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La série « Les enquêtes du Professeur », je le répète comme à chaque chronique concernant un épisode de celle-ci, a été initialement éditée au sein de la collection « L’Indice » des éditions Populaires Monégasques en fascicules de 16 pages bien denses en 1946.

Si quelques épisodes sur les 15 sont signés René Byzance, la plupart ne sont pas signés mais sont probablement dus au même auteur.

L’inspecteur Gonzague Gaveau est surnommé « Le Professeur » car il a fait Sorbonne et travaille depuis dix ans sur une thèse sur « Les variations de la lettre O dans les dialectes caucasiens ».

Le trapèze de la mort :

L’inspecteur Gonzague Gaveau, alias « Le Professeur », passionné de cirque, est tout heureux d’assister à la représentation du cirque Lender avec, pour numéro vedette, Marc Donna, le « Roi du trapèze ».

Le spectacle bat son plein quand vient le tour de l’acrobate qui exécute ses pirouettes avec souplesse et légèreté jusqu’à un final devant faire naître le frisson chez les spectateurs puisqu’il consiste à simuler une chute de l’artiste qui, retenu par un filin, échappe à une morte certaine sans cette protection.

Seulement, ce soir-là, le câble se rompt ainsi que les os du trapéziste en s’écrasant au sol.

Quand les premières constatations démontrent que la corde a été volontairement sectionnée et qu’il s’agit d’un crime prémédité : Le Professeur entre en scène !!!

L’on se souvient, du moins si on a lu les précédents épisodes, que l’inspecteur Gonzague Gaveau ne porte pas les comédiens dans son cœur (voir « Je l’ai assassinée ! »), ni même les artistes de cabarets (voir « La voyante annonce le crime »), aussi est-on surpris de le savoir passionné de cirque (à moins que l’auteur ait eu besoin de cette passion pour son histoire).

Aussi, Gonzague Gaveau se rend à une représentation du cirque Lender avec Marc Donna en vedette américaine pour son numéro de trapèze. Mais Gonzague connait bien le numéro et sait qu’il se termine par une fausse chute afin de faire frémir le spectateur. En fait, l’artiste est retenu par un filin qui l’empêche de s’écraser... sauf ce soir-là où le filin se rompt car sectionné de façon criminelle.

L’inspecteur va alors enquêter dans le monde du cirque afin de trouver le ou les coupables, sachant que le mobile tourne sûrement autour de la jalousie (sentimentale ou professionnelle).

Si les épisodes précédents sont tous présentés comme des faits relatés par une tierce personne ayant été confident du policier, celui-ci est directement narré à la première personne puisque l’auteur passe immédiatement la parole à Gonzague Gaveau pour nous conter son enquête.

Cette narration diffère donc des autres épisodes, mais l’ambiance demeure peu ou proue la même et l’ensemble de l’histoire reste dans la veine des autres épisodes de la série.

Pour rappel, je signale que les titres de la série ne dépassent jamais 9 000 mots, ce qui est un format très très court pour du roman policier, un format contraignant empêchant de mettre en place une intrigue échevelé. Le lecteur se doute bien, de toute façon, qu’il ne va pas trouver un suspens de folier et ce n’est d’ailleurs pas ce qu’il cherche dans ce genre de lecture.

Gonzague Gaveau, à la première ou à la troisième personne, reste fidèle à lui-même (à part cette étrange passion pour le cirque). Avec son humour cynique, sa méfiance voire sa défiance latente envers les femmes et le monde en général, il ne peut s’empêcher d’enquêter quand un crime à lieu même quand il n’est pas en fonction, même quand il n’est pas dans sa juridiction, même quand il est en présence d’un supérieur et même s’il affirme détester son métier.

L’histoire est prétexte à relater la vie du cirque, ses numéros, ses artistes, ses jalousies, son spectacle (l’auteur était-il en relation avec ce monde particulier ou juste un passionné ?) et l’enquête passe plutôt au second plan ce qui réduit à peau de chagrin la part destiné à l’investigation et à la recherche du criminel (qui est déjà bien réduite habituelelment du fait du format court). Mais qu’importe si Gonzague Gaveau parvient à résoudre le crime sans que l’on sache réellement comment (du moins dans le détail, car on finit par se douter du responsable), le principal étant l’ambiance général.

On notera que, tout comme dans l’épisode « La Martingale du Diable », l’auteur nous offre un final à la Agatha Christie, dans ses fameux « Whodunit » (qui l’a fait ?), à l’occasion duquel le policier regroupe tous les suspects afin de raconter comment le crime a été commis avant de donner le nom du coupable.

Au final, un épisode plaisant à lire même s’il sacrifie une part déjà maigre du genre policier pour nous conter les mœurs du monde du cirque.