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Bill Disley est un reporter-détective né de la plume de J.A. Flanigham au milieu des années 1940...

Bon, tout ça, je vous l’ai déjà dit dans les dix précédents titres de la série que j’ai lus. Pour en savoir plus sur le personnage et l’auteur, je vous invite donc à les lire.

Non, aujourd’hui, pour cette onzième lecture, je n’ai pas envie d’entrer dans les détails biographique ou bibliographique de l’un ou de l’autre, mais juste de parler de plaisir de lecture.

Sachez juste une chose, pour l’instant, mes lectures des aventures de Bill Disley se sont concentrées sur des titres s’étalant entre 10 000 et 14 000 mots, un format très court qui correspond peu ou proue au format fasciculaire 32 pages de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle qui m’attire tant et dont je vous ai déjà parlé à maintes reprises, pour moult titres, issus de multiples collections, nés de la plume de tant d’auteurs, des bons et des moins bons.

Sans revenir sur tout mon parcours de lecteur de fascicules 32 pages, je tiens à mettre l’accent sur un fait très important. Ce format très court de romans (car ce ne sont pas des nouvelles, mais bien des romans) offre une latitude très réduite aux auteurs s’y confrontant. Les contraintes inhérentes à ce format sont souvent un piège dont l’auteur ne parvient que très rarement à s’extraire et, souvent au détriment de l’intrigue, de la narration ou bien de coupes drastiques qui ne passent pas inaperçues.

Jusqu’à présent, je ne notais qu’un seul auteur ayant réussi à exceller dans ce format : Charles Richebourg et sa série des « Odilon Quentin ». L’homme maîtrisait à la fois le format, la narration et son personnage suffisamment pour parvenir à proposer, à chaque fois, une lecture de qualité.

Depuis peu, j’ajoutais à cette très courte liste, l’auteur René Byzance et sa série des « Enquêtes du Professeur » qui, grâce à une plume altière et un humour latent, parvenait à faire oublier certaines faiblesses de son histoire et de sa narration.

Maintenant, force m’est de reconnaître que Charles Richebourg est largement supplanté par J.A. Flanigham qui, avec sa série des « Bill Disley », parvient à insuffler dans un format si court, tant de qualités qu’il m’était, jusqu’à présent, impossible d’imaginer que cela puisse être.

Certes, je sais, vous vous dites que j’en fais trop, que j’exagère, et, vous pourriez avoir raison, vous auriez, d’ailleurs, tout à fait raison, si je ne jugeais le texte que pour ses qualités intrinsèques, occultant de facto le contexte de l’écriture de ces textes (format ultra-court, écriture probablement automatique, sans relecture ou presque...).

C’est ainsi que je juge une œuvre et c’est ainsi, pensé-je, que l’on devrait toujours les juger. Tout comme un film de série B à bas budget au tournage nécessairement réduit, ne peut pas être considéré comme un film à très gros budget bénéficiant d’un budget pharaonique, d’un temps de tournage infini, d’acteurs réputés, de moyens techniques sans failles...

Ce n’est pas pour autant que le premier est un sous-film et qu’il doit être considéré moins durement, juste, considéré en fonction de ses moyens.

La littérature populaire en général et la littérature fasciculaire en particulier, sont aux Best Sellers actuels, ce que lesdites séries B sont aux Blockbusters... et même plus que cela, car, non seulement les deux ne bénéficient pas des mêmes moyens, mais, en plus, n’ont pas la même durée pour développer leur histoire. Ce serait un peu comme comparer un film à gros budget avec un court-métrage.

Sauf que le court-métrage s’apparenterait plus à la nouvelle dans mon analogie alors que, je soutiens, que nous sommes là, dans le très court roman.

Bon, je ne vais pas épiloguer sur le sujet au risque de perdre les rares lecteurs qui se risquent à se confronter à mes chroniques, sachez juste que, pour juger un texte, je prends en considération tout un tas de paramètres, dont les conditions d’écriture.

