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Nick Carter est le personnage emblématique de la littérature populaire policière américaine qui fit les beaux jours des lecteurs outre-Atlantique pendant près d’un siècle.

Cependant, il a également été à l’origine d’une révolution dans le monde de la littérature populaire française.

Pour en savoir plus sur le sujet, je vous invite à lire l’avant-propos qui accompagne les rééditions des aventures de Nick Carter par OXYMORON Éditions.

Ce qu’il faut tout de même savoir c’est que Nick Carter, dans sa première vie aux É.-U., a vécu près d’un millier d’aventures sur près d’un quart de siècle et qu’au début des années 1900, un éditeur allemand (Eichler) a importé une centaine de titres en France dont certains (la plupart ?) ont été traduits par Jean Petithuguenin, un auteur bien connu de la littérature populaire française.

Par la suite, Sobelli a racheté Eichler et poursuivi le travail de réédition.

Nick Carter a depuis été adapté au théâtre, à la télévision, au cinéma, à la radio, en bande dessinée...

 

LES FAUSSES GOUTTES DE SANG :

 

Le célèbre détective Nick CARTER est mandé par Edgar Barnes, un ami de longue date pour enquêter sur l’enlèvement d’une de ses connaissances, un riche homme d’affaires.

 

Sur place, Nick CARTER apprend que le disparu a d’abord été retrouvé mort dans sa chambre par son domestique et que le corps s’est ensuite volatilisé. Il découvre de nombreuses traces de sang qui le conduisent dans le jardin puis près des berges de l’Hudson.

 

Cependant, l’œil avisé de Nick CARTER constate très rapidement que les divers indices laissés par le meurtrier ne forment qu’une mise en scène chargée d’égarer la police…

On pensera ce que l’on voudra des qualités littéraires des aventures de Nick Carter (les rééditions en France fournissaient des traductions rapides voire, parfois, hasardeuses), toujours est-il qu’il faut reconnaître que ces courts romans (20 000 mots en moyenne) ont révolutionné la littérature populaire américaine, mais également européenne et encore plus française.

Car, c’est avec le succès de Nick Carter qu’est né, en France, l’esprit de la littérature fasciculaire avec ses qualités et ses défauts. Les qualités étant que ces courts textes étaient dénués de temps morts et de circonvolutions littéraires, qu’il était toujours plaisant de retrouver son héros récurrent, que le format permettait des prix abordables et un transport facile. Les défauts, eux, sont bien souvent inhérents aux qualités. Textes courts donc intrigue réduite. Faible prix donc travail bâclé (papier de faible qualité, corrections et relectures succinctes...). Mais tout cela n’empêchait pas parfois une qualité littéraire (je parle notamment pour la littérature populaire française qui fut alimentée parfois par de grands noms et nombre de bons écrivains méconnus).

Pour ce qui est des Nick Carter, on ne pourra pas avancer une qualité de plume extraordinaire. Si l’on se doute que la traduction d’origine n’aide pas (elle a été un peu retouchée pour les rééditions au sein d’OXYMORON Éditions), on comprend que les textes d’origines ne rivalisent pas en style avec les meilleurs romans de leur époque. Cependant, malgré cette première impression qui peut saisir le lecteur, celui-ci se retrouve malgré tout pris dans l’histoire, dans sa lecture, comme un spectateur devant un bon film de série B qui, s’il prend du plaisir à son visionnage, sait très bien qu’il n’obtiendra jamais le moindre Oscar, César ou Palme d’or à Cannes. Mais, après tout, lecteur comme spectateur ne cherche pas toujours l’excellence, mais juste à passer un bon moment.

Et c’est ce qui se produit avec les aventures de Nick Carter. Car, une fois dépassées les questions sur certaines tournures de phrases (qui sont gommées dans ces dernières rééditions sans que cela ne nuise à la cohérence de l’ensemble), le lecteur se prend vite au jeu parce que le format en lui-même assure les qualités dont je parlais plus haut. 20 000 mots, c’est suffisant pour développer une intrigue correcte, mais pas assez pour laisser de place aux temps morts, aux passages inutiles aux sous-intrigues chronophages et bien souvent lassantes.

Le ou les auteurs (aucun texte n’est signé même si on connaît l’auteur des textes on ne sait pas à quel point il n’utilisait pas des « nègres » pour fournir les épisodes à temps) maîtrisent parfaitement le sujet et le format. Ils savent ce que le lecteur de l’époque attend et lui proposent exactement cela. Et, comme le lecteur n’a guère changé (du moins, pas tant que ça, ou pas tous), le lecteur d’aujourd’hui s’y retrouve également.

Car il y a un peu de tout dans les aventures de Nick Carter. Du mystère, de l’énigme, de l’action, des rebondissements, des révélations, des surprises, de la technologie, des grands criminels, des petits malfaiteurs, des personnages secondaires qui ne prennent pas trop de place, et, surtout, il y a le héros : Nick Carter.

Car Nick Carter est le héros par excellence. Il est fort, intelligent, sans peur, drôle, parfois, manie l’ironie, s’agace également, ne se laisse jamais faire, peut user, parfois, des sciences, a de bons amis qui l’aident, et, surtout, il gagne toujours à la fin.

En fait, Nick Carter, c’est Chuck Norris avant l’heure. Un Chuck Norris sans barbe (probablement avec moins de poils au torse), qui tatane moins la gueule des méchants, mais qui est tout autant destructeur en étant plus intelligent.

« Les fausses gouttes de sang » ne déroge pas à la règle même si la perspicacité de notre héros ne se révèle pas si infaillible que cela. Effectivement, Nick Carter va se retrouver face à un mystère qui risque de dépasser son entendement et il va même se poser des questions sur ses propres capacités intellectuelles.

Cependant, il ne lâchera pas le morceau et vaincra à la fin (c’est quand même Nick Carter).

Au final, si on aime le genre, on appréciera cet épisode autant que les autres et même si on peut se dire que cela ne vole pas haut, on aura pris sa part de plaisir et un petit goût de « revienzy » vous poussera vers le prochain épisode.