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H. J. Magog alias Henri-Georges Jeanne est un auteur majeur, pourtant aujourd’hui oublié, de la littérature populaire de la première moitié du XXe.

Auteur prolifique de romans d’aventures, romans policiers, romans fantastiques, contes, feuilletons... dont nombre romans ont été diffusés dans les magazines et les journaux de l’époque sous forme de feuilletons.

Il a notamment inondé les pages du journal « Le Matin » avec ses romans et chroniques.

Comme beaucoup de ses confrères de l’époque, notamment quand ils œuvraient dans le genre « policier », Magog utilisait parfois des mêmes personnages dans plusieurs romans différents. Parmi ceux-ci, un peut être considéré comme un personnage récurrent : le détective Paddy Wellgone.

Effectivement, Paddy Wellgone apparaît dans au moins huit enquêtes de tailles différentes, en fonction des collections qu’il intégrait.

À l’époque, un éditeur fait figure de « Big Boss » dans le monde de la littérature populaire policière : l’inénarrable Ferenczi.

Il n’y a donc rien d’étonnant que certains textes policiers de Magog aient intégré les diverses collections du fameux éditeur et, comme les autres textes des autres auteurs, certains étaient édités dans l’une puis réédités sous une forme légèrement différente (notamment pour en modifier la taille) dans une autre collection.

Deux collections des éditions Ferenczi ont ainsi nombre de titres en communs : « Mon Roman Policier » 1re série, qui attirait les lecteurs dans les années 1920 et « Police et Mystère », dans les années 1930.

Mais, le transfuge des œuvres de Magog ont également eu lieu entre la cultissime collection « Mon Roman Policier » de Ferenczi et les éditions R. Simon, dans les années 1940.

Mais revenons-en à Paddy Wellgone.

Si l’enquêteur apparaît bien, plusieurs fois, dans la collection « Mon Roman Policier », il semble que sa toute première apparition fut dans le roman « L’énigme de la malle rouge » publié sous forme de feuilleton dans « Le Journal » en 1912 et sous format papier dans la collection « Les Romans Mystérieux » chez Tallandier, puis dans divers journaux (« L’Écho d’Alger » en 1930, « Le Populaire » en 1928, « Le Nouvelliste Valaisan » en 1932 sous le titre « L’énigme de la valise rouge ») et réédité sous le titre « Le cadavre du tunnel » en 1932 aux éditions R. Simon, signé Paddy Wellgone, lui-même, et adapté par Jean de la Tardoise (un pseudonyme de Magog).

Bref, tout cela pour dire que, durant la première moitié du XXe siècle, ce roman eut de nombreuses rééditions et il le méritait.

Malheureusement, depuis, plus rien... jusqu’à maintenant.

L’énigme de la malle rougeAntonin Bonassou, jeune employé des Ponts-et-Chaussées à Nice, pour entrer dans les bonnes grâces de la propriétaire de l’immeuble dans lequel il vit, accepte de répondre aux éventuels clients de son voisin de palier, le célèbre détective Paddy Wellgone, que leur annonce que ce dernier est absent. Pour faciliter sa tâche et par orgueil d’être confondu, l’espace d’un instant, avec l’éminent homme d’action, Antonin accroche sur sa porte, la carte de visite qui trônait sur celle de l’enquêteur. Quand un représentant d’une compagnie d’assurance se présente à lui pour lui demander de prouver qu’un de ses clients a maquillé son suicide en assassinat pour qu’une tierce personne touche la prime d’assurance, il n’ose avouer son usurpation d’identité et, convaincu par la prime de dix mille francs promise en cas de succès, accepte l’affaire. Quelle n’est pas la surprise de Bonassou quand il apprend que la victime n’est autre que le tuteur de sa fiancée et que cette dernière est la bénéficiaire de l’assurance. Mais l’apprenti détective n’en est qu’au début de ses surprises : bientôt, le coffre-fort du défunt est dynamité et son contenu volé. Antonin Bonassou ne se doute pas encore qu’il va se lancer dans l’aventure la plus périlleuse et mystérieuse de sa vie d’autant qu’un étrange personnage de ne pas tarder à se mêler à son enquête…

Inutile de le rappeler, H. J. Magog savait manier la plume et avait un réel sens de la narration. Si vous en doutez, lisez n’importe lequel de ses romans. Si ces qualités sont indispensables pour produire un bon texte, elles ne sont pas, pour autant, suffisantes pour proposer de la littérature de qualité. À cela, il faut rajouter des personnages intéressants, ou intrigants, une histoire prenante, des rebondissements, des surprises...