Tout cela pour dire que, bien sûr, aucun des textes de la littérature fasciculaire ne pourra rivaliser au point de vue de l’intrigue, suspens, développement des personnages, rebondissements, à un roman à suspens de 600 pages (du moins si celui-ci est écrit par un bon écrivain), mais ce n’est pas cela que l’on attend d’une telle lecture.

Ceci dit, revenons-en à Bill Disley, à J.A. Flanigham, à Jeff et à Martin, les amis de Bill, et à ce plaisir sans cesse renouvelé (du moins jusqu’à présent) de retrouver les uns et les autres et ce, grâce au talent indéniable de l’auteur se cachant derrière ce pseudonyme.

Un talent qui mêle plusieurs qualités difficiles à trouver dans ce format : un style, un sens des dialogues, des personnages attachants, de l’humour, une vraie intrigue, une maîtrise du format et de la narration et un sens du petit détail qui fait toute la différence, qui permet de ne jamais donner l’impression d’une concision extrême.

Une fois cela dit, venons-en au titre d’aujourd’hui :

Et tu verras flotter son cadavre :

Dans une pension londonienne, une jeune veuve sans histoire est retrouvée étranglée, dans sa chambre, un fil de soie bleu autour du cou.

Lors de la fouille de la chambre, l’inspecteur Martin découvre un étrange télégramme citant en partie le proverbe chinois : « Si tu as un ennemi, assieds-toi au bord de la rivière et tu verras flotter son cadavre… »

Bill Disley, le célèbre reporter-détective, convié par le policier à apporter son aide sur l’enquête ne tarde pas à suspecter l’implication dans le meurtre du gang du « Ruban Bleu », une organisation criminelle démantelée depuis de nombreuses années…

Une femme quelconque est retrouvée étranglée dans sa chambre d’une pension, un cordonnet bleu autour du cou. Des étranges télégrammes sont découverts camouflés dans les replis de son chapeau. Des messages évoquant une vengeance... 

Bill Disley, mandé par l’inspecteur Martin pour apporter son aide, pense immédiatement à la bande du « Ruban Bleu » un gang qui sévissait il y a plusieurs années et qui a été démantelé.

Il fait appel à son ami Jeff, ancien pickpocket et qui a encore ses entrées dans le milieu, pour se renseigner sur les membres de cette bande. Dans la foulée, les deux amis échappent miraculeusement à une tentative de meurtre, par empoisonnement durant la nuit et découvre un ruban bleu déposé chez lui. Bill Disley en est maintenant sûr, la bande du « Ruban Bleu » s’est reformée.

Bill Disley est un personnage savoureux, il faut bien l’avouer, mais c’est, surtout, dans son interaction avec ses amis, Jeff en tête, qu’il s’avère le plus drôle, voire le plus touchant.

Et là, Jeff va prendre une bonne part à l’aventure et l’on peut dire que le grand bonhomme est plutôt amusant lui aussi, à sa façon (du moins, quand il n’a pas décidé de vous mettre son poing dans la gueule).

Mais, si en plus, Martin s’en mêle, Martin et son flegme qu’il perd trop souvent en présence de Bill, alors, on peut être certain de passer un bon moment.

Et c’est donc un excellent moment que l’on va passer avec les trois amis, et ce, même si l’histoire est un peu plus excentrique que d’ordinaire, un peu moins claire et peut-être même un peu moins intéressante.

Car le trio fonctionne à la perfection. Il fonctionne si bien, ce trio, qu’il fonctionne encore à deux, et ce, quel que soit le second. Mieux encore, il fonctionne aussi à quatre quand le gros Bob, le patron de Bill, intervient à son tour, ce qui n’est guère le cas ici.

Au final, un très bon moment de lecture en compagnie de Bill et ses amis grâce au talent indéniable de l’énigmatique J.A. Flanigham.