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Ce double titre de la collection « Bi-Polar » nous permet de redécouvrir la plume de Marcel Priollet, un des piliers de la littérature populaire française de la moitié du XXe siècle.

Si l’on a déjà pu apprécier les talents de l’auteur au sein d’un univers policier, notamment à travers ses deux séries « Monseigneur et son clebs » ou « Old Jeep et Marcassin », il a également écrit de nombreux romans très courts sans personnage récurrent.

On ne reviendra pas sur le talent et l’importance de Marcel Priollet dans cette fameuse littérature populaire, ni des pseudo que l’écrivain a utilisé pour abreuver de nombreuses collections policières, aventures et sentimentales (pour cela, vous référer à mes chroniques sur ses séries policières).

On notera juste que les deux titres réunis dans cet ouvrage sont tous les deux issus de la collection fasciculaire de 32 pages « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi et qu’ils ont tous les deux été édités sous le pseudonyme de R.M. de Nizerolles.

LE RABATTEUR DU ROND-POINT

Fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que la population est soumise à des restrictions alimentaires drastiques, des rumeurs font état de l’existence d’un restaurant clandestin qui servirait à ses clients des mets qui se disputent en raffinement et en quantité.

Le brigadier Tardenois charge son adjoint Filut de s’occuper de l’affaire avec, pour seul indice, la présence d’un clochard à un certain rond-point qui fait office de rabatteur pour le « Club des Repus » 

Ce court récit s’inscrit donc dans son époque (il fut édité en 1944 et probablement écrit peu de temps avant), une période où la population ne mange pas à sa faim et doit se contenter de produits de base.

La rumeur court qu’un « restaurant noir » existe dans Paris, lieu où l’on mange à profusion les mets les plus raffinés à condition d’y laisser un billet de 1000 francs.

La police combattant le marché noir, le brigadier Tardenois est chargé de s’occuper de l’affaire, mais il préfère la laisser à son jeune adjoint Filut qui a besoin de faire ses preuves et d’obtenir de l’avancement afin de convaincre les parents de la femme qu’il aime qu’il est un policier valeureux et prometteur et donc un bon parti pour leur fille.

Filut ayant pour seule information qu’un clochard servirait de rabatteur à un rond-point, se rend sur place, bien décidé à se faire passer pour un notable à la recherche d’une bonne table...

Courte enquête (à peine plus de 7 700 mots) dans laquelle Marcel Priollet fait montre des mêmes qualités qu’il mettra en avant quelques années plus tard avec les deux séries policières citées plus haut. On y retrouve donc une certaine maîtrise du format court, une ébauche, même, de ses personnages à venir, et une maîtrise indéniable de la narration.

Le format ne permettant pas une intrigue échevelée, l’auteur se concentre sur une petite histoire avec de légers rebondissements et un petit peu d’humour pour composer un roman, certes, très court, mais plaisant à lire.

QUI A TÉLÉPHONÉ ?

Lucien Garance, modeste vendeur dans une boutique d’objets d’art, se délasse tranquillement à la terrasse d’un café, comme tous les samedis soir, quand il est demandé au téléphone.

À l’appareil, une voix inconnue lui recommande de se faire remarquer le plus possible.

Persuadé d’être victime d’une méprise ou d’un canular, Lucien rentre chez lui.

Le lendemain matin, la police frappe à sa porte et l’embarque…

Second texte de ce double titre, « Qui a téléphoné ? » est issu, à l’origine, de la même collection. Publié fin 1945, il suit de très près le précédent titre et partage avec lui une identique concision (7700 mots environ).

Lucien Garance, un modeste vendeur, cherchant à impressionner les parents de la femme qu’il aime, afin de les convaincre de la laisser se marier avec lui, a emprunté de l’argent à un usurier. Ne pouvant rembourser ses traites, il se dispute avec le prêteur.

Le soir, à la terrasse du café qu’il fréquente tous les samedis soir (sa belle allant au cinéma avec ses parents), la standardiste le fait appeler lui indiquant que quelqu’un le demande au téléphone. À l’appareil, un inconnu refusant de se nommer, lui conseille de se faire remarquer, tant par la standardiste que par les clients, puis raccroche.

Persuadé qu’il s’agit d’une erreur, puis d’un canular, Lucien retourne chez lui et s’endort.

Le lendemain matin il est réveillé par la police qui l’embarque.

Le prêteur a été assassiné la veille au soir et les gants de Lucien ont été retrouvés près du cadavre.

Très court roman, donc, qui est cependant parfaitement maîtrisé par un auteur au sommet de son art et qui se tire à merveille de l’écueil d’une concision extrême. Ne pouvant proposer une intrigue digne de ce nom, ni même une histoire quelque peu complexe, Marcel Priollet se contente de mettre en place un récit tenant sur une seule question : « Qui a téléphoné ? ».

Car, dès l’arrestation, le lecteur se doute que l’inconnu du téléphone a un rapport avec le meurtre de l’usurier. Alors ? Quel but poursuit-il en donnant l’occasion au principal suspect de se forger un alibi ???

D’autre part, le juge d’instruction est persuadé que cet alibi est monté de toute pièce par Lucien et est donc la preuve que, non seulement il a prémédité l’assassinat du prêteur sur gages, mais, qu’en plus, il a délégué le sale boulot à un autre.

Entre alors en action l’inspecteur Laubrion, alias « Le marcassin » qui va se charger d’y voir un peu plus clair.

Publié à la fin de l’année 1945, il est à se demander si ce texte n’a pas été écrit quelques mois auparavant tant le personnage de Laubrion préfigure celui du commissaire Marcassin de la série « Old Jeep et Marcassin » tant dans l’attitude fonceuse que dans le surnom (rappelons que le premier épisode de la série est sorti chez Tallandier en avril 1945).

Qui de la poule ou de l’œuf ?... Du Marcassin de Tallandier ou du Marcassin de Ferenczi ?... On ne le saura probablement jamais et cela n’a d’ailleurs aucune importance.

D’ailleurs, Laubrion, sous les traits de Laubrion, ne fait que courte apparence et le policier, dans un texte déjà très restreint, n’est qu’un personnage subalterne, par sa présence, bien que d’une importance capitale dans le récit.

Petit texte, petite enquête, mais fort plaisant, et ce, grâce au talent de Marcel Priollet et à sa capacité à s’adapter au format qu’on lui impose.

Au final, ce double titre réunit deux bons petits textes de Marcel Priollet que l’on n’aurait probablement pas pu lire indépendamment l’un de l’autre tant leur format se prête peu à une édition séparée. C’est là aussi le charme et l’atout de la collection « Bi-Polar » d’avoir deux yeux, sur deux textes, d’un même auteur.