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Odilon Quentin, le fameux commissaire de la P.J., nous revient pour une 39e enquête, et pas des moindres, puisqu’il s’agit là d’un des trois épisodes ayant le double de la taille des épisodes habituels.

Double ration d’Odilon Quentin, donc, et quand l’on sait que l’on n’est jamais déçu par ses aventures, on se délecte à l’avance de celle-ci.

Odilon Quentin, rappelons-le à qui l’a oublié (ou, plutôt, à ceux qui ne l’ont pas encore découvert), est un homme au physique et aux manières de vendeur de bestiaux. Plus tout jeune, imposant, le chapeau souvent rejeté sur la nuque, la canne de java à la main et un air faussement niais qui fait que ceux qui ont affaire à lui le sous-estiment souvent.

C’est un policier casanier qui aime orchestrer les enquêtes depuis son bureau, déléguant les tâches de terrain à ses subalternes et se réservant les interrogatoires dans lesquels il excelle grâce à sa façon de s’adapter à son auditoire, notamment, quand celui-ci vient de la rue.

Le policier a souvent à mener des enquêtes sur des crimes à taille humaine qui touchent souvent les gens dans une misère sociale et financière. Rarement de crimes en col blanc à se mettre sous la main (et cela l’arrange), pas plus que de crimes ultra-violents et de tueurs en série sadique.

Non, chez Odilon Quentin, tout est à échelle humaine, la déchéance, le respect, comme la criminalité.

Aidé par des hommes de main fidèles ayant chacun son caractère et son savoir-faire, bien souvent Odilon commande et ses hommes disposent. Ne reste plus au commissaire qu’à dénouer les fils de derrière son bureau.

Trop de suspectsVoilà une bien étrange affaire dont à la charge le commissaire Odilon Quentin : un riche Lord anglais est retrouvé assassiné d’une balle de revolver dans un petit pavillon décrépi qu’il louait depuis quelques semaines. Le dossier, de prime à bord, à tout de classique : un crime crapuleux, puisque le coffret de la victime contenant des liasses de billets a disparu. Mais le policier découvre rapidement que les fréquentations douteuses du notable font que le nombre de suspects potentiels est trop important pour que cela soit honnête…

Cette fois-ci, il semble bien que ce soit la tuile pour notre bon gros commissaire : un notable anglais a été assassiné dans une villa. Le policier s’attend à ce qu’on lui demande de faire des courbettes aux proches de la victime, sachant que, même sous la torture, il se refusera à cette bassesse.

Pour autant, quel soulagement de constater que cet étrange anglais fortuné s’est entouré, en France, de fieffés compagnons. Depuis sa femme de ménage à la réputation pitoyable, jusqu’à ses amis de beuverie, tous ont un casier judiciaire long comme un jour sans vin (car on peut toujours se passer de pain, mais pas de vinasse).

La victime était d’ailleurs un joyeux luron qui aimait boire plus que de raison. Il semble qu’il se soit débattu avant de succomber à une balle de revolver.

Le problème habituel, pour le commissaire, est de trouver un suspect. Dans cette enquête, son souci sera de trier les coupables potentiels tant il y en a à foison. 

L’anglais n’avait-il pas des fréquentations douteuses ? N’avait-il pas coutume d’exhiber son argent à qui venait chez lui ? Et puis tous ces louches compagnons sont incapables de fournir un alibi qui tienne la route.

Odilon Quentin va donc lancer ses hommes sur la piste de chacun des suspects pour découvrir qu’aucun ne peut être a priori innocenté du crime. Les interrogatoires n’apportent pas plus d’informations au policier.

L’enquête promet d’être compliquée et longue, mais c’est sans compter sur le professionnalisme d’Odilon Quentin, son souci des détails et sa manie d’aller au bout de chaque piste, même la plus insignifiante.

Car, avec tous ces coupables potentiels, la notabilité de la victime et même, le fait qu’un inspecteur de Scotland-Yard soit dépêché sur les lieux, le commissaire avait de quoi se ronger les sangs.

Mais Odilon Quentin, fidèle à ses préceptes et à lui-même, va tout dépêtrer en moins de 20 000 mots (19 732, pour être précis), ce qui est tout de même plus fort que la plupart de ses confrères.

Raaa, qu’il est bon de retrouver Odilon Quentin, Chenu, Dubosc, Charron, Loiseau, M. Laubespin et même Marcel, le nonchalant garçon de bureau.

Le style de Charles Richebourg est toujours aussi bien adapté à son sujet et à son personnage. On a toujours l’impression d’y être. Les crimes et les personnages étant humains, loin de la démesure des personnages et des sujets des romans policiers à succès actuel, le lecteur a l’impression d’être immergé dans une certaine réalité. À la lecture flotte une impression d’y être, tant on est attaché à Odilon et ses hommes, mais également parce que l’ensemble est empreint d’un réalisme procédural rarement mis à ce point en avant. 

C’est bien simple, Odilon Quentin suit une partition écrite à l’avance, la procédure, quoi, et n’en démord jamais. Car il sait que c’est en respectant à la lettre sa façon de faire qu’il ne ratera aucun détail et aboutira toujours à la solution.

Cet aspect du personnage pourrait sembler rébarbatif et laisser craindre une certaine redondance, mais, bien que l’auteur use des mêmes courtes phrases pour replacer ses personnages ou les méthodes de ceux-ci, l’ensemble demeure plaisant à lire, car bien développé, bien narré et bien écrit.

Au final, un double épisode qui apporte son lot de plaisir de lecture et son lot de surprise même si le lecteur parvient aux mêmes conclusions que le commissaire avant que celui-ci ne donne le nom du coupable.