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« Les enquêtes du Professeur » est une série initialement éditée, sous format fasciculaire 16 pages très denses, dans la collection « L’Indice » des éditions Populaires Monégasques en 1946.

Elle a probablement été écrite dans l’intégralité des 15 épisodes par René Byzance, un pseudonyme qui cacherait l’auteur Jean Buzancais, bien que l’ensemble des titres ne soient pas signés.

Gonzage Gaveau, alias « Le Professeur » est un inspecteur de police qui est ainsi surnommé parce qu’il a fait Sorbonne et qu’il est en train d’écrire depuis dix ans une thèse sur les variations de la voyelle O dans les dialectes Caucasiens, ou un truc du genre.

La voyante annonce le crime :

L’inspecteur Gonzague Gaveau, alias « Le Professeur », pour se détendre, décide de passer la soirée à Bobino et assiste au spectacle du « Fakir tibétain et sa compagnie ».

Le policier, lassé du peu d’intérêt de l’attraction, s’apprête à quitter les lieux quand vient le tour de Lucinde, l’illustre voyante.

Malgré son esprit cartésien, « Le Professeur » est immédiatement intrigué quand la pythonisse annonce à un couple de l’assistance qu’un crime est en train d’être commis chez eux…

Voilà un épisode tout aussi court que les précédents (moins de 9000 mots) mais qui nous en apprend un peu plus sur le caractère du personnage principal et sa motivation à devenir policier. En fait, huit ans auparavant, pour s’assurer une maigre pitance, Gonzague Gaveau a accepté un poste d’auxiliaire de police, le temps de s’assurer un poste à l’Université. Puis, prenant du grade, plutôt que de prendre un risque en lâchant un emploi sûr, bien que mal payé, il était resté dans la police.

Ce n’est donc pas à un policier de conviction que l’on a affaire, mais plutôt à un policier par défaut. Cependant, et malgré tout, Gonzague Gaveau se révèle être un bon policier.

Ce n’est pas la première fois que l’auteur nous fait part des défauts de son héros. On le savait déjà un peu lâche, se courbant devant l’autorité, cynique, voire méprisant devant les artistes...

Ici, le policier a de nouveau affaire à des artistes, des saltimbanques, un fakir et une voyante.

Lors d’un spectacle à Bobino, la voyante prédit à un couple de spectateurs qu’un crime a lieu chez eux au moment où elle parle. Gonzague Gaveau qui a assisté à la scène, bien que ne croyant pas à la voyance, est intrigué par cette annonce et décide de suivre ledit couple chez eux et découvre qu’effectivement, un vol et une double agression ont eu lieu.

Mais comme il est cartésien et ne croit donc pas aux dons des extralucides, il décide d’aller interroger la Madame Irma, persuadé qu’elle sait quelque chose. Mais la dame est muette, pour cause, il la retrouve un couteau planté dans le cœur.

Si vous suivez mes chroniques ou bien si vous êtes un lecteur habitué du format de cette série (16 pages bien denses ou 16 pages double-colonne ou, encore, 32 pages classiques soit, un peu moins de 10 000 mots) vous savez déjà que l’atout de ces courts romans ne réside jamais dans l’intrigue. L’auteur n’a jamais le temps d’installer une enquête tortueuse à souhait et de la résoudre en si peu de pages. Du coup, au mieux le lecteur a le droit à un texte plaisant avec une histoire simple et qui tient debout, au pire, à quelque chose d’indigent.

Mais, parfois, le lecteur a le plaisir de se trouver face à un texte qui, au mieux énoncé, allie également une ambiance et parfois un style. C’est le cas dans la série « Les enquêtes du Professeur » où, dès les premières lignes des premiers épisodes on constatait l’aisance de plume de l’auteur et la maîtrise d’une narration aussi concise que celle de ce format.

C’est une nouvelle fois le cas où, en plus d’une histoire qui se lit vite et bien, l’auteur nous gratifie d’un personnage, certes esquissé, mais qui s’avère bien plus intéressant que la plupart de ses confrères littéraires. Effectivement, excepté une perspicacité et une intelligence indéniable et, peut-être, un peu de bon sentiment, Gonzague Gaveau se révèle surtout bourré de défauts, voire même un peu aigri par sa situation.

Cela n’engendre pas de grandes scènes psychologiques, le format, encore une fois, ne le permet pas, mais ajoute un petit quelque chose qui fait le sel de la série, en plus de l’humour inhérent aux décalages que provoquent ces défauts.

Au final, « La voyante annonce le crime » est un épisode typiquement dans la veine des précédents, qui se lit tout aussi agréablement et qui nous en apprend un peu plus sur les motivations du héros.