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Henry Musnik, est-il besoin de le rappeler, a été l’un des piliers de la littérature populaire française des années 1940 - 1950.

Sous de nombreux pseudonymes (Claude Ascain, Pierre Olasson, Gérard Dixe, Alain Martial, Florent Manuel, Pierre Dennys... et Jean Daye), l’auteur a grandement alimenté moult collections policières et aventures de son époque.

Pour ce faire, il a créé une multitude de personnages récurrents dont j’ai déjà évoqué quelques représentants.

Mais ce que l’on oublie un peu trop facilement, pour peu qu’on l’ait déjà su, ce qui est fort improbable, étant donné que Henry Musnik demeure inconnu des lecteurs d’aujourd’hui (excepté ceux qui se penchent sur les rééditions d’OXYMORON Éditions), c’est qu’Henry Musnik fut également journaliste sportif, aux magazines « L’Auto » ou « L’Équipe », par exemple.

Aussi, peut-on s’étonner que l’auteur ait combiné ses deux passions de la littérature policière et du sport en créant des petits romans policiers sportifs ? Bien sûr que non et c’est ce que nous permet de constater le nouveau titre de la collection « Bi-Polar » d’OXYMORON Éditions (1 livre, 1 auteur : 2 histoires policières) consacrée à Jean Daye (un des pseudo de Henry Musnik).

Grâce à ce double titre, « Le gardien de but de l’Étoile Verte »« Le mort sur le ring », Henry Musnik amène le polar dans le monde du football puis de la boxe, comme il le fît également dans celui du cyclisme, de la course automobile, l’hippisme...

LE GARDIEN DE BUT DE « L’ÉTOILE VERTE »

Pierre Duroc, gardien de but de « L’Étoile Verte » maintes fois sélectionné dans l’équipe de France de football, semble préoccupé à l’entraînement.

L’homme est exceptionnellement taciturne, ce qui inquiète son entraîneur qui compte sur lui pour un match capital programmé.

Aussi, quand le lendemain, le portier est absent à la préparation, son coach vient aux nouvelles et apprend que son meilleur joueur est recherché par la police pour un vol et une agression sur le président du club rival…

 Le gardien de but de l’Étoile Verte a disparu, accusé de vol et d’agression sur le président du club de Lutèce, le rival absolu puisque les deux clubs doivent prochainement s’affronter lors d’un match déterminant pour le succès de la saison.

Mais l’ailier du club ne croit pas en la culpabilité de son ami et décide de prouver son innocence. Pour se faire, il va se lancer dans la quête de la vérité, à ses risques et périls.

Si, évidemment, le récit se déroule dans le milieu du football, celui-ci n’est que prétexte à proposer une intrigue policière et l’auteur ne va pas s’attarder sur les pratiques de ce sport, que ce soit en externe ou en interne.

D’ailleurs, l’aurait-il voulu que le format d’origine, fascicule 32 pages (pas tout à fait 9 000 mots) ne le permet de toute façon pas.

Fascicule 32 pages, je ne vais pas me répéter, mais ce format, très courant dans la première moitié du XXe siècle et si délaissé de nos jours, n’offre aucune possibilité (ou presque) de proposer des intrigues de haute volée ni des personnages approfondis. Tout juste permet-il d’offrir de l’action et de l’aventure et, en tout cas, un petit moment de lecture qui permet en une seule bouchée (à condition d’avoir une petite heure de lecture consécutive), de dévorer le début, le développement et la conclusion d’une histoire.

Henry Musnik, que ce soit sous ce pseudonyme ou les autres, n’est pas réputé (du moins, par moi) pour proposer un style ambitieux. Certes, le format n’incite pas à un exercice de style, mais certains auteurs s’y sont pourtant essayés avec succès (J.A. Flanigham, Charles Richebourg, René Byzance...), mais ce n’est pas le cas de Musnik.

L’auteur est un correct faiseur qui, à défaut d’offrir une plus-value sur un texte aussi court, se contente de ne pas être indigent, ce qui est déjà pas mal et pas donné à tous.

