponyme de Melville avec Alain Delon et Bourvil, d’ailleurs, il n’y a aucun rapport entre les deux œuvres.

Il faut le dire et le redire, les journaux de la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle regorgent de pépites littéraires de grands auteurs et d’auteurs un peu plus obscurs. Que ce soient des textes d’abord écrits sous forme de feuilletons pour être réédités plus tard sous la forme d’un roman ou l’inverse, en faire une liste exhaustive serait mission quasi impossible.

L’un des premiers exemples, du moins le plus probant, est « L’affaire Lerouge », un feuilleton paru dans des journaux à partir de 1865 par Émile Gaboriau et qui sera, ensuite, transposé par l’auteur sous la forme d’un roman policier, genre qui, jusqu’alors, n’existait pas, et pour lequel Gaboriau dû inventer un style narratif qui fût ensuite repris par Conan Doyle et ses pairs.

Mais si beaucoup d’auteurs ont eu la chance que la transposition s’opère (Rodolphe Bringer, Jules Lermina, H.J. Magog...), d’autres n’ont pas eu cette chance malgré des textes de qualités (José Moselli avec son excellent « La Momie Rouge », par exemple).

Pour tout un chacun, Maurice Leblanc, c’est Arsène Lupin, tout comme Conan Doyle est Sherlock Holmes, Georges Simenon, Jules Maigret, Frédéric Dard, San Antonio... 

Effectivement, le succès international d’un personnage récurrent occulte bien souvent le reste de la production d’un auteur. Ce fut le grand malheur de Conan Doyle de constater que Sherlock Holmes vampirisait toute l’attention des lecteurs au détriment du reste de ses romans, personnages et thèmes de prédilection. Ce malheur engendra une rancœur qui poussa l’auteur à tuer son personnage dans les chutes de Recheinbach, créant, pour l’occasion, un némésis digne de ce nom, car, malgré tous les ressentiments qu’il avait pour Sherlock Holmes, il ne pouvait pas se résoudre à le laisser tuer par la main de n’importe qui.

Mais je m’égare, puisque le sujet est la plume de Maurice Leblanc et non celle de Conan Doyle.

Dans le cas présent, l’arbre qui cache la forêt se nomme Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur dont mon plus grand souvenir demeure l’interprétation de Georges Descrière dans la série télévisée adaptée de l’œuvre de Leblanc. Oui, autant le dire, je ne suis pas un grand lecteur de Arsène Lupin, tout comme je ne le suis pas, non plus, de Fantomas, ni de Rouletabille ou du Commissaire Maigret. 

Hé oui, on peut être passionné de littérature populaire sans être un fervent lecteur des plus populaires représentants de celle-ci (j’oserais presque dire que c’est parce que je suis passionné de littérature populaire que je n’en suis pas fervent).

Donc, pour tout le monde, moi itou, Maurice Leblanc est associé à Arsène Lupin et inversement.

Mais Maurice Leblanc a également beaucoup écrit, à côté et, notamment, le feuilleton dont il est question aujourd’hui : « Le cercle rouge ».

Au départ, « Le cercle rouge » est un film. Oui, je sais, j’en ai parlé plus haut, mais comme je dis « au départ », vous vous doutez bien qu’il ne s’agit toujours pas du film de Melville.

En 1915, d’après les rumeurs, un film titré « Le cercle rouge » inspire Maurice Leblanc qui va l’adapter en feuilleton pour un journal en 1916 puis en 12 fascicules en 1917 et, enfin, en recueil en 1922.

Numeriklivres réédite donc ce recueil...

Voilà un long prologue, me direz-vous, ce qui laisse augurer d’une chronique interminable, mais, je vous rassure, si je me suis autant étalé pour présenter l’ouvrage, c’est que je serais très concis pour en dire ce que j’en pense, étant donné que je n’ai pas été au bout de ma lecture.

Effectivement, j’ai abandonné ma lecture en court de route pour diverses raisons.

La première étant que ce roman n’est pas réellement un roman policier (du moins dans son premier tiers, après, je ne sais pas). Il s’inscrit plus dans une veine un peu fantastico-sentimentalo-aventuro-çatombalo.

La seconde réside dans le style employé par l’auteur. Alors, oui, je sais, on va dire que si on ne veut pas lire un texte un peu désuet, il ne faut pas lire de roman de cette époque. Et bien, je répondrais : « Que nenni ! » Car je lis beaucoup de romans de cette époque et si, parfois, l’écriture est un peu désuète, elle participe bien souvent au charme du roman. Mais là, non.

Non, car la désuétude du style s’accompagne avec celle des personnages et de l’histoire.

Trop de désuétude tuant la désuétude, le plaisir de lecture en pâtit énormément.

Car, la désuétude d’un style, celle des relations entre les personnages (ce que j’appellerais l’aspect « fleur bleue ») peut fonctionner s’il est confronté à un autre aspect moins daté (un personnage fort, de l’action, de l’aventure, de l’humour). Mais quand tout sombre dans cet aspect compassé, alors, cela devient aussi indigeste que du Nutella à la confiture de fraise rehaussée par du sucre glace et nappée de miel.

Bref, tout cela pour dire que si le style n’est pas moderne, mais l’on s’en douterait sans que je le dise, il n’y a aucune épice pour égayer un plat qui se révèle insipide. Les personnages sont inintéressants, l’histoire très datée et très peu policière, les réactions guindées, sans inventivité ni humour.

Au final, vous l’aurez compris, pas grand-chose à tirer de ce roman-feuilleton, du moins, pour moi, ce qui est presque un crève-cœur tant j’aime la littérature populaire et tant je me suis ennuyé durant ma lecture de cette histoire.

P.S. : si Numeriklivres a doté son livre numérique de l’excellence usuelle de son codage d’ePub, on ne peut malheureusement pas en dire autant de la couverture qui, non seulement est très répétitive dans sa collection, mais en plus, pas du tout adapté au sujet. Dommage.