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Les personnages gentlemen cambrioleurs ont largement contribué à la littérature populaire du XXe siècle, notamment grâce à Arsène Lupin de Maurice Leblanc, mais également avec Robert Lacelle de Claude Ascain et... Théodore Rouma de Jean D’auffargis.

« L’assassin ne fume que des Gauloises » est un titre faisant partie de la collection « Les aventures extraordinaires de Théodore Rouma » publiée à partir de 1945 aux éditions SEBF dont une partie des couvertures est illustrée par le célèbre et cultissime Brantonne et au format peu ordinaire de 24 pages couvertes de petits caractères.

Derrière le pseudonyme de Jean d’Auffargis se cache l’auteur Maurice Laporte, un personnage complexe puisque fondateur de la Jeunesse Communiste en 1920 avant de quitter le parti, de devenir anticommuniste et, même, de collaborer avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

Si je cite en partie la biographie de l’auteur, ce n’est ni par jugement de valeur, ni même pour information critique, mais uniquement pour démontrer la complexité du personnage. Vous le savez désormais, si vous lisez de temps en temps mes chroniques, la seule chose qui m’intéresse chez un auteur, c’est ce qu’il écrit.

Théodore Rouma est donc un cambrioleur naviguant dans la Haute Société, qui vole aux riches, pour en faire profiter les pauvres sans oublier de ponctionner une part du butin pour couvrir ses frais.

« L'assassin ne fume que des gauloises » est la seconde aventure du personnage publiée à l'époque.

L’ASSASSIN NE FUME QUE DES GAULOISES

L’inspecteur René Fresnoy se fait inviter au bal donné pour les 20 ans de Christiane Froismont, fille d’un opulent et célèbre banquier d’affaires afin de profiter de la soirée pour subtiliser un magnifique collier qui ornera le cou de la belle et richissime Américaine Edith Sidear.

Mais alors que le cambrioleur est parvenu à substituer une copie au véritable bijou, une nouvelle vient gâcher la fête : M. Froismont est retrouvé assassiné dans le petit pavillon de chasse de la propriété...

Théodore Rouma est un voleur, certes, mais c’est également un galant homme et un justicier à ses heures perdues. Alors qu’il a infiltré une soirée mondaine dans le but de subtiliser un bijou qu’il a déjà convoité par le passé et dont il a volé une copie en lieu et place de l’originale, il se retrouve face à un meurtre. Premier problème, il est censé être policier. Deuxième soucis, un juge est présent à la fête et compte bien sûr lui pour faire avancer la fête. Troisième soucis, son ami, le docteur Didier, également de la partie, est retrouvé mort au petit matin. Enfin, ultime soucis, la police est lancée sur sa trace, le pensant coupable des deux meurtres.

C’est dire si Théodore Rouma va avoir fort à faire durant cette aventure. Pourtant, après le premier meurtre, le juge pensait bien avoir mis la main sur le coupable en la personne du cousin de la victime, les deux hommes ayant été surpris se disputant dans le pavillon par des domestiques. Mais René Fresnoy alias Théodore Rouma l’avait bien prévenu qu’il faisait fausse route, car l’assassin fume des Gauloises, selon lui. 

Sans que l’on puisse qualifier la plume de Jean d’Auffargis de flamboyante, il faut pourtant lui reconnaître une certaine aisance et une réelle fluidité qui rend le texte très plaisant à lire. Certes, l’intrigue n’est pas de haute volée, mais le court format ne permet pas, non plus, ce genre d’exigence.

Pour autant, tous les éléments d’un petit roman policier d’aventures et d’action sont présents : meurtres, faux semblants, déguisements, vengeance, audace, une légère pointe d’humour, romance, et un personnage de cambrioleur détective très gentleman.

Au final, une lecture qui donne envie de se replonger dans les aventures de Théodore Rouma qui, à défaut d’être « extraordinaires », comme le prétend l’intitulé de la série, sont plutôt agréables à lire et c’est déjà pas si mal.