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La littérature populaire pullule de personnages récurrents en tous genres, et ce depuis près d’un siècle et demi avec une recrudescence depuis le succès des Nick Carter au tout début du XXe siècle.

Parmi ces personnages récurrents, dans la littérature populaire policière, en particulier, on retrouve, le plus souvent, des policiers ou des détectives.

Mais aussi des héros exerçant d’autres fonctions en parallèle de celle de redresseur de torts.

Ainsi les cambrioleurs-détectives sont nombreux (John Strobbins, Robert Lacelle, Arsène Lupin…), mais les journalistes-détectives ont également quelques représentants dont le plus connu et l’un des premiers est Rouletabille et un plus récent et moins imprégné dans l’imagerie populaire est : Bill Disley de J.A. Flanigham.

Bill Disley est un reporter anglais né de la plume d’un auteur français dont il est difficile de cerner l’identité exacte. La BNF lui octroie pour autre pseudonyme Raymond Gauthier, ce qui ne fait pas plus avancer le Shmilblick. Certains voient Henry Musnik derrière la plume, d’autres, l’auteur belge Marcel Idiers, mais rien de bien concluant.

Pour ce qui est de Bill Disley, il est plus facile de le cerner puisqu’il a vécu de très nombreuses aventures sous différents formats : fascicules 32 pages, 48 pages et 128 pages. Entre les « aventures de Bill Disley », les « Nouvelles aventures de Bill Disley », les lecteurs ont pu savourer le parcours de cet atypique reporter-détective.

LE FABULEUX HÉRITAGE DE SIR GRANDVILLE : Bill DISLEY, le reporter-détective, est appelé au chevet du richissime Sir Grandville qui le charge de protéger sa fille illégitime à qui il lègue toute sa fortune après avoir surpris sa jeune et belle femme, la nuit, versant du poison dans sa potion. Mourir ne dérange pas le vieil homme, ni même que cela soit de la main de son épouse qu’il adore. Bill DISLEY accepte la mission largement rémunérée, mais, quand Madame Grandville, en personne, vient lui proposer de l’aider à défendre son futur héritage convoité par l’avoué de son mari, le journaliste ne sait plus exactement à quel saint se vouer d’autant que l’affaire va se révéler bien plus complexe que prévu… à moins qu’elle ne soit finalement plus simple… 

Bill Disley est chargé d’une affaire simple qui se complique avant de se simplifier (vous ne comprenez pas ? Lisez l’histoire, vous comprendrez).

Chargé de protéger la fille illégitime d’un riche vieillard, le reporter pense se trouver devant une affaire toute simple. La jeune épouse de son client en veut à l’argent de ce dernier et elle l’empoisonne lentement chaque nuit, pour toucher l’héritage.

Mais quand la charmante future veuve lui donne rendez-vous pour lui demander de l’aider à toucher son futur héritage dont tente de la spolier l’avoué de son mari, en ayant convaincu celui-ci de la déshériter au profit de sa fille illégitime, alors le reporter ne sait plus que penser.

Et les choses vont encore se compliquer avec la mort de la veuve…

Bill Disley est un jeune reporter, détective à ses heures (et elles sont nombreuses, car on le voit rarement faire du reportage), légèrement alcoolique (mouais, pas que légèrement), à l’humour cynique, noir et de biens d’autres couleurs, qui aime agacer les gens et dont, notamment, son ami l’inspecteur Martin, qu’il entraîne souvent dans des histoires pas possibles.

Bill Disley réfléchit… encore mieux quand il est imbibé (dur dur d’être imbibé), ce qui lui vaut des maux de tête pour avoir le fin mot de l’histoire.

L’auteur nous propose un très court roman (11 600 mots à peine) sans pourtant ne rien sacrifier sur l’autel de la concision inhérente au format 32 pages ou 48 pages (un petit 48 pages dans le cas présent).

À aucun moment le lecteur n’a l’impression que l’auteur use de raccourcis drastiques ou bien qu’il est face à une histoire au rabais.

Certes, l’intrigue ne rivalise pas avec les grands Thrillers de 600 pages, mais, pour autant, tout est présent dans ce court roman.

Et c’est là une réussite assez rare dans le monde contraignant de l’ultra court roman de 10 000 mots.

Car, non seulement l’histoire est présente, mais le style et le personnage également. Rien, donc, n’est laissé de côté pour réussir à tenir dans le cadre.

Effectivement le sentiment à la lecture du point final est juste de se dire : « Tiens, j’ai déjà terminé ce roman ! » sans se rendre réellement compte qu’il ne faisait que 10 000 mots, non pas, parce qu’on s’est ennuyé, mais, au contraire, parce qu’à aucun moment on n’a eu l’impression d’être face à un texte aussi réduit.

Au final, si la lecture de la précédente aventure de Bill Disley m’avait conquise, celle-ci m’a enthousiasmée, ce qui est assez rare, pour un roman de cette taille, pour le mettre en avant.