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Jean-Baptiste Ferrero est un auteur, n’en doutons pas, de romans policiers et autres circonlocutions littéraires.

C’est également un diplômé en philo de la Sorbonne (je ne sais si ce cursus a une influence sur sa plume, mais sûrement). Et ancien Directeur de communication (et là, il est certain que son job a influencé son clavier – il n’écrit probablement pas au stylo).

Enfin, Jean-Baptiste Ferrero est un auteur qui n’a pas de page Wikipedia... et là, j’adore ! Car c’est bien la preuve que l’on peut être un excellent écrivain sans être « Wikipédié » (ce qui donnera du baume au cœur à certains).

Enfin Plus : Jean-Baptiste Ferrero est avant tout et surtout un écrivain qui a un style, une plume, et, à une époque où les auteurs de romans policiers affadissent leur clavier pour plaire au plus grand nombre, je dis « bravo » et j’applaudis des deux mains et des deux pieds (oui, car je possède encore mes quatre membres).

Mourir en aoûtÀ Paris au mois d’août, on s’ennuie sérieusement. Le meilleur remède contre l’ennui, c’est LES ennuis. Et les ennuis, Thomas Fiera les attire à un point qui n’est pas raisonnable. Ancien universitaire en rupture de ban qui suite à un drame personnel est devenu enquêteur privé, Fiera promène son spleen et son humour caustique dans le monde des entreprises sur lequel il jette un regard sceptique et blasé. Recruté par le PDG de la société MC4 pour traquer un corbeau, un sale petit délateur sournois qui le met en cause auprès des médias, Fiera, flanqué d’une équipe d’aventuriers aussi improbables que dangereux, se retrouve embarqué dans un merdier infernal où il doit se farcir de faux druides, de vrais fachos et d’authentiques tarés en tous genres. Lui et ses quatre amis provoquent une forte augmentation de l’activité des pompes funèbres qui ne doit pas grand-chose à la canicule. Y’a pas à dire : Paris au mois d’août, c’est mortel !

Je dois vous confesser que, déprimé par le manque de style des auteurs de polars à succès actuels, quand je veux me laisser happer par des phrases dépassant le cadre du « sujet-verbe-complément » sans un poil qui dépasse, je plonge généralement dans les bibliographies de Frédéric Dard, de Léo Malet ou, pour les écrivains encore vivants, Jean-Bernard Pouy et Daniel Pennac.

Quand, parfois, je découvre un auteur qui tente le pari de proposer des phrases un peu plus alambiquées, des narrations plus complexes et de l’humour potache, le gâteau est bien souvent trop indigeste pour que je le finisse.

Mais là ! Oh, miracle ! Je viens enfin de découvrir un auteur qui, non seulement n’a pas peur de faire de l’humour à deux balles, qui prend le pari d’alterner les circonlocutions et les concisions littéraires, qui a un vrai sens du dialogue et de la « phrase qui tue », qui peut écrire une vulgarité puis, dans le paragraphe suivant, une réflexion à la fois poétique et bien sentie, qui a des idées et qui les défend, et qui, en prime, vous propose des personnages qui basculent du cliché à l’original sans vous laisser le temps d’en émettre la critique.

Bref, vous comprendrez qu’avant tout, ce que j’aime chez Ferrero, ce ne sont pas les dîners de l’ambassadeur (je suis sûr que l’auteur aurait apprécié cette blague si on ne lui avait déjà fait mille fois), mais c’est sa plume... son clavier... son stylo... son crayon... bref, le support qui lui sert à écrire ses textes.

Thomas Fiera est chargé de dénicher le corbeau d’une grande société. Pour ce faire, il s’entoure d’une équipe hétéroclite dans laquelle les hommes forts sont des femmes. Des femmes coriaces, des femmes dangereuses. Mais, cette simple affaire va rapidement partir en sucettes et les morts vont s’enchaîner jusqu’à un final violent et sanglant digne d’un bon film de John Woo.

Pourtant, au départ, Thomas Fiera n’a rien pour me plaire. Effectivement, le bonhomme a à peu près tous les défauts que je reproche à la plupart des héros de romans policiers actuels. Un brin alcoolo (mais un gros brin), un poil suicidaire (mais un immense poil), un brin dépressif (mais un énorme brin), tombeur à ses heures perdues... bref, rien qui ne pouvait me séduire sur le papier. Oui, mais, voilà, l’homme est surtout doué d’une répartie à faire mourir de rire, et ce même dans les moments les plus périlleux... surtout dans les moments les plus périlleux. Et c’est ce qui fait le sel principal de ce roman, ce sens de la répartie et l’amour sans commune mesure que le bonhomme porte à sa femme qui est dans un état végétatif depuis dix ans et auprès de qui il va passer la journée, tous les jeudis, à l’hôpital, dans l’espoir qu’elle se réveille un jour.

Car Thomas Fiera est complexe. Dépressif, mais bourré d’humour. Suicidaire, mais dur à cuire et à tuer. Tombeur, mais follement amoureux de sa femme.

Et, autour de ce personnage complexe gravite une équipe de personnages plus rudimentaires dans laquelle chacun a sa fonction et son caractère omnipotent.

L’ensemble est narré avec un certain sens du rythme et sans se soucier plus que cela d’une certaine crédibilité et avec un style indéniable aussi hétérogène que son personnage principal, alternant phrases chocs, descriptions lyriques, concisions littéraires et circonlocutions scripturales.

Bref.

Au final, une très bonne découverte que celle de la plume de Jean-Baptiste Ferrero et de son personnage de Thomas Fiera (si belle que j’ai immédiatement acheté tous les autres livres de l’auteur mettant en scène son héros. Autant vous dire que vous entendrez à nouveau parler de lui prochainement ici même).