Auguste-Le-Breton-Le-rouge-est-mis-240x362

Fan de littérature populaire policière, de films policiers, et aimant déguster un style moins plat que ce que nous proposent les auteurs actuels, je me demande encore comment j’ai mis autant de temps à découvrir la plume d’Auguste le Breton.

Ce n’est pourtant pas faute de connaître l’univers de l’auteur en ayant déjà goûté aux multiples adaptations cinématographiques de ses romans comme « Razzia sur la chnouf » ou « Le clan des Siciliens ».

Oui, mais voilà, des rencontres pourtant évidentes sont parfois tardives, c’est le cas de celle-ci, de celle d’Auguste le Breton, auteur et de moi, lecteur.

Si je ne cesse de clamer que « chez un artiste, seule l’œuvre m’intéresse et non pas la biographie », je rajoute souvent « sauf si sa vie peut expliquer son œuvre »... et c’est exactement le cas d’Auguste Montfort, alias Auguste le Breton.

Effectivement, l’œuvre d’Auguste est totalement inspirée de sa vie. D’abord, son prénom d’Auguste, donné par son père Eugène, qui était clown (un Auguste). Père qu’il perdra avant ses deux ans et avant d’être abandonné par sa mère, puis de devenir pupille de la nation, d’être placé en orphelinat d’où il s’évadera plusieurs fois avant d’être envoyé en centre d’éducation surveillée.

De cette enfance tumultueuse, il en tirera deux romans, « Les hauts murs » et « La Loi des rues ».

Puis il fréquente la pègre où il nouera plusieurs amitiés et d’où il tirera son pseudonyme puisqu’on l’y appelle « le Breton ».

La guerre et l’occupation lui inspireront le roman « 2 sous d’amour ».

Juste après la guerre, à la naissance de sa fille, il décide, comme il se l’était promis durant ses moments de galère, à écrire sur son enfance pour qu’elle comprenne d’où il vient.

Mais c’est son roman « Du rififi chez les hommes » qui signe son premier succès et son arrivée dans le monde du polar. Rififi est d’ailleurs un mot qu’il a inventé et qu’il déposera.

S’en suivent alors de nombreux romans policiers dont plusieurs seront adaptés au cinéma.

Mais, n’entrons pas plus dans le vie d’Auguste le Breton, ces éléments suffisent à comprendre son œuvre, et passons au titre en question.

Le rouge est mis :

Paisible garagiste le jour, Louis Bertain, alias Louis Le Blond, se mue la nuit en redoutable gangster, spécialiste du hold-up. Avec ses complices, Pépito le Gitan, Raymond le Matelot et Frédo, il vient de réussir un gros coup et attend tranquillement que l’affaire se tasse. Mais le lendemain, au petit jour, Pierre, le frère cadet de Louis, est interpellé par la police alors qu’il quitte le domicile de sa petite amie, Hélène. S’il n’est en rien mêlé aux activités de son aîné, dont il n’a pas l’envergure, il s’est compromis voilà peu dans une vilaine combine. Au Quai des Orfèvres, on lui propose donc un marché : la liberté contre quelques révélations sur Louis et sa bande... 

Auguste le Breton évoque le milieu qu’il connaît bien avec une plume argotique, populaire, mais néanmoins parfaitement maîtrisée. Tout comme est maîtrisée une histoire plutôt simple, linéaire, mais très agréable à suivre.

Car c’est une portion congrue du monde de la pègre que nous propose l’auteur. L’action se déroule sur un temps assez court (tout comme l’est le roman) et nous présente un panel évocatif de la pègre de son époque. Louis Bertain, alias Le Blond, car il est blond, est un braqueur élégant, froid et dur comme l’acier, qui n’a de tendresse que pour sa vieille mère, mais qui a le code d’honneur du milieu ancré au plus profond de lui. Pépito, le gitan, défouraille plus vite que son ombre ; il mitraille comme d’autres se mouchent et, lui, sa vie n’est régie que par la vengeance. Frédo alias Quesquidi est un braqueur vieillissant dans tous les sens du terme. Braquer, tuer, cela le lasse, cela l’angoisse et s’il n’était pas aussi avide d’argent, il se serait depuis longtemps rangé des voitures. Et il y a Pierre Bertain, le jeune frère du Blond, un gamin, encore, tout juste sorti de l’adolescence, qui a voulu se frotter au milieu, pour faire comme son frère, montrer qu’il en avait, mais qui n’en a pas et qui sort juste de taule et qui n’a pas envie d’y retourner d’autant que ça l’éloignerait de la belle Hélène, la femme qu’il a dans la peau.

Puis il y a les femmes... deux femmes, les deux extrêmes, les deux visions différentes de la femme dans le monde de la pègre de l’époque. M’man, la vieille mère douce et aimante et Hélène, la jeune et attirante Hélène, l’autre versant de la femme, la garce, vénale, voire vénéneuse... La femme n’a pas grand place dans ce monde et, surtout, n’a pas grande estime.

Et Auguste le Breton nous convie à cet ultime braco qui va bouleverser toutes ces vies à jamais sans en faire des caisses, sans faire d’esbroufe, juste avec ce qu’il faut de gouaille pour rendre l’ensemble captivant.

Car on pourrait se désintéresser de tout ce monde, peu glorieux, au final, mais l’auteur rend certains personnages malgré tout attachants. Que ce soit Le Blond et sa tendresse extrême pour sa mère ou même Pierre et sa candeur et sa naïveté. Et c’est ce qui permet au lecteur d’avoir les sensations qu’il a à la lecture de cette histoire de malfrats.

Même le style est au diapason et si l’ensemble est porté par une verve argotique, c’est fait sans excès (à part, peut-être, pour le langage gitan), sans outrance, afin que la plume n’emporte pas le dessus sur l’histoire pas plus que l’histoire ne l’emporte sur le style.

Au final, une bien intéressante découverte qui tranche avec la lecture d’autres auteurs œuvrant dans un genre et une époque similaires, comme Albert Simonin, chez qui la plume prenait le pas sur l’histoire.