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Marius Pégomas, le célèbre détective marseillais, est un personnage créé en 1936 par l’énigmatique Pierre Yrondy, auteur, juste avant, d’une autre série fasciculaire mettant en scène un personnage récurrent : Thérèse Arnaud, l’espionne française.

Marius Pégomas, si vous parcourez mes chroniques, vous devez déjà le connaître puisque j’en parle régulièrement au fur et à mesure de la lecture de ses aventures.

« Un mariage tragique » est le 17e épisode de ces aventures.

Un mariage tragique : 

Dans les Vosges, la population du petit village de Falconnet est en liesse. C’est jour de mariage. Jean Martinet, le fils du riche et apprécié industriel épouse Mariette Parny.

Les jeunes mariés sortent de l’église sous les vivats… Jean s’écroule.

Conduit immédiatement à l’hôpital, il mourra en route. Le diagnostic est clair : empoisonnement !

Alors que le Juge d’instruction commence à mener son enquête, un ami de la victime décide d’appeler le célèbre détective marseillais Marius Pégomas à la rescousse.

Quand le Juge et le commissaire de la police locale se rendent à la morgue pour récupérer la dépouille du défunt, ils apprennent avec stupeur que le corps a été emporté par un inconnu…

Marius Pégomas, est-il besoin de le rappeler, est un détective fantasque, barbu, trapu, fumeur de pipe, à l’humour omniprésent et qui n’hésite jamais à faire ce qu’il veut quand il veut, quitte à se mettre les représentants des forces de l’ordre à dos.

Mais, Marius a besoin de repos et, avec Flora, sa femme, il part en vacances dans les Vosges.

Et, comme le hasard fait bien les choses, un évènement tragique arrive non loin de son lieu de villégiature : un jeune marié a été empoisonné le jour de son mariage.

Un ami de la victime décide d’appeler le célèbre détective et, comme il obtient la communication alors que le Juge d’instruction est présent à ses côtés, pour lui cacher l’identité de son correspondant, il se met à tutoyer la personne qu’il a au téléphone en le faisant passer pour un ami du défunt et l’enjoignant à venir assister la famille.

Marius n’étant pas chez lui, c’est Titin, son beau-frère, qui a décroché et cet embrouillamini permet au détective d’entrevoir une partie des faits.

Bref, le Juge veut aller chercher le corps du marié, mais celui-ci a été emporté par un inconnu entre temps, ce qui fait que le Juge est de fort mauvaise humeur et commence à questionner tout le monde sans soucis des considérations de deuil de la famille.

Marius, qui est arrivé entre temps sur les lieux, ne peut s’empêcher de remettre en place le Juge et lui assurer qu’il va lui indiquer qui a enlevé le corps, et, surtout, lui amener l’assassin sur un plateau, du moins, la solution de l’énigme.

C’est toujours un plaisir de retrouver Marius Pégomas car il a la bonne humeur chevillée au corps et l’auteur semble s’en donner à cœur joie pour lui faire vivre des aventures. Outre les quelques expressions marseillaises (ou assimilées) que l’auteur lui met dans la bouche (« Pas Moinss », « Viédase », « Troun de l’air », « Boufre », « Pechère », « Pitchoun », « Bonne Mère »...), ce sont aussi les frasques de son héros qui lui confèrent une sympathie immédiate de la part des lecteurs. Marius Pégomas est prêt à tout pour faire triompher la justice, à tout et, surtout, à n’importe quoi.

À l’origine, les aventures de Marius Pégomas ont été éditées en fascicules de 32 pages doubles-colonnes, ce qui équivaut à peu près à 15 000 mots.

Avec une telle concision, on se doute que l’atout principal des textes ne résidera pas dans son intrigue et, d’ailleurs, très souvent, l’auteur, pour laisser plus de places aux pérégrinations du détective (et, peut-être, aussi, pour ne pas avoir à se creuser le citron), ne cherche pas à expliquer comment Marius Pégomas a bien pu résoudre l’affaire. Cet aspect peut, certes, être un peu frustrant pour ceux et celles qui aspirent à découvrir la clef d’une énigme en même temps ou avant le personnage, mais avouons que, dans le cadre de ce genre (« policier à ambiance ») on préfère tout de même profiter un maximum des loufoqueries du héros que de sa perspicacité.

Là encore, Marius n’explique rien et comprend tout, ou presque, immédiatement. Il est alors inutile de se demander comment il a compris, ce qu’il a compris, à partir de quel indice il a compris, vous ne saurez pas. Mais qu’importe, vous sourirez devant les frasques du personnage et apprécierez les dialogues pleins d’humour.

En parallèle, l’auteur tente d’instiller un peu d’originalité à sa plume en utilisant des métaphores parfois osées (mais qui ne tente rien n’a rien), comme « le capot mangeait le ruban ardoise », « l’auto dévorait la route », « Les maisons, les arbres, les prairies, à peine entrevus, fondaient dans le passé » pour signifier que la voiture filait à toute vitesse sur la route. Ce n’est pas toujours de bon aloi, mais, au moins, l’auteur essaye et on peut au moins lui reconnaître cela.

Question style, on notera la tendance de l’auteur (que l’on avait déjà noté dans les titres précédents) à rythmer certains passages à coups de phrases courtes, orphelines de verbes. Cette tendance n’est pas outrancière, l’auteur n’en abuse pas et permet quelques modifications de vitesse qui ne sont pas inintéressantes.

À part cela, on peut préciser que Marius Pégomas, dans l’ensemble, n’en fait pas trop (par rapport à certaines enquêtes) et qu’il s’est, en quelque sorte, mis au diapason du deuil de la famille afin de résoudre ce crime avec une certaine sobriété.

Au final, un épisode plaisant, dans lequel le personnage principal est un peu sur la retenue, mais qui offre tout de même son lot de bons moments et de sourires. À lire avec l’accent chantant et en pensant au chant des cigales.