CouvMalle

Louis Roubaud est un des nombreux journalistes à s’être également essayé au métier de romancier, ou l’inverse, tant ses deux métiers semblent s’être imposés à lui en même temps.

Né en 1884 à Marseille et mort à Lyon en 1941, l’homme fût un grand reporter de guerre et un journaliste d’investigation reconnu, ami d’Albert Londres, qui travailla pour de nombreux journaux et magazines dont « Détective », « Le Petit Parisien », « L’Intransigeant »...

En parallèle, l’homme écrivit également des romans testimoniaux, sur divers sujets comme celui sur les hôpitaux psychiatriques ou un autre sur le Vietnam et l’Indochine, mais également de véritablement fictions dont certaines policières dont « Le crime des Quatres Jeudis » aussi édité sous le titre « L’Homme Nu de la malle ».

Mais, même ses romans n’ont d’autres buts que le témoignage, car, comme le dit l’auteur en fin d’ouvrage : « Mais je n’ai pas eu la prétention d’écrire un roman. J’ai voulu relater simplement un fait divers tel qu’on en lit souvent dans les journaux, exposer le rôle, assez méconnu, des modestes serviteurs de l’ordre social chargés, sur des données imprécises, de rechercher le criminel. Cette tâche obscure, ils l’accomplissent avec les moyens ordinaires, sans l’intervention du génie, en utilisant le mécanisme de la vieille administration à laquelle ils appartiennent, en comptant quelque peu sur le hasard, ce collaborateur constant de toutes les œuvres humaines. »

LE CRIME DES QUATRE JEUDIS

À la Gare de Nantes, un gros colis est en attente de livraison. Le destinataire est introuvable et inconnu à l’adresse indiquée, tout comme l’expéditeur.

Au bout de six jours, une odeur nauséabonde se fait sentir, incitant à l’ouverture du paquet : une malle-cabine.

À l’intérieur, le corps dénudé et sans vie d’un homme.

La victime est morte par empoisonnement et, chose curieuse, a été expédiée depuis son propre domicile…

Il est indéniable que le style du livre résulte d’une volonté de l’auteur de livrer un témoignage sur le fonctionnement d’une l’enquête sous divers angles possibles : La Police, le Juge, le détective, le journaliste !

Cette évidence et cette volonté se retrouvent, effectivement, dans l’alternance des styles. Usant parfois d’une plume très journalistique, l’auteur n’hésite pas à utiliser une narration, un phrasé et une présentation bien plus procédurale, ou bien à faire l’étalage du cheminement de pensée de l’enquêteur, en fonction du point de vue qu’il anime.

Car l’enquête sur ce meurtre est menée de différents points de vue. Tout d’abord, celui de la police, la première à se mêler à l’enquête. Ensuite, celui du journaliste, qui, à la demande du meilleur ami de la victime, va tâcher de trouver le coupable. Puis, celui du Juge chargé de piloter l’enquête et, enfin, celui de l’ancien commissaire devenu détective et embauché lui aussi par l’ami de la victime.

Mais à ces quatre principaux points de vue qui font peut-être échos aux 4 jeudis, viendra s’ajouter celui du suspect principal, celui de son avocat... avant que la vérité ne finisse par éclater si simple et si complexe à la fois.

Ce n’est donc pas à un roman policier classique auquel le lecteur est confronté, mais bien à un roman policier particulier, où le suspens est lié à l’enquête et non à des artifices romanesques, et où l’auteur s’amuse à accumuler les preuves indiscutables de la part de la Justice avant des les faire utiliser, sous un autre prisme, par la défense, pour innocenter le suspect.

Et c’est là un exercice passionnant que de constater qu’un même élément, traité sous un autre angle, apporte une conclusion différente.

L’alternance des points de vue et de styles renforcent cette impression de se trouver dans un récit d’enquête et non, devant une fiction romancée même si l’auteur avoue de lui-même que le but est de rendre compte du travail des uns et des autres et qu’il aurait pu tout aussi bien, pour ce faire, utiliser une affaire ayant existé.

Toujours est-il que le lecteur suit avec attention l’enquête sous forme de diverses enquêtes, pointant tour à tour un suspect avant de l’innocenter puis accumulant tous les indices vers une seule personne.

Si l’intrigue s’avère, au final, bien moins complexe qu’elle n’y paraît et si le lecteur la devine un tout petit peu avant que le détective ne dévoile le pot aux roses, l’ensemble est complexifié par des histoires subalternes qui sont à double tranchant, tout comme presque tous les indices de cette enquête, ce qui complexifie passionnément l’ensemble.

Car l’histoire est pensée de A à Z et le tout est manigancé de main de maître par l’auteur.

D’ailleurs, Louis Roubaud s’amuse également, à travers ses personnages, à bien mettre en lumière qu’à partir des mêmes indices, des mêmes questions, des mêmes réponses, on peut, en fonction d’un prisme différent ou d’un élément supplémentaire, pointer un tout autre coupable.

Au final, un excellent roman, d’un style mélangeant les styles, ce qui le rend à la fois passionnant et atypique.