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Marc Jordan est un personnage charnière de la littérature populaire française pour plusieurs raisons. Premièrement, parce qu’il s’agit d’une des toutes premières séries policières fasciculaires françaises qui fait suite au succès de la série « Nick Carter », importée des États-Unis. Deuxièmement, parce qu’il s’agit de la toute première collection policière éditée par la future cultissime maison d’édition Ferenczi (la maison d’édition qui œuvra le plus dans la littérature populaire policière française en alimentant diverses collections avec des milliers de titres sur plusieurs décennies).

Une fois replacé le personnage dans son contexte, j’aimerais pouvoir en faire autant avec son auteur, malheureusement, encore à l’heure actuelle, tout le monde ne s’accorde pas sur l’auteur probable de la série. Certains avanceraient le nom de Jules Gastyne, mais, non seulement, le style ne concorde pas, et il semble qu’à une époque on avait tendance à accorder à Jules Gastyne, la paternité des collections policières dont l’auteur était mystérieux puisqu’on lui a accordé également celle des « Marius Pégomas », pourtant édités bien des années après sa mort.

Mais, comme je dis souvent, la seule chose qui m’intéresse chez un auteur, ce sont ses textes. Aussi, passons au texte.

LA TÊTE COUPÉE

Le célèbre détective Marc JORDAN, tout juste sorti des griffes de l’ignoble comte de Cazalès, n’a qu’une hâte, alpaguer ce terrible ennemi quand le chef de la Sûreté vient le solliciter pour une sanglante affaire.

La tête d’une femme a été retrouvée dans un panier qu’un triste individu tentait de jeter dans la Seine. L’homme est parvenu à s’échapper et la police ne sait que faire, n’ayant aucun indice à se mettre sous la dent…

Marc JORDAN refuse de courir plusieurs lièvres à la fois, mais parfois, toutes les traces mènent au même lièvre…

 « La tête coupée », 2e épisode de la série publiée, à l’origine, sous format 32 pages, double colonne (environ 20 000 mots), fait suite directe au premier épisode.

Effectivement, Marc Jordan vient juste de se tirer des griffes du comte Cazalès et n’a qu’une hâte, se lancer à sa poursuite pour se venger de ce que son infâme ennemi lui à fait endurer. 

Mais M. Étienne, le chef de la Sûreté, vient lui demander son aide dans une affaire délicate. Une nuit, deux policiers surprennent un individu louche qui tente de jeter un lourd panier dans la Seine. L’homme s’enfuit en laissant le panier. Les policiers ne parviennent pas à le rattraper, mais trouvent, dans le panier, la tête d’une jeune femme. Rien ne permet à la police d’identifier la victime, et encore moins d’en trouver l’assassin.

Mais Marc Jordan a besoin de repos et, ensuite, il veut se lancer à la chasse au comte. Pourtant, il finit par accepter la mission sans douter que son désir premier va se retrouver comblé.

Comme je l’ai déjà dit pour le premier épisode, la série des « Marc Jordan » est construite sur le même canevas que son homologue américain « Nick Carter ». Même format, même présentation, même narration, même héros, aventures similaires...

Il n’y a donc rien d’étonnant que l’on retrouve dans « Marc Jordan » les qualités qui firent le succès de « Nick Carter » : héros courageux, intelligent, fort, pugnace, aventures sans temps morts dans lesquelles l’action l’emporte sur la réflexion, histoires prenantes, des personnages secondaires récurrents comme les aides du détective ou bien les ennemis...

Mais, si les qualités sont les mêmes, les défauts sont ici moindres puisque ce que l’on pouvait reprocher à « Nick Carter » était la piètre qualité littéraire. Certes, « Marc Jordan » ne prétend pas au Goncourt (qui existait déjà depuis quelques années), mais l’ensemble ne souffre pas des grosses lacunes de son homologue qui, en plus de textes rapidement écrits, probablement très peu voire pas du tout relus, subissaient les affres d’une traduction très approximative.

Bien évidemment, quand on se lance dans la lecture de tels textes on ne s’attend pas à être confronté à une prose ultra stylisée, ce n’est pas le but, ni même à une intrigue ultra développée. Le lecteur prétend à être diverti et c’est un but que réussi amplement la série des « Marc Jordan » avec des histoires qui, pour l’époque, devaient faire frissonner le lecteur (imaginez : une jeune femme décapitée, démembrée, dépecée, brrr....) et qui, s’il a perdu un peu de son « impertinence » n’en demeure pas moins intéressant.

Quant au personnage, comme beaucoup de ses confrères, il est décrit comme jeune, fort, riche, désintéressé, courageux, perspicace, pugnace... 

Il est secondé par plusieurs personnages que l’on retrouve d’un épisode à l’autre.

– Yves Léonnec, un breton frère de lait au physique impressionnant et qui sert de cerbère à Marc Jordan.

– Fil-en-Quatre, mince et rusé.

– Lagingeole dit l’Andouille, doué pour faire le guet pendant des heures.

– Cœur d’Ours, une brute aveugle.

– L’Assommeur, un hercule à la force colossale qui était assommeur de bœufs à l’abattoir.

– Paul Ferréol, un camarade de collège, chimiste de génie, qui aide Marc Jordan par ses qualités scientifiques.

Alors, certes, dans ces deux premiers épisodes, l’intervention des personnages secondaires est un peu succincte, mais on se doute qu’à force des épisodes, chacun interviendra en fonction des besoins du détective.

Au final, si la série n’a rien de transcendant, en plus de l’intérêt « historique » qu’elle peut présenter, elle offre avant tout un intérêt de divertissement qui n’est pas négligeable.