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Bill Disley, le reporter-détective, est un personnage de la littérature populaire française créé par l’énigmatique J.A. Flanigham derrière lequel se cache un auteur au nom probablement bien moins « anglophone » dont la BNF nous fournit comme autre pseudonyme Raymond Gauthier.

Bill Disley a vu ses aventures éditées sous des formats courts : 32/48 pages, mais aussi sous un format un peu plus étalé : 128 pages.

Bill Disley, dans l’esprit, est une sorte de Nestor Burma (pas celui de la télévision incarné par Guy Marchand), mais bien celui dépeint par Léo Malet (oui, je sais, l’un est l’adaptation de l’autre, mais, pour autant, je n’aime pas la série télé et j’adore la série littéraire) un peu à la même époque d’ailleurs. Il n’y a pas à douter que le premier fût inspiré par le succès du second, que cela soit consciemment ou non.

D’ailleurs, chez Léo Malet, le détective était souvent épaulé par un journaliste, Marc Covet, alors, qu’ici, le journaliste est épaulé par un policier, l’inspecteur Martin.

Mais Bill Disley peut aussi compter sur son fidèle Jeff, un ancien pickpocket et boxeur à la carrure impressionnante, qui se ferait tuer pour lui.

UNE FEMME DANS L’OMBRE : Londres est sous le joug d’un impitoyable clan de malfaiteurs surnommé « La Bande à Pépé ». Échange de faux billets et assassinats se multiplient dans les rues de la ville. Bill DISLEY, le reporter-détective, lancé sur la trace des criminels avec l’aide de son fidèle Jeff, ne tarde pas à recevoir un message le menaçant s’il continue son enquête. Mais Bill DISLEY est une tête de mule et il va apprendre, à ses dépens, que « La Bande à Pépé » ne plaisante pas…

L’aventure du jour (du jour de lecture, parce qu’elle a été écrite il y a fort longtemps), du moins le titre ayant servi à cette chronique (car certains titres ont été édités sous différents formats), est façonnée en 48 pages (à peine plus de 11 000 mots).

Ceux qui lisent régulièrement mes chroniques savent désormais qu’un texte de plus ou moins 10 000 mots (correspondant peu ou proue à un format fascicule 32 pages dont je suis friand) n’a pas pour principal atout son style ni son ambiance et encore moins son intrigue. C’est tout du moins ce que j’avais l’habitude de dire concernant les textes de ce format très court.

« J’avais », car, si le style était parfois présent (« Odilon Quentin », « Les enquêtes du Professeur »), l’ambiance et l’intrigue étaient toujours en deçà du fait d’une concision contraignante. Mais, force est de constater que l’auteur se cachant derrière J.A. Flanigham, est parvenu à faire fi de cette contrainte et nous livre, à chaque fois, une histoire qui ne sent pas l’intrigue au rabais ni même l’intrigue resserrée. Certes, le suspens ne rivalisera pas avec des Thrillers de 600 pages, mais à aucun moment on n’a l’impression d’avoir affaire à un texte de cette taille-là tant le plaisir de lecture est grand et proche de celui d’un bon roman de taille normale.

Le fait est que l’auteur s’appuie sur des personnages sympathiques et qu’il sait rendre attachant. Que ce soit Bill Disley, ce reporter qui passe plus de temps à enquêter pour la justice, beau gosse, penché sur la boutanche, au cynisme omniprésent, à l’ironie et au sourire agaçants. Ou bien Jeff, le colosse à gueule de brute, ancien boxeur, ancien malfrat, qui voue à Bill Disley une fidélité à toute épreuve au point qu’il mourrait pour lui et qu’il supporte les sarcasmes incessants de son ami. Et encore, l’inspecteur Martin, un policier à la moralité sans faille... mais qui est souvent amené par Bill Disley a franchir la ligne et qui, malgré l’agacement que lui procure le journaliste (décidément, Bill Disley agace autant qu’il ne séduit), ne peut s’empêcher de l’apprécier, pour sa pugnacité et son intelligence.

Bref, avec un tel beau monde, J.A. Flanigham s’offre un joli trépied sur lequel asseoir ses histoires.

Mais le trio ne servirait à rien s’il n’était servi par une bonne histoire et, surtout, par de bons dialogues. Et c’est là un autre atout de la série : les dialogues souvent savoureux, notamment entre Bill Disley et ses interlocuteurs. Car Bill Disley ne prend jamais rien au sérieux et ne répond jamais sérieusement, même dans les moments les plus mouvementés ou les plus émouvants.

Pour ce qui est de « Une femme dans l’ombre » la seule chose que l’on pourrait regretter c’est la fin un peu abrupte due, il va sans dire, à cette contrainte de taille. C’est le seul moment du roman où l’on sent que l’auteur s’est précipité.

Au final, un excellent épisode d’une excellente série qui se lit avec un plaisir immense, ce qui est excessivement rare pour un format aussi court.