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H.-J. Magog est un auteur phare de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises et, notamment, pour deux titres mettant en scène le détective Paddy Wellgone, également présent dans « Le masque à lunettes ».

Le masque à lunettesPaddy Wellgone, le célèbre détective, se retrouve confronté à une étrange affaire : plusieurs paysans ont été délestés de leurs économies. Chaque fois, le forfait s’est déroulé pendant que le volé était en consultation auprès d’un vieux docteur itinérant. Alors que l’enquêteur interroge les victimes, une jeune femme semble très intéressée par la scène ; il s’agit de la secrétaire sourde-muette du médecin en question. Paddy Wellgone, accompagné de son jeune groom, prennent en filature la complice, mais tombent rapidement dans un guet-apens… 

Paddy Wellgone est un détective réputé qui a débuté sa carrière littéraire, probablement en 1912 dans le roman « L’énigme de la malle rouge » et qui l’a poursuivie au gré des collections et des éditeurs.

Pour l’instant, il semblerait que « Le masque à lunettes » soit le troisième titre dans l’ordre chronologique dans lequel apparaît le personnage.

Écrit en 1923, cet opus a été réédité en 1933 dans une version probablement allongée. C’est cette dernière version qui sert de base à cette chronique. Je précise ce détail qui pourrait être insignifiant, car la lecture de cette histoire, du moins, sa narration, laisse à penser que le texte a été remanié et certaines scènes coupées pour tenir sur le format 64 pages de la collection, alors que, normalement, le texte original a été édité dans une collection de titres de 32 pages. Curieuse narration donc, qui, si ces éléments étaient avérés, serait une volonté de l’auteur.

Narration curieuse, ambitieuse ou originale (par moments, du moins dans les transitions et les ruptures) pour un texte somme toute classique qui est bien dans l’ambiance et dans le style de son époque (le début des années 20).

La curiosité de la narration fait d’ailleurs écho à une autre curiosité, le fait que « L’énigme de la malle rouge » qui semble être antérieure de 10 ans aux autres opus est également le titre le plus moderne (du moins plus moderne que « Le testament du fantôme » et « Le masque à lunettes ».

Pour ce qui est du personnage, comme souvent, dans un texte de moins de 20 000 mots [il en comporte à peine plus de 15 000], il n’est pas bien développé et se confond avec beaucoup d’autres du même genre et de la même époque. D’ailleurs, aucune réelle description physique, pas beaucoup plus sur ses caractéristiques mentales ou psychiques.

Son groom, Babylas, apparaît pour la première fois [peut-être bien pour la dernière], et n’est pas plus gâté pour les descriptions, si ce n’est qu’on sait qu’il est jeune et qu’il a des oreilles d’une dimension généreuse.

L’intrigue, quant à elle, s’inscrit dans la mouvance de mystification physique à la mode à l’époque comme dans beaucoup d’autres textes du genre [« Fantomas », « John Strobbins »...]

« Le masque à lunettes » est donc plus à rapprocher de « Le testament du fantôme » que de « L’énigme de la malle rouge », tant dans son style que dans le genre. 

Autant dire que H.-J. Magog n’y fait pas montre de son talent de narration habituelle, probablement à cause de la concision du texte.

Nous avons d’ailleurs plus à faire là à un court roman d’aventures policières qu’à un réel roman policier.

Je pourrais faire peu ou proue les mêmes remarques sur ce roman que sur « Le testament fantôme » : pas réellement d’intrigue [on suit les actions du détective et non ses déductions], un roman d’aventures plus qu’un roman policier, peu de description des personnages.

Au final, un court roman policier qui ne laisse pas la place au superflu [peut-être pas non plus au nécessaire], mais qui apporte tout de même son plaisir de lecture puisqu’il se lit facilement et qu’il est assez court.