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Ce qui est surprenant, dans la littérature populaire policière, c’est que le lecteur curieux est souvent placé face à des enquêtes, pour situer le texte et l’auteur, souvent bien plus complexes que celles relatées dans lesdits textes.

C’est une nouvelle fois le cas avec le personnage du commissaire Benoît, et ce pour plusieurs raisons.

D’abord, parce qu’il semble exister plusieurs commissaires Benoît. L’un, signé Robert et Jean Grimey, au sein de la collection « Les enquêtes du commissaire Benoît », éditée en 1946 par les éditions Nicea. Un autre aux éditions EDIP, dans la sous-collection « Le commissaire Benoît » de la collection « 100 % policier » signée Géo Duvic. Et, enfin, une autre collection « Les enquêtes du commissaire Benoît », aux éditions R. Fournier, signé, cette fois-ci, Gérard Dixe (alias Henry Musnik).

Ensuite, parce qu’il est très difficile de bien cerner les auteurs.

Robert et Jean Grimey : inconnus au bataillon !

Gérard Dixe, si vous suivez mes chroniques, vous commencez à être familiarisé avec sa plume, puisque je vous ai déjà parlé de plusieurs de ses titres écrits sous le pseudonyme de Florent Manuel (les textes autour de l’inspecteur Gaspin) ou bien sous celui de Claude Ascain (sa série autour du détective cambrioleur Robert Lacelles).

Quant à Géo Duvic, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent à part les dates de naissance et de décès (1900 - 1968), le fait qu’il était passionné de pêche (il a écrit nombre d’articles pour le magasine « Au bord de l’eau », et que son fils, Patrice Duvic, était également écrivain.

Mais le titre qui nous intéresse aujourd’hui est signé Gérard Dixe : « La victime du Masque Rouge ». Publié dans les années 1940, dans un format fascicule 16 pages double colonne, couverture noir & blanc.

La victime du Masque Rouge : Une série d’incendies criminels enflamme les rues de Londres. L’affaire a tout de « l’arnaque à l’assurance » sauf que la police ne trouve aucun indice permettant de confirmer cette hypothèse. Le détective français Benoît, surnommé « le commissaire Benoît » du fait de son passé dans la police, est embauché par la compagnie d’assurance afin de trouver les incendiaires. L’enquêteur ne tarde pas à se lancer sur les traces d’un criminel pas comme les autres, au risque de sa propre vie…

L’histoire se déroule donc en Angleterre où le commissaire Benoît, devenu détective, accompagné de son fidèle Séguin, tente de découvrir qui sont les criminels qui incendient les bâtiments de la ville...

Gérard Dixe/Henry Musnik est un pilier de la littérature populaire, est-ce bien nécessaire de la rappeler, si ce n’est d’un point de vue qualitatif, du moins, de celui quantitatif.

Certes, Henry Musnik n’a jamais rivalisé en style avec les plus grands auteurs de la littérature populaire, il suffit pour cela de lire certains titres écrits sous le pseudonyme de Florent Manuel, même si, bien souvent, ses textes, à défaut d’être excellents, sont tout de même plaisants à lire [voire la série Robert Lacelles]. Pour autant, il faut louer l’auteur pour son immense production sous divers pseudonymes, son apport à de nombreuses collections, chez divers éditeurs et ses très nombreux personnages récurrents [Robert Lacelles, l’inspecteur Gaspin, Commissaire Lenormand, Commissaire Benoît, Max Berton, Guy Daurian, Jacques Desly, Daniel Marsant, Daniel Desmond, Yves Michelot, Robert Navarre, Michel Vaudreuil...]

« La victime du Masque Rouge » s’étale sur une dizaine de milliers de mots, trop peu pour proposer une intrigue digne de ce nom. Aussi, Gérard Dixe a la bonne idée d’annoncer immédiatement qui est le criminel, qui sont ses complices... Ainsi, le lecteur se doute qu’il n’y aura pas grand suspens et l’auteur peut se concentrer alors sur l’action... et c’est ce qu’il fait et plutôt bien, d’ailleurs.

Dénué de temps morts, le texte nous propose, dans un premier temps, l’exposé des faits, puis, à partir de l’intervention du commissaire Benoît, le roman déroule l’action du héros jusqu’au point final.

Au final, « La victime du Masque Rouge » fait partie des bons textes écrits par Henry Musnik dont la plume est parfois fade, et le tempo mou. Ce n’est pas le cas cette fois-ci et c’est tant mieux pour le lecteur.