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La littérature populaire belge est assez boudée, voire très méconnue des lecteurs francophones en général et des lecteurs français en particulier, tant la littérature populaire française a vampirisé celle de ses voisins du plat pays, mais aussi de par la volonté des auteurs belges de vouloir incorporer les diverses collections des éditeurs français pour une question de prestige, de visibilité ou d’argent, ou des trois en même temps.

C’est ainsi que si tout le monde connaît Georges Simenon peu sont capables de citer d’autres auteurs belges de la littérature populaire. Et, pourtant, qui n’a jamais entendu parler de Jean Ray, auteur culte qui prit à son compte les aventures du détective Harry Dickson ?

Mais, si je dis « L’assassin habite au 21 », alors, tout le monde (de plus de 40 ans, peut-être) vous dira qu’il a déjà entendu ce titre, se contentant, probablement du film, sans se souvenir qu’il fût adapté d’un roman de Stanislas-André Steeman, un autre grand auteur belge de la littérature populaire policière à qui l’on doit nombre de romans dont plusieurs furent adaptés au grand écran.

Mais Steeman ne s’est pas contenté d’écrire, il fut également créateur et directeur de collection, d’une des rares collections populaires belges regroupant uniquement des auteurs belges, mais des auteurs issus de tous horizons.

Car, dans la collection « Le Jury » des éditions Beirnaerdt (car il s’agit bien d’elle), qui parut entre 1940 et 1944 (je ne parle pas de la seconde série de cette collection qui parut en 1946 et qui éditait principalement des auteurs anglo-saxons), les textes n’étaient pas tous issus de plumes d’auteurs confirmés, loin de là. Certes, Steeman, lui-même, livra plusieurs productions, tout comme d’autres écrivains confirmés tels J.J. Marine, Louis-Thomas Jurdant, Paul Kinnet, Thomas Owen, Max Servais, Max Paul (dont vous connaissez déjà les enquêtes de son détective vendeur de chaussettes, Billy Mac Tiddle)... et même Georges Simenon qui livra 3 textes à la collection.

Mais, à côté de cela, des auteurs amateurs dont la profession pouvait être : avocat, architecte, professeur... journaliste.

Et c’est un journaliste, Charles Bronne, qui nous intéresse aujourd’hui puisque, la présentation que la collection en fait le précise, « Le mystère de la Maison Porquin » est sa première (et probablement la dernière, puisqu’il est mort peu de temps après son écriture) incursion dans le monde du roman policier. Non pas que l’homme n’ait jamais écrit des fictions, mais il se contentait, jusque là, outre les reportages, à des contes ou des pièces de théâtre.

Le mystère de la Maison Porquin :

 

1900 – Liège, Belgique.

 

Le calme plat règne sur l’actualité. Les journalistes n’ont rien de bien intéressant à se mettre sous la dent quand, une nuit, un passant aperçoit une veste roulée en boule dans l’enclos de la Maison Porquin, dans le quartier d’Outremeuse. 

Pensant trouver un vêtement bien chaud, le pauvre hère s’empresse de se saisir de l’étoffe, mais celle-ci enveloppe un linge ensanglanté ainsi qu’une clé anglaise à laquelle adhèrent quelques cheveux. 

Le lendemain, la police, les journalistes et la population ne parlent que du « mystère de la Maison Porquin »…

 

La première chose à noter (que l’on ne note pas forcément en premier à la lecture, d’ailleurs), c’est que le format de ce roman ne respecte pas la taille habituelle de la collection.

Effectivement, si les premiers opus du Jury avoisinaient les 20 000 mots, « Le mystère de la Maison Porquin » peine à en dépasser la moitié (11 500).

La seconde chose qui frappe (mais pas fort), et c’est d’ailleurs, la première chose que l’on constate, c’est que le récit écrit en 1942 situe son histoire en 1900. Pourquoi ? Précisément pour nous parler de la Maison Porquin, un édifice ayant réellement existé, à Liège et qui fut détruit en 1904.

Peut-être l’auteur qui s’exerçait à un nouveau genre a-t-il voulu se rassurer en basant son intrigue sur un sujet qu’il connaissait bien pour y avoir assisté ou avoir fait un article, à l’époque, ou plus tard sur le sujet.

Toujours est-il que Charles Bronne ancre son récit dans l’histoire de sa ville, dans le quartier d’Outremeuse qui vit grandir Georges Simenon pendant que la Maison Porquin s’affaissait définitivement.

L’intrigue, assez basique, tourne donc autour de ce bâtiment et du monde des médias : théâtre, d’un côté, journalisme, de l’autre, bref, que des univers familiers à l’auteur. On comprendra donc que, même le style narratif et d’écriture de ce très court roman, soit lui aussi très « journalistique ». L’auteur chercha probablement à se rassurer à tous les niveaux ou bien se servit de toutes les inspirations possibles de son quotidien.

11 500 mots, voilà un récit très concis qui ne permet pas de développer une intrigue de haute volée et ce sera donc une intrigue très simple que l’auteur nous proposera là avec ce Mystère de la Maison Porquin, un double mystère, d’ailleurs, qui s’avérera, au final, assez commun.

On regrettera d’ailleurs que l’auteur ne se soit pas risqué à développer un peu plus son histoire, à étoffer ses personnages, à communiquer plus sur ce bâtiment que nombre de personnes tentèrent de sauver de la destruction... bref, d’en faire un peu plus pencher la balance d’un côté ou d’un autre plutôt que de conserver cette approche distanciée et un peu froide de tous les éléments de cette histoire.

Au final, sans être une lecture indigente, ce très court roman pèche un peu par sa concision, son style un peu trop journalistique, et, surtout, par une absence de parti pris ou de point de vue qui aurait pu renforcer l’ensemble. Dommage, mais un texte qui se lit agréablement tout de même.