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Paul Max est un journaliste et auteur belge né à Alger qui œuvra pour la littérature populaire en livrant divers romans et nouvelles.

C’est à partir de 1937 et suite à l’écriture d’une nouvelle parue en Angleterre sous le titre de « A night in Greek Street » sous le pseudonyme de M. A. Hyckx que l’auteur va se consacrer plus largement au genre policier.

Effectivement, cette nouvelle deviendra un roman : « Début dans la police » mettant en scène le personnage de Billy Mac Tiddle, un jeune vendeur de chaussettes écossais qui devient détective par hasard et qui excelle dans cette profession. Mais le roman paraîtra également sous le pseudonyme de M. A. Hyckx et Paul Max se fera passer pour le traducteur de cet auteur comme d’autres l’ont fait avant et après lui (Boris Vian avec son pseudonyme Vernon Sullivan).

Par la suite, Paul Max, sans se cacher, proposera de nouvelles aventures de son vendeur de chaussettes.

Mais l’auteur livra également des romans policiers indépendants, sans personnage récurrent et c’est le cas de « Crime à la Jonction ».

Crime à la Jonction :

 

Un crime horrible a eu lieu sur le chantier de la Jonction.

 

Au petit matin, un corps, poignardé et ligoté, a été retrouvé suspendu en haut de la grue.

 

Une bande de gamins qui a, pour terrain de jeux, les lieux du meurtre, ayant aperçu, la veille au soir, une personne dans les parages, décide de mener l’enquête afin de trouver l’assassin…

 

« Crime à la Jonction » est un petit roman (39 200 mots) se déroulant à Bruxelles autour d’un étrange crime.

Au petit matin, on découvre en haut de la grue d’un chantier, le corps d’un homme poignardé et ligoté.

Des gamins qui jouaient aux « Peaux-Rouges » le soir du crime, dans l’enceinte du chantier et qui ont vu un homme en sortir, décident de changer de jeu et de jouer aux détectives sous la coupe de leur chef, le jeune Capestock surnommé ainsi à cause de son profil rappelant un portemanteau.

Pendant que les gamins recherchent l’individu, Nicolas Derache, un jeune détective, décide de s’occuper de l’affaire du « Crime de la Jonction » pour aider un de ses amis qui a été vu aux alentours du chantier, le soir du crime et qu’une lettre anonyme envoyée au juge dénonce comme le possible coupable.

Avec l’enquête des autorités, c’est donc une triple enquête à laquelle nous convie Paul Max avec son habituel humour léger que l’on avait déjà apprécié dans les aventures de son détective vendeur de chaussettes.

Mais, les enquêtes de Billy Mac Tiddle étaient empreintes d’une ambiance anglo-saxonne (origine du héros et lieux obligent) alors que là, l’auteur fait se dérouler son histoire dans sa si chère contrée belge, ce qui lui permet de livrer des expressions et des tournures de phrases qui sonnent si bien aux oreilles des Wallons, des Flamands et des Néerlandais.

Capestock et ses amis se lancent donc à la poursuite de celui qu’ils pensent être le criminel avec la fougue et la naïveté d’enfants de leurs âges tandis que, de son côté, le juge d’instruction se livre aux interrogatoires des différents suspects et témoins de l’histoire.

Mais bientôt, Nicolas Derache va entrer dans la course et y trouver bien plus que le succès d’un détective ou que le coupable...

Voilà un bon petit roman à la fois drôle, léger, attendrissant et touchant où se mêlent la fougue et la fraîcheur des enfants, la foi et la candeur de jeunes adultes, et la gravité et la noirceur de la misère sociale.

Le père de Capestock, au chômage, fait la tournée incessante des bars pendant que sa femme se lamente à la maison. Les ouvriers sont opprimés, déprimés, voire même, assassinés, et le chantier, sensé révolutionner la vie des gens, la bouleverse, mais pas dans le meilleur des sens.

Le lecteur se régalera des quelques expressions belges disséminées dans le récit et que l’on a si peu l’occasion de croiser tant, soit la littérature populaire purement identifiée belge a bien eu du mal à traverser notre pourtant si proche frontière, soit parce que les auteurs belges, pour mieux se fondre dans les collections de la littérature populaire française, émoussaient leurs plumes pour en ôter un maximum de « belgitude ».

Cette dernière remarque est d’autant plus vraie et regrettable que même certaines collections de romans policiers « belges » proposaient, comme la collection « Le Jury » des éditions Beirnaerdt, des textes singeant les romans à l’américaine au lieu de faire une force de leurs racines et leurs propres influences.

Heureusement, ce roman-ci rétablit la barre et permet de déguster un scénario un peu moins perverti par les obligations ou les préoccupations liées à trouver un contrat dans les collections françaises.

On y retrouve cependant l’humour et la plume habituelle de Paul Max même si l’ironie ou le léger cynisme des dialogues de Billy Mac Tiddle sont ici remplacés par la verve juvénile et zézayante des gamins du cru.

Mais Paul Max n’oublie pas, avant tout de raconter une histoire, d’y insuffler, en plus de l’humour, un petit peu de suspens (même si on devine, avant les protagonistes, l’identité du tueur), beaucoup de sentiments et quelques réflexions sociétales.

Au final, un bon petit roman qui se déguste rapidement et qui nous plonge au cœur de la littérature policière belge et nous démontre que celle-ci n’était pas que l’œuvre de Georges Simenon ou Stanislas-André Steeman...