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Henri-Georges Jeanne alias H.J. Magog (mais aussi Jean Noal, Yves Choisin, Jacques de la Tardoire...) est un auteur incontournable de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Incontournable par son immense production, par les genres dans lesquels il a œuvré, pour avoir inondé les magazines et les journaux de ses romans, ses contes et autres textes, pour ses multiples rééditions (à l’époque).

Seulement, depuis le milieu des années 1900, H.J. Magog s’est fait discret, normal, il est mort en 1947, mais ses textes ont cessé d’être édités... d’être lus massivement.

Aujourd’hui, plus grand monde connaît H.J. Magog, ce qui est fort dommage.

Comme pour tous les auteurs de la littérature populaire, je me suis intéressé à H.J. Magog par l’intermédiaire de sa production policière.

« Le testament du fantôme » est un court roman (15 000 mots), paru initialement en 1921 dans l’incontournable collection « Mon Roman Policier », 1ère série du nom chez le non moins incontournable éditeur Ferenczi.

Le testament du fantômeLe détective Paddy Wellgone reçoit la visite d’une jeune femme qui lui explique que son « parrain », l’excentrique et richissime scientifique qui l’a recueillie et élevée au décès de ses parents est mort, omettant de laisser un testament en sa faveur contrairement à ce qu’il avait prévu. Pourtant, le domestique du défunt assure que le fantôme de son maître lui a parlé, la nuit précédente, l’informant que le fameux testament apparaîtra dans son laboratoire à minuit pile. Loin de prendre à la rigolade cette histoire qui ne tient pas debout, Paddy Wellgone soupçonne une fantaisie du savant dont le but est de contrer la cupidité de sa nièce, l’héritière naturelle. Le détective est loin de se douter des moyens que cette dernière a mis en place pour s’assurer d’entrer en possession du document ni des risques qu’il va encourir en tentant de la contrer…

Ce court roman policier est à l’image de la production de l’époque. Pour surfer sur le succès des romans policiers anglo-saxons, l’auteur affuble son héros d’un nom anglais : Paddy Wellgone. Pourtant, le détective œuvre en France et tous les autres personnages ont des noms très français.

Nul ne peut douter du talent de Magog à raconter des histoires, et ce, quel que soit le genre dans lequel il œuvre.

Ici, l’auteur nous offre un roman policier d’aventures dans la veine de ce que proposaient les auteurs au premier quart du XXe siècle. Aventures, rebondissements, un aspect surnaturel vite nié par le héros, du déguisement, de l’action... L’intrigue n’est pas réellement au cœur du roman, mais quand on connaît un peu le monde de la littérature populaire on sait bien que ni l’époque ni la taille des romans de la collection dont il est issu ne permettaient d’offrir ce genre de prestation (bien que seulement 4 ans plus tard, José Moselli, avec « La Momie Rouge », proposera un chef-d’œuvre du suspens, mais sur un texte bien plus long).

Paddy Wellgone est un être rationnel. Aussi, quand une jeune femme vient lui raconter l’histoire abracadabrante de son « parrain » mort dont le domestique aurait entendu la voix lui ordonner de préciser qu’un testament en faveur de la jeune femme apparaîtrait dans son laboratoire à minuit précis, le détective n’est pas dupe. Il y a anguille sous roche, chose qu’il savait déjà en observant sa cliente arriver, suivie de deux personnes.

À n’en pas douter, la bénéficiaire actuelle de l’héritage ne voit pas d’un bon œil cette histoire de testament et va tout faire pour mettre la main dessus.

Aussi, le détective sait qu’il va devoir déjouer un piège, ce que lui confirme son inspection de la maison du défunt. Plusieurs hommes louches ont investi les lieux et semblent commandés par une mystérieuse femme voilée.

À partir de là, le roman s’évertue, principalement, à conter la façon dont Paddy Wellgone va sy prendre pour réussir à prendre le testament au su et au vu de tout ce petit monde.

La chose ne sera pas aisée, elle sera, surtout, très risquée...

Ce court roman dévoile plusieurs choses sur H.J. Magog. Tout d’abord son talent de conteur, mais cela, il ne fallait pas en douter. Ensuite, manquant d’ampleur pour développer une intrigue et des personnages, Magog exprime sa volonté de se concentrer sur l’action. Ainsi, le détective, pourtant héros de plusieurs textes de l’auteur (j’en ai dénombré huit pour l’instant) n’est dessiné que grossièrement par la plume de Magog. De même, les personnages secondaires. L’intrigue, si elle réserve un rebondissement final, comme tout bon texte du genre, est absente : un testament, la gentille qui en profiterait, la méchante qui y perdrait... le détective qui va combattre la méchante et ses hommes pour le bien de la gentille. 

Au final, H.J. Magog nous livre là un bon travail, en bon faiseur, un roman qui ne rougira pas de la comparaison avec les mêmes productions du genre d’autres bons auteurs, mais qui, par sa concision, ne permettra pas à l’auteur d’exprimer pleinement son potentiel, celui-ci s’épanouissant plutôt sur des tailles de textes plus imposantes.