Avec « L’énigme de la malle rouge », H. J. Magog parvient à réunir tous ces éléments et à les manier avec talent. Le résultat donne un excellent roman qui, s’il a un peu vieilli, notamment du fait qu’avec les méthodes scientifiques de la police actuelle, l’intrigue ne tiendrait plus la route, n’en demeure pas moins de qualité.

Certes, il faut se replacer dans le contexte de l’époque que le texte, lui, ne fige pas trop de par son ambiance et ses éléments internes. Du coup, si l’on oublie que le roman date des années 1910, on peut trouver l’intrigue bancale. Effectivement, avec les moyens modernes, aucune chance de tenir plus de quelques heures, avant que le pot aux roses soit découvert.

Mais, replongeons-nous à l’époque, une époque où les empreintes empreintes digitales font à peine leur apparition dans les méthodes d’identification (donc, les empreintes génétiques...).

L’intrigue démarre sur deux évènements différents qui vont pourtant très vite se rapprocher.

D’une part, un corps est découvert sur les rails, écrasé par un train. La victime venait de souscrire un gros contrat d’assurance vie excluant le décès par suicide. Aussi, l’agent d’assurance voudrait bien démontrer que la victime a maquillé son suicide en meurtre.

D’autre part, Antonin Bonassou, voisin de Paddy Wellgone, un célèbre détective, qui, à la fois pour rendre service à sa concierge et pour se pavaner un peu auprès d’inconnus, accepte de recevoir les clients du détective durant une absence prolongée. Pour s’éviter des explications et pour sembler devenir un aventurier, il adopte le nom de son illustre voisin.

Quand l’agent d’assurance vient sonner chez lui pour lui demander assistance, tant par orgueil mal placé de refuser de reconnaître qu’il s’est bêtement fait passer pour un autre que par l’envie de pimenter sa vie (et de gagner une belle prime), il accepte une avance pour enquêter sur le meurtre.

Dès lors, plus possible de faire marche arrière, d’autant plus qu’il apprend très vite que la bénéficiaire de l’assurance est la femme qu’il aime et qu’il compte bien épouser. Cette dernière étant celle à qui le crime profite, Antonin va alors redoubler de volonté pour trouver le véritable assassin pour éviter que sa fiancée soit suspectée.

Mais notre héros va très vite se prendre au jeu et sera bientôt rejoint dans son enquête par un bien curieux personnage.

Autant le dire tout de suite, le lecteur aura souvent un petit coup d’avance sur notre héros, car l’on se doute bien des quelques surprises que nous réserve cette enquête. Pour autant, la lecture de ces aventures sont très agréable, notamment, grâce à la naïveté du personnage principal qui fait le lecteur se sent plus perspicace que lui et ressent une certaine compassion pour lui.

Malgré tout, l’intrigue ne se révèle pas inconsistante même si l’aventure est largement privilégiée au suspens.

Le personnage attendrissant d’Antonin Bonassou qui va risquer sa vie, autant par bonté d’âme, que par orgueil mal placé, va, sans cesse, diviser le lecteur qui, d’un côté lui reprochera de ne pas tout avouer et de l’autre, va apprécier son courage, son dévouement et sa fidélité.

Le personnage mystérieux qui débarque dans l’enquête sera très vite démasqué même si l’auteur a la subtilité de laisser planer le doute à un moment.

Difficile d’en dire plus sur l’histoire sans risquer de déflorer celle-ci, mais il faut surtout savoir que H. J. Magog nous livre là un excellent roman policier d’aventures qui se dévore avec délice.

Au final, avec un personnage attendrissant, un sens de la narration, une intrigue bien ficelée et quelques mystères, H. J. Magog nous propose un excellent roman policier qui rappellera dans l’esprit, « Le poignard de cristal » de Rodolphe Bringer qui aurait été mixé avec « Le détective bizarre » et « Le resquilleur sentimental » de René Pujol.