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Il est parfois des romans que vous cherchez avant de lire, d’autres que l’on vous conseille, ou qui vous tombe par hasard sous la main et certains que l’on vous impose.

Je n’irai pas dire que « La chambre de lactation » de Frédéric Soulier fait partie de cette dernière catégorie, mais ce qui est sûr c’est qu’il ne fait pas partie de la première.

Effectivement, de moi-même, je n’aurai pas sauté sur cet ouvrage.

En fait, il m’a été fortement conseillé par une personne qui est aussi vitale à mon cœur que l’afflux sanguin qui le tient éveillé et aussi cruciale pour mon esprit que les neurones qui ne cessent de s’agiter pour me faire cogiter.

Venant de conseiller, à juste titre, à cette personne, de lire « Mygale » de Thierry Jonquet, celle-ci, en retour, m’invita fortement à tenter la lecture d’un roman qu’elle avait adoré, pensant, peut-être, que la similitude de sujet suffirait à me satisfaire... c’était bien mal me connaître.

La chambre de lactation :

AVERTISSEMENT : Cette novella est destinée à un public très averti et à des adultes consentants.

Luigi Rémaux et Martial Zantiva sont deux jeunes hommes qui arrondissent leurs fins de mois en commettant des cambriolages dans leur région. Quand Luigi, technicien en hydrocurage, intervient chez une riche notable qui vit seule dans un manoir isolé, au milieu d’un domaine de plusieurs hectares, il croit avoir trouvé la victime idéale. Mais la rapine ne va pas se dérouler comme prévu.

Vous qui lisez mes chroniques littéraires (si vous existez, je n’en suis pas si sûr, mais je suis parfois parano, ce qui ne m’empêche pas de rester lucide), vous n’êtes pas sans savoir qu’un seul genre littéraire n’a sens à mes yeux : Le polar !

Et cela tombe très bien, car le polar est probablement le genre codifié le plus prompt à se mêler avec ses autres confrères. Ainsi puis-je me délecter de polars humoristiques, de polars historiques, de polars scientifiques, de polars ésotériques, de polars horrifiques, de polars à suspens, de polars d’aventures, de polars fantastiques, de polars polaires, de polars aux Ydes (pour peu que l’on puisse conjuguer au pluriel ce village néerlandais).

Mais, comme tout un chacun, le sujet m’importe également. Aussi, puis-je adorer « Glacé » ou « Une putain d’histoire » de Bernard Minier et ne pas apprécier « N’éteins pas la lumière » du même auteur, même avec, pourtant, un personnage commun à « Glacé ».

Ici, à vrai dire, le sujet ne m’intéressait pas.

Pas, car le thème ne me disait rien.

Pas, car la 4e de couverture m’indiquait déjà trop de choses. Un cambriolage ; victime isolée ; riche notable ; ne se passant pas comme prévu... j’entrevoyais déjà ce qui allait se dérouler pour l’avoir déjà trop vu ou trop lu. Le cambrioleur qui tombe sur un os et qui devient la proie. Le chasseur chassé, l’arroseur arrosé...

Pas, car, je n’aime pas qu’on me prévienne que je risque d’être choqué... car c’est souvent le signe que cette démarche est volontaire et donc, qu’elle est, si ce n’est l’unique objectif, du moins l’un des buts principaux de l’ouvrage.

Pas, enfin, car j’ai toujours cette faculté à savoir à l’avance ce qui va me plaire ou pas. Un sixième sens littéraire qui me fait rarement défaut.

Mais bon, comme le roman était court et m’était très très vivement conseillé par l’unique personne capable de m’effrayer... à la simple pensée de me retrouver trop longtemps éloigné d’elle, je me lançais dans cette lecture...

Que dire ??? Il faut avouer (à moitié pardonné) que je ne suis pas partisan de l’utilisation de la vulgarité pour simple utilisation de cette vulgarité. Il faut encore me confesser que je suis devenu, avec le temps, répétitophobe. Bon, ce n’est pas tellement une phobie, je n’ai pas peur des répétitions, mais je les repère, chez les autres, et cela bloque quelque peu ma lecture, me fait sortir du texte, du contexte, du con de texte (oui, je n’aime pas la vulgarité pour la vulgarité, mais celle-ci a l’intérêt de proposer un jeu de mots).

Ces deux informations n’ont d’autre but que de justifier un mauvais départ. Car, un livre est comme toute histoire : il doit bien débuter et bien se terminer. Si c’est le cas, on pardonnera quelques faiblesses entre ces deux points.

