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« Et on tuera tous les affreux » est un roman signé Vernon Sullivan paru en 1948.

Je ne vous ferai pas l’affront de penser vous apprendre que sous le pseudonyme de Vernon Sullivan se cachait Boris Vian. Donc, je ne vous le dis pas.

Boris Vian, je l’ai abordé par son versant Sullivan, en découvrant, tout d’abord, son roman « J’irai cracher sur vos tombes », écrit en 1946.

Si vous avez lu ma chronique sur ce titre (ouais, je m’imagine toujours que des gens lisent mes chroniques, quel narcissisme, quand même ?), vous savez d’ores et déjà que je n’ai pas beaucoup aimé ma lecture.

Aussi, pourquoi revenir sur le sujet et remettre un livre de Sullivan sur la table ? Tout simplement parce que ces derniers temps je me délecte de la prose d’un mystérieux J.A. Flanigham dont les textes, dans leurs compositions, m’ont beaucoup fait penser à ce roman de Sullivan. Comme les dates d’activité sont également concordantes ainsi que les inspirations du roman noir à l’américaine, la violence, le côté désabusé et les personnages... je me suis dit que j’allais poursuivre ma découverte de Sullivan afin de voir si je trouvais d’autres points communs entre les deux auteurs.

Mal m’en a pris.

Et on tuera tous les affreux :

Se réveiller tout nu dans une chambre de clinique, où l’on veut vous forcer à faire l’amour avec une très belle fille... L’aventure n’est pas banale. Surtout quand on s’appelle Rocky, que l’on est la coqueluche des demoiselles et qu’on voudrait se garder vierge jusqu’à vingt ans.
Un homme assassiné dans une cabine téléphonique, des photos d’opérations chirurgicales abominables, des courses poursuites, des coups de poing, et, au désespoir de Rocky, des filles partout : tel est le cocktail mis au point par Boris Vian (alias Vernon Sullivan) dans ce polar mené à un train d’enfer, tour à tour angoissant et hilarant.
À la clef, la clinique où le diabolique Dr Schutz sélectionne des reproducteurs humains et bricole des embryons, prototypes quelquefois ratés d’une race « supérieure ». Cinquante ans après la première publication, on est conduit à penser que l’anticipation n’était pas si fantaisiste...

Lire Vernon Sullivan me fait le même effet que de me retrouver devant un Picasso dans une salle d’art ou un défilé de haute-couture... les gens s’ébaubissent autour de moi sans que j’en comprenne la raison.

Bon, je vous rassure, je ne fréquente pas les expositions de peintures ni les défilés de haute-couture, mais il m’arrive parfois d’avoir entre les mains un livre d’un auteur faisant l’unanimité.

Parfois, j’aime, souvent, je déteste, mais la plupart du temps je comprends pourquoi mes contemporains s’ébahissent devant telle ou telle prose.

Et, de temps en temps, c’est moi qui suis abasourdi... face à mon incompréhension de la dithyrambe ambiante.

Tel est le cas avec cet ouvrage que je qualifierai de « simpliste » à bien des égards.

Alors, certes, si le scénario et le propos sont à mon sens niais, les fans diront que la raison en est la volonté de parodie.

Je leur répondrai dans la foulée, que la parodie n’empêche pas le talent et que parodier un genre n’oblige pas à proposer un style indigeste à la limite de l’indigence ou, pire, un manque flagrant de style.

Je rajouterai même en forme d’estocade fatale que, pour s’en rendre compte, il suffit de lire « Des femmes tombent » de Pierre Desproges pour comprendre ce que je veux dire.

Mais, je ne veux pas trop m’étendre sur un ouvrage dont l’unique qualité, à mon sens, est sa brièveté même si je l’ai déjà trouvé bien trop long.

Car je me suis gravement ennuyé durant ma lecture.

Déjà parce que les personnages sont inconsistants et inintéressants. Entre ce jeune monsieur muscle qui a pour but de rester vierge jusqu’à 20 ans, mais qui n’est entouré que des nymphomanes qui en veulent à son corps, ou bien son ami journaliste ou tous les autres personnages. D’ailleurs, le seul personnage qui trouvait grâce à mes yeux, jusqu’à ce qu’il parle, c’était le chien.

Ensuite, l’histoire et son déroulé. Un beau mec qui est kidnappé et drogué pour le forcer à coucher avec une magnifique femme... houla, quelle crédibilité, quel scénario...!

Enfin les propos que certains qualifient comme une critique de l’eugénisme, du culte de la beauté...

Si tel était vraiment le but de l’auteur, j’ai du mal à penser qu’il ait vraiment cru que sa manière de faire était la meilleure.

En fait, je soupçonne Boris Vian de s’être foutu de la gueule du monde, comme il l’avait déjà fait en se cachant derrière son pseudonyme de Vernon Sullivan. En effet, après le succès de son premier roman sous ce masque, je pense qu’il a voulu savoir si les gens continueraient à l’acclamer quand on le fait d’un phénomène de société, quelle que soit sa production. Je le pense assez tors pour avoir écrit volontairement un mauvais roman afin de s’amuser des acclamations qu’il susciterait auprès des aficionados de ses autres œuvres...

Et il a réussi, le bougre, puisque les avis sont plutôt bons alors que le roman est plutôt mauvais.

Car, on pouvait reprocher pas mal de choses à « J’irai cracher sur vos tombes », que ce soit de la violence gratuite, du sexe dévoyé, des personnages caricaturaux... mais le roman était maîtrisé et, du moins, n’était en aucun cas simpliste. Par contre, on sentait déjà la volonté de la part de l’auteur de tester le lectorat en abusant des scènes irrévérencieuses afin de choquer le lecteur.

Du coup, je pense que l’excès de simplisme dont il fait preuve dans « Et on tuera tous les affreux » est né de la même volonté de tester les réactions des lecteurs.

Mais bon, on ne le saura jamais et certains me reprocheront que, ce n’est pas parce que je n’ai pas aimé que le livre n’est pas bon (et ils auront raison) ce à quoi je répondrai que ce n’est pas parce qu’ils ont aimé le livre qu’il est bon (et j’aurai également raison).

Au final, une lecture assez désagréable, bien trop longue sur un sujet pas passionnant avec des personnages peu attachants... Bref, le seul atout du roman : son titre !