Aussi, à part le fait de se situer dans le milieu sportif, ce récit n’apportera pas de « petit plus » particulier. Encore une fois, le thème n’est que prétexte.

On suivra donc les pérégrinations d’un footballeur cherchant à prouver l’innocence de son capitaine et ami... Rien de plus.

Pour autant, ne boudons pas ce court récit qui, à défaut d’être original, remplit son office : offrir un bon petit moment de lecture.

LA MORT SUR LE RING

Georges Thirard, champion du monde de boxe, s’apprête à affronter un redoutable challenger pour la défense de son titre.

Si son entraîneur est serein quant à ses capacités à remporter le match, depuis quelques jours, la fébrilité est pourtant le sentiment qui prédomine chez lui.

Chaque matin, il reçoit une lettre menaçant son poulain s’il participe à ce combat.

Le soir du combat, Georges Thirard, plus en forme que jamais, gravit le ring quand il s’écroule subitement… 

Le deuxième texte est issu de la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi, mais se trouve être, en fait, une réédition du titre éponyme de la collection « Le Petit Roman Policier » chez le même éditeur, en 1938. L’information est importante, car l’histoire se déroule en 1938, ce qui implique que le texte a été écrit pour cette collection et publié dans la foulée. 

Notons que cette information est également valable pour le premier titre qui a été également publié et republié dans les deux mêmes collections.

Si je notais, pour le premier titre, que l’auteur avait utilisé le thème du football uniquement comme prétexte, il n’en est pas tout à fait le cas ici puisque Jean Daye (Henry Musnik) profite de son récit pour parler un peu des us et coutumes du monde de la boxe. Certes, ce n’est pas là une thèse sur ce sport, loin de là, mais on sent bien que la Boxe l’inspirait probablement plus que le Football.

Un champion du monde s’apprête à défendre son titre, mais son entraîneur est fébrile, voilà quatre jours qu’il reçoit des lettres menaçant son poulain s’il monte sur le ring. Il en parle à un ami journaliste qui le rassure en lui disant que les lettres n’ont d’autres buts que de l’inquiéter.

Le soir du match, alors que le champion s’apprête à monter sur le ring, il s’écroule. Quelques minutes plus tard, il meurt dans les vestiaires sans que le médecin puisse trouver la cause du décès.

Le journaliste, persuadé qu’il s’agit d’un crime, bien que l’autopsie n’a rien trouvé, va mener son enquête de son côté.

Petit roman policier d’à peine plus de 9000 mots, comme le précédent, dont, encore une fois, le principal atout ne sera pas l’intrigue.

L’auteur tente de bien de nous livrer des fausses pistes, mais celles-ci, de par la concision du texte, ne vont pas mener bien loin.

Également du fait de la courte taille, le hasard (la chance ???) va prendre une part belle dans l’enquête pour permettre au journaliste de trouver le meurtrier.

Deux textes, deux sports, un même thème policier et un même auteur, pourtant, deux façons d’aborder le genre et de narrer le récit.

Le premier était plus porté sur l’aventure, celui-ci se penchera plus volontiers sur la mise en place du crime, en s’intéressant plus au sport et à ce qui gravite autour.

Dans le premier cas, l’enquêteur agissait. Ici, il réfléchit.

Cependant, peut-être du fait d’une meilleure immersion dans le domaine sportif, ce second texte s’avère plus agréable à lire que le premier (non pas que le premier soit indigeste) et si, de toute façon, aucun des deux ne demeurera dans les esprits (ce qui n’est pas l’ambition de ces courts récits, je le rappelle), ma préférence ira plus volontiers vers celui gravitant autour du monde de la boxe alors que je suis de loin plus supporter de football...

Au final, un livre, un auteur, deux textes policiers, deux sports et deux narrations différentes, mais un bon double moment de lecture dans un univers (le sport) qui est rarement utilisé dans le monde du polar.