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La littérature populaire française n’aura jamais de cesse de nous faire vivre de bons moments en compagnie de personnages sympathiques et d’auteurs talentueux, connus, reconnus, méconnus, inconnus ou oubliés, mais, pour beaucoup, très mystérieux.

Parmi ceux-ci, l’écrivain J.A. Flanigham et son personnage de reporter-détective, Bill Disley.

Il n’est pas rare que la littérature populaire se nourrisse d’elle-même. Anthropophage par essence, les personnages puisent dans l’âme de leurs prédécesseurs, les écrivains dans l’encre de leurs pairs.

C’est indéniablement le cas de Bill Disley, du moins, à la lecture de ce court roman (il faudra affirmer ou infirmer cette impression par la suite), tant le personnage et le style ressemblent pour beaucoup aux aventures du détective Nestor Burma de Léo Malet, les bosses en moins.

Quant à J.A. Flanigham, quel auteur se cache derrière ce pseudonyme, difficile de le dire. Le nom qui revient le plus souvent est Raymond Gauthier. Mais là encore, il semble que nous ayons affaire à un autre pseudonyme et la trace de l’identité de l’auteur se perd dans les méandres des alias.

Mais, comme vous le savez si vous suivez mes chroniques, pour moi, peu importe la biographie d’un auteur, seuls ses textes comptent.

NETTOYAGE EN SÉRIE : Bill DISLEY, le célèbre reporter-détective, est chargé par son riche ami Paul Robbick, de surveiller sa femme, May, qu’il soupçonne de le tromper avec un triste individu. Un soir, alors que Bill DISLEY et son « client » sont attablés dans une boîte de nuit branchée, dans laquelle se trouvent également l’épouse de celui-ci et son amant, un cri retentit : May Robbick vient d’être retrouvée morte d’un coup de couteau planté dans le cœur.

Bill Disley est chargé par un riche ami de surveiller sa femme, May, qui sort un peu trop souvent et dépense son argent de façon irraisonnée.

Un soir, une situation cocasse se met en place puisque Bill, son ami, l’ex-fiancée que celui-ci a plaquée pour épouser May, se retrouver à une table d’une boîte de nuit pendant que May et son amant se trouvent dans un salon du même établissement.

Soudain, un cri retentit, on vient de retrouver May, un couteau enfoncé dans le cœur.

Bill, qui sait que son ami s’est absenté, constate qu’il a des traces de sang sur la manche, mais ne peut imaginer que celui-ci soit le meurtrier.

Bill va donc se lancer dans l’enquête, en parallèle de son ami l’inspecteur Martin qui, lui, ne voit que l’évidence : il tient l’assassin !

Bill Disley est avant tout un journaliste, mais il n’hésite pas à faire le détective quand il en a l’occasion et l’occasion semble se présenter régulièrement (si l’on compte le nombre de titres le mettant en scène) et, comme il est ami avec l’inspecteur Martin, c’est l’occasion de faire équipe, mais une équipe bicéphale où chacun pense différemment et chacun possède sa façon de progresser.

Bien évidemment, Bill Disley se révèle plus perspicace que le policier, mais cela n’est pas pour déplaire à ce dernier, car, pour une fois, la rivalité entre le policier et le détective se révèle très amicale.

C’est d’ailleurs la relation entre ces deux personnages qui semble faire le sel de la série (je le confirmerais après lecture de plusieurs épisodes) puisque Bill s’amuse avec Martin, en lui donnant des noms doux, en se moquant de lui, pendant que l’autre peste, mais plus pour la forme qu’autre chose.

La série des aventures de Bill Disley, les séries, devrais-je dire, tant le personnage est revenu sous différents formats chez différents éditeurs, est constituée de titres assez courts. L’épisode du jour s’étale, à l’origine, sur 32 pages, dépassant à peine les 10 000 mots, alors que d’autres sont édités sous le format 48 pages et, aussi, 128 pages.

32 pages, vous devez être habitués, maintenant au format, puisque je chronique souvent des textes de cette taille et donc vous savez déjà deux choses essentielles sur ce sujet. 1 ° la concision d’un tel texte ne laisse guère la place à une intrigue poussée, ni à une présentation des personnages en profondeur et difficilement à la mise en place d’un style. 2 ° rares sont les auteurs a réussir à performer dans ce format si contraignant.

Je vous ai déjà vanté les rares noms des auteurs étant parvenus à exceller dans le format 32 pages (René Thomas, Charles Richebourg, René Byzance) je peux désormais rajouter J.A. Flanigham ou bien Raymond Gauthier ou quelque soit l’identité de l’auteur.

Effectivement, dès les premiers mots, l’on sent que l’auteur va maîtriser le format et proposer un personnage intéressant.

Même si l’auteur rentre directement dans le sujet, en présentant le personnage de Bill Disley, et en annonçant sa quête (en savoir plus sur la femme de son riche ami), il le fait de telle façon que l’on saisit immédiatement le personnage du reporter-détective, nonchalant, bambochard, espiègle, légèrement cynique et moqueur et, accessoirement, plutôt attiré par la boutanche.

À partir de cette présentation sommaire, mais amplement suffisante, l’auteur poursuit sa mise en place en ébauchant l’intrigue, tout aussi sommaire, puisqu’elle se résume par un triangle amoureux qui s’étire en carré : le mari, la femme, l’amant de la femme... et l’ex du mari.

Vient ensuite le crime qui détermine l’action que va devoir réaliser le personnage : prouver l’innocence de son ami et découvrir le vrai coupable.

S’en suit alors une double enquête (la sienne et celle de l’inspecteur Martin) qui se résume peu ou prou à quelques interrogatoires et à des réflexions croisées.

Si l’auteur utilise une astuce déjà très utilisée dans le monde du récit policier très court, afin de réussir à terminer son intrigue dans le temps imparti (consistant à ne pas révéler réellement la façon dont le héros découvre le meurtrier), il n’en délivre pas moins un très court texte des plus agréables à lire, et ce dès les premières lignes et jusqu’au point final.

Au final, une très bonne entrée en matière dans la découverte des aventures de Bill Disley qui nous permet d’affirmer que l’auteur qui se cache derrière le pseudonyme est plutôt talentueux et que le personnage nous réserve de bonnes aventures à venir.