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Marcel Idiers est un auteur belge de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle à la biographie assez floue puisque l’on connaît sa date de naissance (1886), mais pas celle de sa mort qui se situe dans le courant des années 1950. 

L’auteur usa de plusieurs pseudonymes comme « Jean Fabien », « SREIDI » ou encore « Robert Pédro ».

Il écrivit dans les genres « romance », « aventures » et « policier » et il n’est pas impossible qu’il ait également écrit en collaboration avec sa femme, Jeanne Philbert, écrivain également, sous le pseudonyme de Magali.

Marcel Idiers est principalement connu pour sa série autour d’un cambrioleur, « L’Homme au stylo » écrit en 6 fascicules de 16 pages, doubles colonnes, sous le pseudonyme de Jean Fabien.

Mais l’auteur a également contribué à la fameuse « Collection d’Aventures » des éditions Offenstadt, notamment avec deux titres autour d’un jeune détective amateur : Maurice Gillar :

– Maurice Gillar, détective.

– L’homme à la tête de chien.

Car, les deux titres qui se suivent dans la collection (n° 42 et n° 43, publiés en 1917), ne forment, en fait, qu’un seul et même roman d’environ 80 000 mots.

Maurice Gillar, détective :

Maurice Gillar, jeune ouvrier bijoutier, se fait voler un coffret, au contenu aussi mystérieux que précieux, appartenant au Marquis de Rigny et qu’il avait amené chez lui pour travailler dessus le soir. 

Menacé de renvoi par son patron qui lui accorde 48 heures avant de déposer plainte auprès de la police, le jeune homme n’hésite pas à se lancer lui-même à la poursuite du voleur qui se trouve, par une bizarre coïncidence, lui ressembler trait pour trait. 

Cette ressemblance entre le jeune détective amateur et « R », son mystérieux adversaire, est la cause de multiples aventures durant laquelle les deux hommes vont se livrer à une lutte acharnée qui ne laissera ni l’un ni l’autre indemne…

Autant le dire tout de suite, si j’avais bien apprécié la série « L’Homme au stylo » de l’auteur, bien que, là aussi, les épisodes formaient en fait un tout, j’ai été moins séduit par les aventures de Maurice Gillar, pour cette raison-là, mais pas que.

Car, oui, je déteste terminer ma lecture sur un point d’interrogation, surtout lorsque je ne m’y attends pas. D’ailleurs, quand je m’y attends, il est rare que je me lance dans une telle lecture.

Mais, la déception est moins grande quand je suis emballé par le texte que je lis...

Vous comprendrez que ce n’est pas tout à fait le cas dans ce roman-ci.

Pourtant, le récit commence plutôt de façon agréable, sans planer dans les hautes sphères de la littérature, Marcel Idiers nous présente un jeune personnage (de dix-huit ans environ), apprenti bijoutier qui, voulant bien faire, amène chez lui un coffret en apparence anodin, qu’un client a apporté pour le faire ouvrir, car il est scellé. Le jeune homme a l’intention de faire des heures supplémentaires à la maison pour rendre l’objet au plus vite. Mais le soir, quand il rentre chez lui, le concierge s’étonne de le revoir alors qu’il vient juste de sortir de chez lui, ce qui n’est pas le cas. Déjà, dans la journée, son patron l’avait admonesté pour ne pas lui avoir dit bonsoir la veille, quand il l’avait croisé au théâtre, alors qu’il ne s’était pas rendu au théâtre depuis fort longtemps.

Rentré chez lui, il ne trouve pas l’objet : on a volé le coffret. Rapprochant les deux dires de son concierge et de son patron, Maurice Gillar imagine que le voleur lui ressemble et il ne croit pas si bien dire. D’autant que le voleur est réputé, il s’agit du fameux « R », son pseudonyme, est imprimé dans tous les journaux pour les cambriolages audacieux auxquels il s’est adonné dernièrement.

Menacé par son patron d’être dénoncé comme le voleur s’il ne retrouve pas le coffret dans les 48 heures, Maurice Gillar va se lancer sur la piste du mystérieux « R » tant pour retrouver le coffret par excès de professionnalisme que pour laver son honneur...

Il faut bien l’avouer, l’ensemble du récit a fortement vieilli, non pas tant par le style d’écriture que par la naïveté de l’intrigue et des rebondissements fortuits qui ne seraient pas sans rappeler « Candide » de Voltaire, un texte qui avait déjà presque 200 ans dans les dents à l’époque, c’est peu dire en termes de surannation.

Car, si l’on passe sur le fait que les deux personnages principaux se ressemblent comme deux gouttes d’eau sans que cela surprenne qui que ce soit (pas même les principaux intéressés) et sans que cela soit expliqué d’une façon ou d’une autre (du moins dans le premier tome), le reste des évènements n’est pas fait pour arranger les choses.

« Autobus » (pour éviter de répéter la conjonction de coordination « Car », à chaque fois), à l’instar du monde de Candide, celui de Maurice Gillar est tout petit et ce, qu’il demeure dans l’hexagone ou qu’il s’exile en Angleterre. C’est dire si, quand deux êtres cherchent à s’éloigner l’un de l’autre (du moins, un de l’autre, alors que l’autre, non, puisqu’il le poursuit), ils finissent très vite pas tomber l’un sur l’autre et inversement (car ce n’est pas toujours le même qui poursuit l’autre, même si l’autre ressemble à ce point à l’un qu’on pourrait le croire).

« Bus à impériale » (oui, « car » l’action se situe en grande partie en Angleterre), les choses tombent souvent comme un poil de barbe dans un potage et de façon tellement répétitive que l’on se dit que l’auteur aurait pu avoir un peu plus d’imagination pour rythmer son récit. Maurice poursuit « R » et se fait arrêter à sa place par la police. Il continue à le poursuivre et tomber par hasard sur lui et récupère le coffret. « R » le poursuit à son tour et grâce à un rebondissement inattendu, récupère à son tour le coffret. Maurice poursuit à nouveau « R »... et récupère le coffret... etc., etc., etc.

Si la structure du récit est répétitive (course poursuite... rebondissement... nouvelle course poursuite... rebondissement... nouvelle course poursuite... rebondissement...) c’est surtout la nature des dits « rebondissement » qui laisse à désirer...

Et cela s’étire et s’étire de la même façon. À chaque fois que Maurice a récupéré le coffret ou son contenu, qu’il pense avoir réussi, il arrive une péripétie qui relance la machine...

Et, même à la fin de ce roman, la boucle est toujours en cours... et on n’en est qu’à la moitié, puisqu’il reste encore « L’homme à la tête de chien » à lire pour connaître le point final de cette histoire.

Au final, un récit qui commence de façon agréable et qui n’est pas sans rappeler les aventures du « Le petit détective » de Arnould Galopin, mais qui tourne un peu trop en rond et est trop répétitif pour réellement tenir le lecteur en haleine.