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Ceux et celles qui sont habitués à mes critiques de livres (il y en a-t-il ? ou bien m’escrimais-je à donner des avis dans le vide ?) n’ignorent pas que je n’aime que les romans policiers. Un roman, sans trame policière, pour moi, c’est comme un plat sans sel, un dessert sans sucre, un film sans action, une comédie française sans humour (pléonasme), bref, je ne lis que du policier.

Les mêmes (s’ils existent vraiment) savent également que je suis loin d’être fan des intrigues qui mêlent plusieurs histoires censées n’avoir rien à voir entre elles et qui finissent par se rejoindre.

Ceux qui ont lu « Mygale » de Thierry Jonquet (là, il y en a énormément, c’est certain) se sont rendu compte que ce très court roman n’avait point d’attache policière et qu’il faisait alterner trois histoires qui n’avaient rien à voir les unes avec les autres...

Mais alors, pourquoi avoir entamé la lecture de « Mygale » puisque, dès le départ, il n’avait rien pour me plaire ?

D’une, parce que je fais un peu ce que je veux et je ne me laisse pas aller aux dictats des autres, même si l’autre n’est que moi.

Ensuite, parce que : Thierry Jonquet !

Oui, ce seul nom devrait suffire à convaincre tout lecteur de lire un texte signé de ce regretté auteur, mort bien trop tôt.

Enfin, parce que le roman était très court et plébiscité par ses lecteurs.

Mais je dois vous avouer que j’ai mis beaucoup de temps à me décider à le lire, ne voulant être déçu par un auteur qui en quatre romans (« Les orpailleurs », « Moloch », « Le bal des débris » et « La bête et la belle ») m’avait apporté plus de plaisir littéraire que la plupart de ses confrères tous livres confondus (bon, sauf Jean-Bernard Pouy, qui est hors concours puisque « Génie »).

Car je n’étais pas sans savoir que « Mygale » ne tissait pas sa toile dans le milieu policier et j’avais quelque peu peur que le talent de l’auteur ne suffise pas à me faire passer cette pilule.

Peu importe, j’ai franchi le cap : j’ai dévoré « Mygale ».

Mygale :

Alex était parti, après avoir embrassé le vieux. Huit jours plus tard, il attaquait la succursale du Crédit Agricole et tuait le flic. Au village, tout le monde devait avoir gardé la page du journal, avec la photo d’Alex à la Une et celle du flic en famille.

Alors, déjà, c’est assez dommage de défendre un livre si complexe avec une 4e si simpliste et, surtout, qui, non seulement, ne parle que de la moins intéressante des trois histoires qui s’entremêlent dans ce roman, mais, en plus, qui rend aussi peu hommage à l’ambiance très sombre de l’histoire.

« Mygale » suit donc trois histoires :

Celle du chirurgien esthétique Lafarge et de sa compagne la très jolie Ève. Elle est humiliée, enfermée, contrainte à se prostituer. Lui navigue entre la haine et l’amour vis-à-vis de sa proie.

L’autre histoire suit les pérégrinations de Alex, un petit braqueur dont le dernier cambriolage a mal tourné. Il a tué un flic. Il est recherché, sa tronche apparaît partout. Il se planque.

Enfin, « Mygale » trouve son sens dans l’histoire de Vincent, un jeune homme qui a été kidnappé par un homme inconnu, qui a été enfermé dans une cave pendant des années. Son geôlier se joue de lui, le maltraitant, d’abord, l’affamant, l’assoiffant, l’obligeant à se faire dessus, puis améliorant, petit à petit, ses conditions de vie, au fil des mois, des années.

Bien évidemment, on se doute que les histoires vont se croiser, mais, comment ??? 

Quand on connaît l’œuvre de Thierry Jonquet, on sait que l’auteur était habile et avait la propension d’offrir des retournements de situation surprenants digne du film « Le 6e sens » de Nigh Shyamalan.

Ici, Thierry Jonquet ne manque pas à ses habitudes et, même, offre à ses lecteurs plus qu’ils ne demandent puisqu’il ne propose pas un retournement de situation virtuose, ni même deux, mais au moins trois surprises explosives qui sont autant de claques dans la beigne du lecteur.

Alors, oui, je n’aime que les textes policiers, je n’apprécie pas particulièrement les histoires qui se croisent, mais force est de constater que Thierry Jonquet est parvenu à me donner du plaisir de lecture malgré ces deux grandes failles et je ne doute pas que, pour ceux qui ne sont pas attachés au même point que moi à un autre genre, pour ceux que les histoires multiples ne rebutent pas, les lecteurs aient pris un énorme plaisir à la lecture de ce roman.

N.B. Ce roman a été adapté au cinéma par Pedro Almodovar dans « La piel que habito » avec Antonio Banderas dans le rôle du chirurgien.

Au final, bien que « Mygale » ait tout, au départ, pour me déplaire et ayant, pour seul attrait (à mes yeux) d’avoir été écrit par Thierry Jonquet, sa courte taille et la certitude d’être surpris à la fin ont suffi à me pousser à le lire et je ne le regrette pas bien que j’ai tout de même préféré les productions policières de l’auteur.