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Marcel Priollet est un auteur majeur de la littérature populaire qui, sous de nombreux pseudonymes, a énormément écrit dans les genres « Sentimental », « Policier », « Science Fiction » et « Aventure » entre 1910 et 1960.

Comme toujours, ou presque, c’est la part « policière » de l’auteur qui m’intéresse. Dans cette tranche bibliographique, Marcel Priollet nous livre quelques séries dont « Tip Walter, le prince des détectives », « Monseigneur et son clebs » dont j’ai déjà abordé les huit titres et « Old Jeep et Marcassin », la série qui nous intéresse aujourd’hui.

« Old Jeep et Marcassin » est, à l’origine, une série de 10 fascicules d’une soixantaine de pages publiés chez Tallandier (l’éditeur de la série « Monseigneur et son clebs » que Priollet a écrite à la place d’autres épisodes de la série « Old Jeep et Marcassin »).

Tout comme pour « Monseigneur et son clebs », Marcel Priollet nous propose un duo de héros (un policier américain et un policier français, au lieu d’un civil et de son chien).

Old Jeep est un jeune policier américain d’une trentaine d’années, souple, élégant, beau gosse, ancien acrobate, dont la renommée n’est déjà plus à faire.

Marcassin est commissaire de police en France. C’est un cinquantenaire mafflu, à la moustache grisonnante, charpenté et rustique.

Les deux hommes se sont connus lors de la libération de Paris et, partageant les mêmes valeurs et le même don pour les affaires de polices.

Old Jeep, de son vrai nom Gordon Periwinkle (Periwinkle veut dire aussi bien pervenche que bigorneau), il doit son surnom à ses initiales, G.P., (G se prononce « dji » en anglais).

Le crime est pour demain : Les meilleurs policiers du monde assistent à un congrès international de la Police à Liverpool quand un richissime et excentrique Lord décide d’engager un match entre les deux meilleurs enquêteurs présents : Gordon Periwinkle, alias Old Jeep, l’américain et le commissaire Marcassin, le français. Les deux hommes se confronteront sur le prochain crime qui aura lieu dans un délai de trois jours. L’enjeu ? Une énorme prime sera versée au fonds d’aide aux orphelins de guerre. Alors que le terme du concours approche sans qu’aucun forfait d’envergure ne se soit déroulé, Old Jeep prévient Marcassin qu’un crime sera commis demain, qu’il en sera l’auteur et la victime, une pauvre vieille femme. L’arme du crime, un couteau qu’il tient en main. Le policier français ne prend pas son confrère et ami au sérieux. Pourtant, le lendemain matin, une vieille femme est retrouvée sauvagement poignardée dans les conditions confessées par le détective. 

Si l’on a déjà lu Marcel Priollet, on connaît son talent pour proposer des personnages qui, sans être d’une immense originalité, se démarquent par quelques traits de caractère. Il n’est d’ailleurs pas rare de retrouver des traits communs entre ses personnages. Monseigneur partage ainsi des gênes de Marcassin et on pourrait attribuer une certaine parenté entre Old Jeep et le commissaire Bellavent (qui est ami avec Monseigneur).

Mais, si l’on a déjà lu Marcel Priollet, on connaît surtout son aisance dans la narration et l’on sait qu’il ne va pas négliger le scénario de son histoire, et ce malgré la brièveté du récit et son appartenance à une série.

Car, si cet épisode est plus court que ceux de « Monseigneur et son clebs » (17 000 mots au lieu de 20 000), l’intrigue est présente et l’histoire intéressante.

Car l’ensemble de ce titre tient sur un élément : un duel entre les deux plus grands policiers dont l’un prévient l’autre du crime qu’il va commettre.

Le policier chasseur sera Marcassin, le français. Le policier chassé sera Old Jeep, l’américain.

À la base, tout oppose ces deux hommes. Opposition générationnelle : l’un est dans la trentaine, l’autre dans la cinquantaine. Opposition de style : l’un est plutôt rustre et costaud, l’autre élégant et souple. Opposition de culture : l’un est américain, l’autre est français. 

Pourtant, les deux hommes s’apprécient et se respectent et c’est sur ce constat que le duel va débuter.

Le lecteur suit alors l’enquête de Marcassin. Mais comme le lecteur a affaire à un premier épisode, il ne connaît pas les intervenants et ne peut appréhender les actions et réactions de chacun. Old Jeep est-il prêt à tuer pour que le duel ait lieu et éviter une déconvenue ? Marcassin est-il réellement aussi incompétent qu’il semble le paraître parfois ?

Et c’est au fur et à mesure de la lecture que l’on fait réellement connaissance avec chacun et que l’on comprend les actions de l’un et de l’autre, que les détails prennent leurs importances.

Certes, avec 17 000 mots, il est difficile de proposer une intrigue de haute voltige et de peindre des personnages en détail. Pourtant, Marcel Priollet relève allègrement les deux défis.

Car, sachant que l’on a affaire à une série, on se doute que l’on retrouvera Old Jeep et Marcassin dans les titres suivants et donc on a conscience de faire la connaissance d’un réel duo, un duo que l’on clamerait digne des « Buddy movies » (films d’amis) que l’on trouvera bien plus tard dans les films et les séries.

Pas besoin d’en dire plus si ce n’est que la lecture de ce premier épisode donne très envie de retrouver nos deux personnages, ce que l’on fera probablement en lisant « Le fantôme au rire de femme », le second épisode.

Au final, une bonne découverte (ou redécouverte pour certains), que ce premier épisode qui démontre, s’il en était besoin, qu’en plus d’être prolifique, Marcel Priollet était surtout un excellent écrivain populaire.