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René Byzance est un auteur énigmatique de la littérature populaire dont je vous ai déjà parlé pour sa fameuse série « Les enquêtes du Professeur » publiée au milieu des années 1940 au sein de la collection « L’Indice » des éditions Populaires Monégasques.

Il ouvre la toute nouvelle collection « Bi-Polar » de OXYMORON Éditions, une collection entièrement numérique regroupant deux histoires policières d’un même auteur au sein d’un même ouvrage.

Le premier texte, « Meurtres sur la colline » est issu d’une collection éphémère, la collection « Qui a tué ? » dont on ne trouve la piste que de deux titres et dont l’éditeur est inconnu, mais probablement à rapprocher des Éditions Populaires Monégasques et par l’auteur et par l’imprimeur.

Petit fascicule de 32 pages contenant un peu moins de 10 000 mots (9 300 mots).

MEURTRES SUR LA COLLINE

Un couple est retrouvé mort dans un mas isolé de Provence.

Arrivés en premier sur place, les gendarmes locaux dirigent très vite leurs soupçons sur une famille de romanichels vivant dans la région.

Quand les juges d’instruction de Draguignan débarquent à leur tour, ils sont accompagnés de l’inspecteur PROT, un jeune policier indolent qui flaire tout de suite que le crime a été mis en scène… 

Un double meurtre a été commis dans un mas isolé. Très rapidement, le brigadier envoyé sur place dirige ses soupçons sur des gitans vivant non loin de là. Mais Ravan, un jeune gendarme, constate des détails curieux sur la scène de crime. 

Bientôt, les juges de Draguignan, un médecin légiste et un policier de la scientifique débarquent, accompagnés de l’inspecteur Prost, un policier nonchalant qui était présent à la cour d’assises pour témoigner et qui n’a pu refuser l’invitation. 

Et c’est ce Prost, qui n’a rien à faire là, qui va se charger de l’enquête et diriger ses soupçons ailleurs que sur les gitans. 

Pour ce faire, il va mener une enquête à son image, indolente, et l’air de rien, avec humour et décontraction. 

René Byzance fait preuve, ici, de l’humour qu’on lui connaissait dans la série « Les enquêtes du Professeur ». Non pas un humour lourd et gras, mais bien un humour léger peu identifiable. 

Et c’est cet humour insaisissable tant il est diaphane qui fait tout le charme de ce court roman, en compagnie de ce personnage de l’inspecteur Prost, un policier intelligent, perspicace, doué d’une certaine ironie, mais assez économe de ses efforts. 

L’auteur, malgré la concision du texte, n’hésite pas à distiller quelques fausses pistes, au gré des indices que récolte l’enquêteur, avant de pointer du doigt le coupable dans une scène finale dans une ambiance très « Whodunit » (qui l’a fait ?) que n’aurait pas renié Agatha Christie puisque le policier s’amuse à regrouper sur les lieux du crime toutes les personnes ayant lien avec le crime (témoins, accusés, suspects) afin d’éclaircir le mystère. 

On retrouve dans ce texte la patte du René Byzance des Enquêtes du Professeur. Enquête policière, bien sûr, mais également léger humour, personnage d’enquêteur un peu fantasque, et une plume similaire.

L’ensemble offre un bon moment de lecture qu’apprécieront tous ceux qui ont aimé « Les enquêtes du Professeur ».

L’ASSASSINAT DE LA COLOMBE

Lola la Palomba, ancienne danseuse et courtisane, maîtresse d’hommes de pouvoir et de finance, vient d’être assassinée pendant la nuit, d’un coup de stylet dans le cœur.

Le commissaire Louis MARTIN est chargé de l’enquête.

Tous les indices et les témoignent laissent penser que la victime avait un rendez-vous, dans la soirée, qui aurait mal tourné.

Le lendemain matin, les empreintes retrouvées sur les lieux du crime ont été identifiées, elles appartiennent à un jeune individu ayant déjà eu affaire à la justice, Pierre MARTIN… le propre fils du policier…

« L’assassinat de la Colombe » est un court roman issu de la collection « Collection L’Indice » des Éditions Populaires Monégasques dans les années 1940 et signé René Byzance.

Les Éditions Populaires Monégasques, la « Collection l’Indice » et René Byzance, je vous en ai déjà parlé pour la sous-collection « Les enquêtes du Professeur », dont la plupart des textes sont signés du même auteur.

Si je vous ai habitué aux courts romans lors de mes incursions dans la littérature fasciculaire, j’ai plutôt évoqué, généralement, des textes d’une dizaine de milliers de mots (la contenance d’un classique fascicule 32 pages ou d’un fascicule 16 pages bien denses). Là, nous avons affaire à un petit fascicule de 16 pages ne contenant, au final, environ 5 500 mots.

Si déjà avec 10 000 mots, les auteurs n’avaient pas le temps de mettre en place une réelle intrigue et des personnages approfondis, on se doute bien que là, les choses seront encore plus condensées.

Un meurtre, celui d’une ancienne danseuse qui a été maîtresse de politiciens et qui, malgré le passage des ans, est aujourd’hui la maîtresse d’un jeune et riche industriel.

Tout laisse à penser que la victime avait rendez-vous avec son assassin. Les empreintes désignent un coupable : le fils du commissaire chargé de l’enquête.

Certes, le fiston n’est pas un modèle de vertu, et il a déjà eu affaire à la justice pour des broutilles. En fait, le jeune homme est un inventeur passionné sans le sou. Il cherchait, auprès de la défunte, à entrer en contact avec son riche amant pour lui demander de le soutenir financièrement dans ses recherches.

Le commissaire va alors se dessaisir de l’enquête pour tenter d’innocenter son fils...

Très court roman, donc, durant lequel l’auteur n’aura pas le temps de nous proposer de grands rebondissements ni une enquête haletante.

Si René Byzance, dans la série « Les enquêtes du Professeur », nous avait habitués à un humour latent, qui donnait un style à sa plume, inutile de le rechercher ici. Point d’humour, point d’effet de style, l’auteur va au plus court et ne cherche à délivrer autre chose qu’un texte qui se lit vite et bien.

Certes, la taille vraiment très réduite nous laisse sur notre faim, mais la narration est au diapason du format, ce qui évite les impressions de coupures à la hache.

Au final, si le second texte est un peu frustrant de par sa concision excessive, le premier offre un réel plaisir de lecture comme nous en avait déjà servi René Byzance dans sa série phare. La collection « Bi-Polar » nous permet donc de découvrir ce second texte qui, tout seul, n’aurait jamais pu faire l’objet d’une réédition digne de ce nom, même au format numérique.