Mathilde

Tristan Bernard est un auteur dont tout le monde ou presque a déjà entendu parler et qui est célèbre, entre autres, pour ses bons mots.

Né un 7 septembre 1866 et mort un 7 décembre 1947, il est l’auteur de nombreux romans et pièces de théâtre.

Mais qui se souvient que Tristan Bernard se soit essayé au genre policier ? Ceux et celles qui ont lu « Mathilde et ses mitaines », entre autres, probablement.

Mathilde et ses mitaines :

Mathilde ne paie pas de mine : « une espèce de paysanne du Morvan, au teint basané, aux durs yeux noirs, pas très fins au premier abord ». Mais lorsqu’il s’agit d’enquêter bien peu des collègues de son mari, l’inspecteur Gourgeot de la Sûreté, ne peuvent l’égaler. Justement, il se passe de drôles d’évènements à Belleville. Une bande d’apaches rode dans le quartier et une jeune femme se fait agresser sous les fenêtres de Firmin, un étudiant tranquille. Il la recueille, la soigne, mais elle n’a rien de plus pressé que de le quitter, poliment, mais définitivement… Au grand dépit de Firmin sur lequel elle a laissé une impression… forte. Et lorsqu’il visite, le lendemain, le magasin qu’elle lui a montré, il apprend que les locataires viennent de vider les lieux. Pour la retrouver, il s’adresse à Mathilde et à son mari. Mais ce couple d’enquêteurs ira, avec Firmin, de surprise en surprise : un cadavre qui disparaît, des passages souterrains, une infirmière qui se révèle un homme, des morts qui sont toujours vivants et bien d’autres découvertes les entraîneront sur la piste de dangereux criminels.

En voilà un roman bien intéressant né de la plume d’un auteur qui l’est tout autant.

Car, de la prose de Tristan Bernard, on peut s’attendre à une certaine divagation humoristique, à une accumulation de bons mots et d’aphorismes décapants, à des formulations extrapolées (il était un spécialiste des mots-croisés). Mais peut-on espérer, de sa part, une critique de la société, du mystère, du crime et de l’intrigue ?

Oui, « Mathilde et ses mitaines » le démontre allégrement.

Firmin est un jeune étudiant monté à Paris pour faire son droit. Il loue une chambre dans un hôtel d’un quartier quelque peu mal famé. Un des rares soirs où Firmin rentre tard, il croise une bande d’apaches qu’il se presse de fuir en rentrant chez lui. De sa fenêtre, il guette, après avoir entendu un cri dehors, et aperçoit une jeune femme étendue dans la rue. Son cœur et son esprit chevaleresque prennent le dessus et il descend chercher la jeune femme qu’il remonte chez lui. Là, le peu de temps passé à soigner l’inconnue, il tombe sous son charme et quand celle-ci décide de rentrer chez elle, il la raccompagne jusqu’à trouver un cocher. En chemin, elle fait un détour pour passer à une boutique dans laquelle un vieux bonhomme lui rend son chapeau. Puis la belle s’en va au loin sans que Firmin n’ait osé demander à la revoir.

Mais le cœur a ses raisons que la raison ne peut comprendre et Firmin ne se voit plus passer sa vie loin de la femme qu’il aime. Aussi, va-t-il faire appel à un ami de ses parents qui est policier et il se rend donc chez lui pour obtenir son aide. Mais, à défaut d’avoir l’aide de l’homme, il va obtenir celle de sa femme, Mathilde, une femme aux allures paysannes, mais qui va se montrer pleine de bon sens, de courage et de pratiques.

Remontant la piste, Mathilde et Firmin se rendent dans la boutique où l’inconnue a récupéré son chapeau, mais celle-ci a été vidée dans la nuit, seul un cadavre de femme demeure, enterré dans la cave. Sur l’épaule de la morte, une croix a été gravée semblable à celle ornant l’épaule de la femme que Firmin a aidée. Le temps d’aller chercher la police et le corps a disparu...

L’auteur n’hésite pas à proposer une véritable intrigue au lecteur, ne s’appuyant pas uniquement sur son sens de l’axiome et de l’humour. Mais, en plus d’une intrigue de bonne facture, Tristan Bernard s’amuse à égratigner une part de la société avec son personnage de Firmin, campagnard en pleine ville ainsi qu’avec celui du mari Mathilde qui ne cesse de conclure sur les goûts de Firmin en raison de ses origines.

Mais, avant tout cela, c’est un vrai personnage intéressant et touchant, un duo, devrais-je dire (voire même un trio), que l’auteur nous propose dans son roman.

Car, le personnage de Mathilde n’est pas du tout un faire-valoir présent pour faire naître les situations cocasses comme on aurait pu le craindre d’un livre écrit à cette époque et par cet auteur.

Bien au contraire, Mathilde se révèle à la fois femme forte, femme aimante, femme détective, femme courageuse et femme touchante. C’est le personnage fort du roman. C’est LE personnage de ce roman. Car, si l’on excepte la relation touchante qui lie Mathilde et son homme, c’est par Mathilde et quasi uniquement par elle que l’intrigue va avancer.

Si l’on ajoute à tout cela que Tristan Bernard maîtrise parfaitement sa narration et n’oublie pas, pour autant, son sens de l’humour, que rajouter à cela ?

Au final, une excellente surprise que ce roman policier très plaisant né de la plume d’un auteur n’étant pourtant pas réputé dans ce genre.