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Henry Musnik est un auteur chilien qui fut l’un des principaux piliers de la littérature fasciculaire policière du milieu du XXe siècle.

Sous différents pseudonymes (Claude Ascain, Alain Martial, Pierre Olasso, Florent Manuel, Gérard Dixe, Jean Daye), il a alimenté de très nombreuses collections de fascicules policiers de 32, 48, 64, voire 128 pages, principalement au sein des éditions cultes Ferenczi, mais pas que.

Henry Musnik avait pour particularité de bien souvent, au sein d’une même collection et sous un même pseudo, de réutiliser un même personnage. Ce qui fait que les personnages récurrents nés de la plume de cet auteur sont nombreux : Le commissaire Lenormand, le cambrioleur Robert Lacelles, l’inspecteur Gaspin, Max Berton, le cambrioleur Guy Daurian, le voleur Jacques Desly, Daniel Desmond, Daniel Marsant, le détective Yves Michelot, le détective Robert Navarre, Michel Vaudreuil...

Mais Henry Musnik ne s’est pas toujours appuyé sur des personnages récurrents pour écrire des textes, la preuve avec « Le suicide de M. Boitard » écrit sous le pseudonyme de Claude Ascain et édité, à l’époque, au sein de la cultissime collection « Mon Roman Policier » aux éditions Ferenczi.

LE SUICIDE DE M. BOITARD

Un employé est retrouvé, au petit matin, dans son bureau, mort d’une balle dans le cœur.

La police ne tarde pas à classer l’affaire, puisque selon elle, il s’agit d’un suicide. Le défunt tenait encore à la main son propre revolver et s’était enfermé à clef dans une pièce sans fenêtre.

Mais un jeune journaliste qui a pris quelques photos du corps, en les examinant, commence à émettre des doutes sur les conclusions de l’enquête…

Si Henry Musnik est réputé pour son immense production et ses nombreux personnages, il l’est beaucoup moins pour la qualité de sa plume et ce n’est pas dans ses textes que le lecteur cherchera un style particulier, des effets littéraires ou autre démonstration de plume alerte.

Non, Henry Musnik était ce que l’on appelle un « faiseur », comme il y en a également au cinéma, des personnes qui produisent des œuvres sans génie, peut-être même sans talent, mais qui ne sont pas destinées à émerveiller, juste à donner du plaisir immédiat qui ne demeurera pas, par la suite, dans les esprits.

Ainsi, limités par le format court, par les impératifs de la littérature populaire (produire beaucoup, vite, à moindre coût), ces genres d’auteurs, par manque d’ambition, de temps, de volonté, ou juste de talent, se contentaient de produire et de produire encore, privilégiant la quantité à la qualité.

Dans le même temps, d’autres auteurs, confrontés aux mêmes impératifs, aux mêmes contraintes, faisaient de cette faiblesse une force pour élever leur niveau.

Ce n’était pas le cas de Henry Musnik. Mais ce n’est pas une raison pour bouder l’auteur et sa production, car, même sans génie, une bonne partie de ses textes sont malgré tout très agréables à lire et remplissent leur office : offrir un petit moment agréable de lecture.

C’est le cas de « Le suicide de M. Boitard » où en même pas 7 500 mots (un tout petit 32 pages, donc), Claude Ascain nous livre une petite histoire autour du suicide d’un employé. Suicide qui sera remis en cause par un jeune journaliste...

Ceux qui sont habitués au format 32 pages savent qu’en si peu de mots il est difficile, voire impossible, de livrer une intrigue de haute volée ni de cerner un personnage complexe. Aussi, dans ce cas-là, seuls un réel style et une parfaite maîtrise de la narration (Charles Richebourg, J.A. Flanigham...), peuvent vous permettre de proposer un texte rivalisant de qualités avec des romans de taille standard.

Ici, l’intrigue est donc très succincte. Quant au style, quasiment absent. Reste un texte qui, sans épice, n’en demeure pas moins très digeste même si le lecteur aguerri devinera très rapidement qui est le meurtrier (puisqu’en fait, meurtre il y a) et ce bien avant le journaliste.

UNE AFFAIRE MANQUÉE

André CORBET, chauffeur de maître, tandis qu’il est en train de faire le plein de la limousine de son patron, un soir, est abordé par un homme élégant.

Celui-ci le prie de lui rendre service. Ne trouvant pas de taxi et pressé par le temps, il lui demande, en échange d’une belle somme, de l’emmener à un rendez-vous.

Sur place, André CORBET reçoit un coup sur la tête, s’évanouit… et ne se réveille que le lendemain matin, enfermé dans une pièce dont l’unique fenêtre est protégée par de solides barreaux… 

Deuxième titre de cette collection numérique qui regroupe deux courts romans policiers d’un même auteur : Bi-Polar.

Pour ce qui est de l’auteur, celui-ci étant le même (c’est le concept de la collection), je ne m’étalerai pas davantage.

Le roman, lui, est à l’origine publié dans la même collection que le premier, c’est-à-dire « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi. Publiés à quelques numéros d’écart, on comprendra qu’ils regroupent, pour points communs, le style et la taille (ici, un petit peu plus de 7 500 mots).

Même taille, donc, même faiblesse d’intrigues, personnages aussi inconsistants.

Là aussi le texte n’a guère d’autre intérêt que d’offrir un petit moment de lecture qui, sans être d’une exquisité exceptionnelle, se doit de ne pas être indigent. 

Là encore, le texte remplit son office et, tout comme le précédent, ne laissera pas de souvenirs impérissables par la suite.

Henry Musnik, toujours sous le pseudonyme de Claude Ascain, propose aux lecteurs de suivre les mésaventures d’un chauffeur de Maître qui, pour avoir accepté contre un belle somme, de conduire un inconnu qui présentait bien, se retrouve enfermé dans une pièce sans en connaître la raison. Son Geôlier lui promet qu’il ne lui sera fait aucun mal, mais l’homme se demande tout de même ce qu’on lui veut.

En fait, l’auteur nous livre une partie de l’intrigue dans le titre : une affaire manquée, et le lecteur se doute donc que tout cela fait partie d’un plan qui va tourner court.

On peut faire les mêmes critiques que pour le premier texte. En fait, les deux sont très homogènes au point qu’ils se côtoient parfaitement au sein d’un même recueil.

Au final, deux très courts romans (oui, je parle toujours de romans, jamais de nouvelles, car, pour moi, ce n’est pas la taille qui compte, mais la narration et la finalité) qui se lisent sans déplaisir, mais qui n’occuperont pas votre esprit par la suite.