Et là, le départ était quelque peu chaotique puisque la première phrase proposait un « se tripoter le chibre » de mauvaise facture et la seconde, une triple répétition du mot « grand ».

Bon, si cela avait été un livre lambda, j’aurais probablement refermé celui-ci sans autre forme de procès, car j’ai décidé qu’il y avait tant de bons livres que je ne lirai jamais (et pourtant j’ai depuis longtemps décidé de ne lire que des textes policiers d’auteurs francophones) pour perdre du temps avec un livre qui, je le savais, n’allait pas me plaire.

Enfin, comme je savais également que si je refermais le livre à ce stade (au bout de deux lignes) cette si chère personne me l’ayant conseillé prendrait cet acte pour de la mauvaise foi, je mettais mon ego de côté et ma patience en avant pour poursuivre ma lecture.

Que dire de plus ??? Bon, je dois avouer que la lecture s’avérait être moins indigente que je ne le redoutais. L’auteur avait le bon goût de nous proposer des mots empoussiérés à force de n’être jamais utilisés par ses confrères qu’il ne pouvait que trouver une certaine grâce à mes yeux. Mais, là aussi, utiliser des mots inusités juste pour utiliser des mots inusités ne peut suffire à faire d’un livre un bon livre et d’un auteur un bon auteur (sinon, j’aurais déjà obtenu le prix Goncourt depuis longtemps, si tant est que les récipiendaires soient des bons auteurs ? Je ne sais pas, leurs livres ne font jamais partie de ma liste de lecture).

L’histoire ne me parlant pas, mais le style n’étant pas rédhibitoire, il fallait espérer que les personnages seraient attachants. Car, oui, un polar en forme de survival (j’utilise volontairement ce terme de la langue de Shakespeare pour irriter l’oreille de celle par qui mes yeux furent irrités par la lecture de ce roman, libre à elle de chercher sa signification) se doit de proposer au moins un personnage attachant : celui qui va subir les affres de l’histoire. Car, si ce personnage ne fait pas naître un sentiment de sympathie aux yeux du lecteur, difficile pour celui-ci de s’émouvoir de ses malheurs, de trembler devant les sévices qu’il subit, d’être impatient de savoir ce qu’il va advenir de lui... bref, de prendre un certain plaisir de lecture.

Mais là, pas de bol, ni le héros du roman ni sa tortionnaire ne font naître la moindre empathie.

On ne tremble ni pour l’un qu’on ne désespère pour l’autre. Bref, on se fout totalement des raisons qui poussent l’un à faire subir à l’autre ce qu’il lui fait subir. On s’en moque, on s’en tamponne, on s’en branle, on s’en tripote le chibre, dirait l’auteur.

Du coup, pas de frissons, pas d’émotions, ne peut alors que rester l’horreur... une horreur qui aurait été accrue si la victime avait fait naître de l’empathie, mais qui peut tout de même offrir son lot d’émotions pour peu que l’on soit friand de ce genre de scènes ou, au moins, suffisamment émotif pour ressentir une certaine répulsion.

Toujours pas de chance, Maxence (oui, je suppose que toi qui lis cette prose te prénommes Maxence pour on assonance), si je n’éprouvais aucune sympathie pour le personnage principal je n’éprouvais pas plus de répulsion face aux scènes que l’auteur voulait probablement insupportables.

Insupportables, si elles devaient l’être, pour moi, elles l’auraient plus été d’un point de vue littéraire que d’un point de vue horrifique. Mais, concédais-je au moins, l’auteur délivrait une narration et un style qui, à défaut d’être révolutionnaires ou parfaitement maîtrisés, se révélaient parfaitement digestes.

Mais alors, que me restait-il ? me direz-vous, vous qui vous souciez de mon plaisir littéraire, surtout toi, Albert (oui, tu viens de changer de prénom, toujours pour une question d’assonance). Bah ! malheureusement, pas grand-chose si ce n’est un point final qui, n’étant pas si éloigné au départ, ne faisait que se rapprocher au fil de ma lecture.

Je vous passe donc le reste de mes sentiments qui, de toute façon, n’étaient pas vraiment différents au départ qu’à la fin pour en arriver à une conclusion que, je le sens, Armand, tu aurais préféré plus proche.

Au final, ce livre n’a, pour moi, d’autre intérêt que de faire se succéder une foultitude de perversions diverses et variées qui aurait pu, chez un autre lecteur, faire frissonner, saliver, exciter ou rebuter, mais qui n’a fait naître, chez moi, qu’un ennui poli et plat.