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Bill Disley est un reporter-détective créé par la plume de J.A. Flanigham au cours des années 1940. Je ne vous dirais pas qui se cache derrière le pseudonyme utilisé pour signer ces aventures, personne ne le sait vraiment. Ce sont les mystères de la littérature populaire du siècle dernier.

Tout ce que vous avez à savoir est que les aventures de Bill Disley ont été éditées, au départ, sous plusieurs formats : livret 32 pages, livret 48 pages et livret 128 pages. Les deux premiers formats offrent peu ou prou la même taille de texte : 10 000 mots. Pour le troisième, la taille devrait avoisiner les 30 000 ou 40 000 mots.

« Le secret de la Folle-aux-chats » a été édité en livret 32 pages (10 300 mots, en l’occurrence).

Le secret de la Folle-aux-chats : Bill Disley, le célèbre reporter-détective anglais, est amené à enquêter sur la mort d’une vieille dame étrange habitant dans une impasse et y logeant une armée de félins faméliques. La victime a été retrouvée chez elle, le crâne défoncé, le visage dévoré par les bêtes affamées… Le journaliste constate rapidement, malgré un désordre habituel, que le logement a été fouillé et est persuadé de se trouver face à une affaire très très passionnante. Et, pourtant, il est loin de se douter de ce que va révéler le secret de la Folle-aux-chats…

Si vous avez lu mes précédentes chroniques sur les aventures de Bill Disley, vous savez désormais que je considère, du moins dans les versions 32 et 48 pages, celle-ci comme un exemple du genre et comme faisant partie de l’excellence en matière de romans ultra-courts d’environ 10 000 mots.

Est-il besoin de répéter que ce format très courant à l’époque et qui n’a plus cours de nos jours était très contraignant ? 10 000 mots pour développer une intrigue, un style, une ambiance et des personnages sont un défi quasiment insurmontable. D’ailleurs, la plupart des nombreux auteurs qui s’y sont essayés, même les plus prolifiques, s’y sont souvent cassé les dents et ont, au mieux, réussi à fournir des textes plaisants à lire, sans plus.

Certains sont parvenus à s’en sortir avec brio (Charles Richebourg et la série « Odilon Quentin », René Byzance et la série « Les enquêtes du Professeur », René Thomas et la série « Inspecteur Lémoz »...), mais ceux-ci sont rares.

J.A. Flanigham, ou, tout du moins, l’auteur se cachant derrière ce pseudonyme, est parvenu, avec sa série Bill Disley, a tous les surclasser et ce, aussi bien du point de vue de l'intrigue, du développement des personnages que style et ambiance.

C’est bien simple, la lecture d’un des épisodes de 32 ou 48 pages des aventures de Bill Disley apporte exactement ce qu’apporterait celle d’un bon roman policier sans qu’à aucun moment (sauf en fixant votre montre pour connaître votre temps de lecture) on ne se doute être face à un texte aussi court.

Car, si tout est condensé (forcément, en 10 000 mots on ne peut pas en faire entrer 60 000), cette concentration passe totalement inaperçue tant elle est parfaitement maîtrisée.

Pas un seul instant on se dit que les personnages ne sont pas assez esquissés. Jamais on ne pense que l’intrigue est bas de gamme. Onques ne ressent-on une quelconque platitude dans le style ni un manque d’ambiance.

L’ensemble est à ce point géré que l’enthousiasme ne peut que naître quand on tente faire un ratio taille/qualité qui n’a pas lieu d’être puisque, après tout, on se fout totalement de la taille d’un texte, seul compte le plaisir de lecture que l’on en tire et là, le plaisir est maximum.

Bill Disley enquête sur le meurtre étrange d’une vieille dame recluse qui vit avec plein de chats et qui est connue pour ses talents de guérisseuses, du moins, pour les potions qu’elle fabrique pour guérir les maux.

Mais la femme est trouvée morte, par les voisines, le visage dévoré par ses chats. Le médecin légiste constatera que la mort est consécutive à un coup reçu à l’arrière du crâne, il s’agit donc d’un meurtre.

Le reporter fouille et farfouille en compagnie de son ami l’inspecteur Martin et découvre rapidement quelques feuillets écrits de la main de la morte et qui laisse planer un mystère sur toute cette affaire, d’autant que le logement a été fouillé au préalable.

Une enquête rapide auprès des voisins lui permet de savoir que deux personnes huppées, un homme et une femme du monde se rendaient régulièrement, ces derniers temps, chez la Folle-aux-chats.

Bill Disley décide donc de laisser son pote Jeff, l’ancien boxeur, en planque chez la voisine pour surveiller la maison de la mort afin de suivre l’un ou l’autre de ses visiteurs si jamais ils venaient à se pointer sur place.

Mais Bill Disley est loin de se douter dans quelle affaire il a mis le nez et il va se rendre compte petit à petit que l’enjeu dépasse de très loin tout ce qu’il imaginait.

L’auteur nous offre donc une intrigue, certes resserrée, mais de très bonne facture et qui apporte son lot de mystères et de rebondissements.

Il est à noter que, malgré une concision nécessaire pour entrer dans le cadre restreint des 10 000 mots, l’auteur n’hésite pas à fleurir ses phrases, notamment durant les dialogues, de quelques renseignements sur les gestes des interlocuteurs (ex : « Il considéra fixement un coin de ciel gris, se détourna lentement, regarda Bill, et dit seulement, d’une voix parfaitement neutre : ». Certes, l’exemple retiré de son contexte ne prend pas sa pleine valeur, mais sachez que ce genre de petits détails, parsemés ici et là, à bon escient, participe grandement à la mise en place d’une ambiance qui rehausse la qualité d’un texte si court. Là où nombre d’auteurs purgeraient leurs textes de ces quelques mots pouvant paraître inutiles afin de gagner de la place, Flanigham, lui, les conserve à juste raison.

Au final, les aventures de Bill Disley démontrent que lorsqu’un auteur maîtrise à la fois sa plume, ses personnages et les contraintes d’un format court, il est capable de proposer des grands textes, même sur seulement quelques pages...