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Poursuivons notre voyage dans la bibliographie de Marcel Priollet, auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle, avec sa participation à l’une des premières et des plus cultes collections policières, celle de « Mon Roman Policier », 1re série, des éditions Ferenczi.

Marcel Priollet, si vous lisez mes chroniques, vous l’avez découvert, tout comme moi, par deux séries policières datant des années 1940 : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

L’écrivain faisait montre d’un réel savoir-faire et un réel talent que l’on pouvait mettre sur le compte de son expérience (il inondait, alors, la littérature populaire de ses écrits depuis plus de trente ans) et du fait de travailler des personnages récurrents.

Mais qu’en était-il du Marcel Priollet d’antan, celui qui se mélangeait aux autres dans des collections à coups de titres uniques, changeant chaque fois de personnage ? 

Nous avons désormais un début de réponse avec la lecture des titres « Quand sonnera minuit... » et « Par le trou d'une serrure », deux titres issus, tout comme « La maison des hommes sans mains », de la cultissime collection.

 

LA MAISON DES HOMMES SANS MAINS : ROB-JO, le plus implacable membre des Services Secrets de la Police des États-Unis, est chargé d’arrêter la bande des « Hommes sans mains », un gang qui pille et assassine en ne laissant, sur les objets, aucune autre trace que celle de pinces, de griffes métalliques. Pire encore, il semblerait que trois policiers lancés à leurs trousses aient fini par rejoindre les bandits et participé à des assassinats. Persuadé de l’innocence de ses confrères, ROB-JO s’apprête à parcourir les contrées arides du « Nouveau-Monde », à la recherche des criminels sans se douter des risques qu’il va encourir… 

Après lecture des deux titres précités, j’avais déjà fait la remarque que Marcel Priollet, à l’époque, faisait preuve des qualités d’un « bon faiseur » sans pour autant faire montre du talent particulier que j’avais noté dans les deux séries des années 1940.

Effectivement, ni la taille des textes (dans les 10 000 mots), ni l’époque, ni le contexte, ne lui permettaient, probablement, d’avoir les coudées suffisamment franches pour instiller une quelconque « patte » à ses écrits.

De plus, il faut avouer que les années 1920, notamment dans la fameuse collection de chez Ferenczi, mais pas que, regroupait des textes très inscrits dans leur époque, par le style et, surtout, par les sujets.

Je parlais de la propension des héros à savoir se grimer à la perfection, ou de la volonté de proposer aux lecteurs de l’exotisme, ou encore à singer les auteurs américains ou anglo-saxons... on retrouve un peu de tout ça dans le texte dont il est question aujourd’hui.

Effectivement, le héros, Rob-Jo, est un policier américain, expert dans l’art de se grimer (même s’il ne se servira pas de son don dans cette aventure) qui va voyager dans les contrées désertiques du Nouveau Monde. Exotisme, américanisation, grimage... triptyque gagnant.

Une fois encore, et il n’était pas rare que cela se produise à l’époque, notamment dans les collections de titres courts, ne pouvant installer une intrigue digne de ce nom, les auteurs avaient souvent tendance à proposer, plutôt, du policier d’aventures. C’était si fréquent que, les éditions Ferenczi qui animaient en même temps deux grandes séries : « Mon Roman Policier » et « Mon Roman d’aventures », devaient avoir bien du mal à choisir dans quelles collections allait être édité tel titre et que l’on retrouvât dans la collection « Mon Roman d’Aventures » des histoires qui n’auraient pas dénotées avec celles de « Mon Roman Policier ».

Mais peu importe. Le genre policier a ceci d’intéressant (comme plusieurs autres, d’ailleurs), de pouvoir se fondre avec d’autres genres pour former un sous-genre délectable.

Une fois encore, Marcel Priollet se montre, à défaut de talentueux, un bon « fournisseur » des diverses collections de son époque. Pour cela il s’appuie sur un savoir-faire indéniable et manipule les divers ingrédients dont le lecteur de l’époque est friand.

On ne sera donc pas trop regardant sur la capacité du policier à ne pas comprendre plus vite à qui il a affaire, avec les informations qu’il détient pourtant, ni par certaines de ses actions que le lecteur, lui-même aurait pensé à éviter, à retarder ou à avancer, en fonction des évènements.

Je vous ai parlé d’exotisme, d’aventure, d’américanisation, de grimage, mais on peut également ajouter la touche un peu « fantastico-mécanique » que l’on trouvait souvent par l’intermédiaire d’inventions loufoques, de robotisations ou, dans le cas présent, de prothèses mécaniques...

Il ne faut donc pas s’attendre ici à une lecture marquante, mais plutôt à une lecture plaisante issue de la plume déjà aguerrie d’un auteur phare et incontournable de la littérature populaire française.

On peut également lire ce titre comme un témoignage culturel d’une époque devenue désuète de nos jours, mais qui possède toujours ce charme suranné de certaines œuvres du début du XXe siècle et qui de plus se lit rapidement et facilement. Un bon moyen de remplir un petit moment de creux.

Au final, ce très court roman, sans s’inscrire dans le rang des œuvres incontournables, offre un agréable moment de lecture, et c’était avant tout ce que l’on demandait aux titres issus de la collection d’origine.