004688456

Stanislas-André Steeman est un auteur belge de romans policiers que l’immense succès de Georges Simenon a quelque peu éclipsé, du moins, hors de Belgique.

Car l’on oublie un peu trop facilement le succès que remporta en son temps cet écrivain et le nombre de films qui ont été adaptés de ses romans. Certes, tout le monde pense à « L’assassin habite au 21 », mais le roman et le film sont l’arbre qui cache la forêt.

D’ailleurs, en général, la littérature francophone belge est quelque peu boudée et c’est fort dommage tant les écrivains belges de langues françaises ont apporté à la littérature populaire que ce soient les plus en vue d’entre eux (Georges Simenon, Stanislas-André Steeman, Jean Ray, Thomas Owen...), mais aussi et également les plus occultes (Maurice Boué, Max Paul, Louis-Thomas Jurdant, J.J. Marine, Paul Kinnet, Jean Marsus...)

Mais je dois également faire mon mea culpa à Stanislas-André Steeman puisque j’avais regretté, après la lecture de « L’assassin habite au 21 » et la légère déception que celle-ci m’avait procurée, que Steeman soit bien plus plébiscité que d’autres auteurs belges méconnus que je lui préférais.

Vous aurez ainsi compris que « 6 hommes à tuer » m’a réconcilié avec l’auteur.

6 hommes à tuer :

D’abord le trou rond, aux bords roussis, dans la nappe... Adélia trouve très mal élevé qu’on écrase ses cigarettes à côté des cendriers. Et puis, quel désordre dans la salle à manger : assiettes sales, verres poisseux, chaises renversées même... Oh ! pas de doute, les amis de Jo – enfin de Luke, puisque c’est comme ça qu’ils l’appellent – ne sont pas des « gentlemen ». Mais il y a pis. La grande malle en osier qu’ils ont transportée dans la chambre d’amis, au milieu de la nuit, eh bien, elle bouge ! Adélia y a jeté un œil ce matin et pas d’erreur : quelque chose remue à l’intérieur. Quelque chose qui cherche à en sortir... 

« Six hommes à tuer » a également été réédité sous le titre « Que personne ne sorte » et, comme plusieurs romans de l’auteur, a également connu une adaptation au cinéma, sous le titre « Que personne ne sorte » avec Jean-Pierre Marielle, Jacqueline Maillan, Maria Pacôme, Noël Roquevert et même Stéphane Steemans, le fils de l’auteur.

Adélia a toujours vécu sous le joug de son père, le révérend Murdoch, dans le respect de la foi, et ce jusqu’à ce que le veuvage la délivre. Lors d’un voyage elle fait la connaissance de Jo, qui la charme, et celle-ci l’invite à lui rendre visite chez elle avant de l’attendre... de l’attendre.... de l’attendre.

Mais un jour, Jo débarque, à la plus grande joie d’Adélia, mais, avec lui, cinq hommes... une femme... et une malle qui abrite quelqu’un ou quelque chose.

En fait, Jo n’est pas Jo, mais Luke. Et Luke n’est pas un gentleman, mais un bien sale type qui kidnappe des enfants et réclame des rançons aux parents. Sauf qu’une fois la rançon empochée, jamais il ne rend l’enfant...

Dans la malle, une enfant délurée. Son riche père, sachant à quoi s’en tenir, décide d’embaucher Monsieur Wens afin de liquider tout ce vilain monde et récupérer son enfant.

C’est donc à un jeu de tir aux pigeons que nous invite l’auteur puisque son personnage fétiche (Monsieur Wens apparaît dans plus d’une douzaine de titres) décide d’abattre un à un les truands en usant de bien curieux subterfuges.

En y réfléchissant, « 6 hommes à tuer » n’est pas si différent, dans mon esprit, que « L’assassin habite au 21 », car, si je n’avais pas été capable de réellement cerner ce qui ne m’avait pas enthousiasmé dans ce roman, là, j’ai du mal à véritablement pointer du doigt ce qui m’a réellement plus ici. Tout ce que je sais c’est que le plaisir de lecture a été plus intense à mesure que le roman avançait.

La raison en est simplement un second degré omniprésent et un humour latent. Ce Monsieur Wens s’avère bien taquin, c’est le moins que l’on puisse dire si tant est que la taquinerie puisse aller jusqu’à placer deux balles dans la peau d’autrui.

En fait, le personnage de Wens, ici, car il ne semble pas être toujours naviguer dans la même ambiance, est à l’image de toute l’histoire : jamais réellement sérieuse. Et, pourtant, au départ, rien ne prédispose cette histoire à devenir grand-guignolesque, et, d’ailleurs, elle ne l’est jamais tout à fait, et c’est là tout le talent de l’auteur qui parvient à marcher du point de départ jusqu’au point final sur le fil du rasoir sans jamais être rasant ni sombrer d’un côté ou de l’autre, ce que ne parvient pas, par exemple, l’adaptation cinématographique, « Que personne ne sorte » qui sombre dans le grand-guignol très rapidement, de par les déguisements peu crédibles visuellement, l’utilisation d’une musique et signaux sonores qui renforce l’aspect farce de l’ensemble. Mais l’histoire ne se prête pas à l’humour total et, en choisissant cette voie, le réalisateur a commis une faute que Steeman, lui, n’avait pas commise en écrivant son roman.

Le lecteur suit donc les frasques de Monsieur Wens qui va éliminer, un à un, les méchants, en usant de subterfuges un peu étranges pour un tueur. 

La naïveté d’Adélia n’a alors d’égal que la fantaisie de Wens et les deux extrêmes que proposent ces deux personnages trouvent leur équilibre dans ceux des tueurs qui naviguent, eux aussi, entre deux eaux, à la fois les eaux troubles de gangsters et d’assassins et les eaux plus claires de personnages pas si terribles que cela, du moins face à la détermination de Wens.

Au final, un roman enthousiasmant, même si je ne saurais réellement dire pourquoi tant j’ai peu apprécié ma précédente confrontation à la prose de l’auteur et encore moins à la suivante.