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« La martingale du diable » est un épisode de la série « Les enquêtes du Professeur » initialement publiée dans la collection « L’Indice » des éditions Populaires Monégasques en 1946 sous la forme de fascicules de 16 pages bien denses.

L’auteur en est probablement René Byzance, je dis « probablement », car celui-ci signe quelques textes de la série, les autres sont non signés, mais le style laisse supposer que le même auteur mystérieux (on ne sait rien de René Byzance) les a écrits.

L’inspecteur Gonzague Gaveau est surnommé « Le Professeur » parce qu’il a fait Sorbonne et qu’il écrit depuis dix ans une thèse sur « Les variations de la lettre O dans les dialectes Ougaro-Caucasiens ».

La martingale du diable :

L’inspecteur Gonzague Gaveau, alias « Le Professeur », bien décidé à prendre ses distances avec son métier, se prélasse sur la plage de Juan-les-Pins lors de vacances bien méritées.

Mais, quand il ne va pas aux criminels, ce sont les criminels qui vont à lui : un meurtre a été commis dans la boutique du « Coup de dés ». La tenancière a été retrouvée morte poignardée.

Le commissaire local étant plus doué pour les mondanités que pour investiguer, il laisse tout pouvoir au « Professeur » qui va se retrouver plonger dans le monde du Jeu, de ses superstitions et de ses coups de bluffs…

Les enquêtes de l’inspecteur Gonzague Gaveau s’étalent donc sur 16 pages bien denses ce qui équivaut peu ou prou à un petit peu moins de 9 000 mots (presque l’équivalent des habituels fascicules de 32 pages).

De par la concision du texte, le lecteur ne s’attend pas à être placé face à une intrigue échevelée, et il aura raison.

Ce genre de très courts romans ont été conçus pour apporter de courts moments de lecture. Il faut donc les prendre pour ce qu’ils sont.

Pour autant, certains auteurs sont parvenus à offrir plus que cela, soit par une ambiance, soit par des personnages, soit par un style.

C’est le cas de la série « Les enquêtes du Professeur » à laquelle l’auteur confère un petit plus indéniable par rapport à bien d’autres textes du même format.

Tout d’abord, sans dépeindre à outrance son personnage, l’auteur lui offre quelques éléments de caractères qui le rendent attachant (souvent de l’humour, un peu cynique, du détachement. Parfois, un peu de veulerie...).

Pareil pour l’histoire, sans avoir le temps de développer un canevas digne des grands romans à suspens, l’auteur maîtrise suffisamment sa narration pour rendre l’ensemble de son texte très digeste, très fluide, même s’il use parfois de raccourci pour gagner du temps, laissant parfois le lecteur dans le flou quant à la façon dont le policier a résolu le crime.

Ce sera le cas dans cet épisode où Gonzague Gaveau se révèle très perspicace, non seulement sur l’identité du tueur (après tout, il a plusieurs suspects), mais surtout sur le déroulé du crime.

Mais ce qui fait l’originalité de l’épisode (par rapport au reste de la série) c’est que René Byzance se la joue Agatha Christie en nous offrant un final de « Whodunit » (qui l’a fait ?) si cher à sa consœur anglaise.

Effectivement, tout comme dans les romans, notre policier réunit, pour une scène finale, et sur les lieux du crime, tous les suspects potentiels afin d’expliquer le déroulé du crime et finir par donner le nom de l’assassin.

Le procédé n’est certes guère nouveau, puisque nombre d’auteurs et de scénaristes ont été influencés par cette chère Agatha, mais diffère de la façon de procédé habituelle de Gonzague Gaveau.

Hormis cela, l’épisode est dans la même veine que les autres, c’est-à-dire qu’il offre une plaisante lecture qui n’est pas si facile à trouver ailleurs dans ce genre de format très court.

Au final, encore un bon épisode qui fait de la série « Les enquêtes du Professeur » une des deux ou trois meilleures séries dans le format si contraignant du roman de moins de 10 000 mots.