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J.A. Flanigham est un mystérieux auteur du milieu du XXe siècle qui est principalement connu pour sa série policière : « Bill Disley ». Mais l’auteur livra également deux autres séries : « Les dessous de l’Agence Garnier » et « Dick et Betty, aventuriers modernes ».

C’est de cette dernière série qu’est issu le titre « Le crime rôde ».

Seule la série « Les dessous de l’Agence Garnier » est facilement identifiable est listable, puisqu’elle ne comporte que 6 titres regroupés au sein d’une série de 6 magazines éponymes.

Pour les « Bill Disley », les titres étant édités ou réédités au sein de diverses collections, parfois sous des titres différents, dans des formats allant du fascicule 16 pages denses au fascicule 48 pages, établir une liste exhaustive s’avère assez compliqué. Sans compter qu’il existe aussi une série de petits livres de 128 pages nommée « Les nouvelles aventures de Bill Disley ».

Mais la série la plus difficile à quantifier est à coup sûr « Dick et Betty ». Déjà parce que les titres sont bien moins nombreux que ceux de « Bill Disley ». Ensuite, parce que les titres de « Dick et Betty » se perdent parmi ceux des « Bill Disley » et des écrits hors série de l’auteur. Enfin, parce que des titres annoncés comme faisant partie de la série « Dick et Betty » s’avèrent en fait faire partie de la série « Bill Disley ».

Toujours est-il que, d’une série ou d’une autre, ou même hors série, la plume de J.A. Flanigham est très reconnaissable et son talent indéniable au point d’être persuadé que derrière ce mystérieux pseudonyme se cache un écrivain de talent. Et si cet écrivain est méconnu (ce dont je ne suis pas certain), il n’en est pas moins talentueux.

La BNF semble rapprocher J.A. Flanigham de Raymond Gauthier, ce qui semble assez légitime vu que les deux pseudonymes se côtoient très souvent dans la quinzaine d’années d’utilisation du pseudonyme de J.A. Flanigham. Mais cela ne nous dit pas qui se cache derrière Raymond Gauthier même si j’émettais l’hypothèse, sur une autre chronique consacrée à Flanigham, que planait sur sa plume celle de Boris Vian... L’avenir nous le confirmera ou l’infirmera peut-être. En attendant, soyez persuadé que, dans un cas comme dans l’autre, J.A. Flanigham était un très bon écrivain.

Le crime rôde :

Dick Reutel, le premier détective d’Angleterre, est convié par les Services Secrets à assurer la protection des « Six », des diplomates de différents pays devant participer à une conférence internationale.

Leurs vies sont menacées par une secte asiatique nommée « Les Mains Jaunes ».

Arrivés à l’hôtel devant abriter les personnalités Dick et sa femme Betty font la connaissance de Melvyn Roberts, un riche homme d’affaires et sa maîtresse la magnétique Vera Brood…

Dick Reutel, premier détective d’Angleterre, est convié par un éminent personnage des Services Secrets, à participer à la protection de six personnalités de six pays qui doivent se regrouper à Londres en vue de discussion. Ces éminents personnages sont menacés par une terrible organisation asiatique : « Les Mains Jaunes ».

Pour ce faire, Dick et Betty vont emménager dans l’hôtel qui abritera les six hommes.

Dans ledit hôtel, le couple va faire la connaissance d’un étrange riche homme d’affaires et de sa sublime femme.

Dans un précédent titre de la série, je disais que, chez Flanigham, la femme ne peut avoir que deux rôles : l’ange ou la garce. Mais, dans un cas comme dans l’autre, la femme est forcément belle et magnétique.

C’est une nouvelle fois le cas dans ce titre puisque Betty, magnifique femme du très beau Dick Reutel, va jouer le rôle de la femme aimante et protectrice. Alors que Vera Brood, la femme du riche homme d’affaires, va indéniablement tenir le rôle de la femme vénéneuse.

Car, pire encore que le rôle de la simple garce, chez Flanigham, la garce est forcément vénéneuse. Sa beauté troublante attire même l’homme le plus suspicieux dans ses filets comme le papillon de nuit va se griller sur la lumière aveuglante d’une ampoule allumée.

Le lecteur averti ne sera donc pas étonné du déroulement de l’histoire, à la même manière que l’amateur éclairé de films américains saura découvrir à l’avance que l’acteur gros et moche jouera le comique de service dans une comédie ou l’assassin dans un film noir.

Mais qu’importe. Dans un tel format court (des textes avoisinants les 10 000 mots) le lecteur sait qu’il ne pourra être surpris par l’intrigue et ce n’est pas cela qu’il vient chercher dans ces textes. Non, l’atout principal devrait être de pouvoir, en une seule bouchée, dévorer une histoire depuis son premier mot jusqu’au point final, sans avoir à attendre des heures et des heures de lecture s’étalant sur plusieurs journées... 

Mais, avec J.A. Flanigham, le lecteur, grand chanceux qu’il est, ne trouve pas que cette concision chère aux lecteurs impatients. Non ! Le lecteur découvre aussi une plume de qualité (ce qui est assez rare dans ce format), une plume identifiable (ce qui est encore plus rare) et une plume exceptionnelle, rapportée au format, bien sûr (ce qui est inimaginable). Sans compter une parfaite maîtrise de la narration qui permet à l’auteur de proposer une histoire, si courte soit-elle, sans que jamais le lecteur n’ait l’impression d’avoir été devant récit si concis. 

Ces qualités sont à ce point rares, que je ne les ai toutes trouvées en même temps que chez un auteur : J.A. Flanigham.

Mais revenons-en au texte. Dick va donc se concentrer sur le couple formé par Melvyn Roberts et sa maitresse Vera Brood. Il est autant attiré par l’un que par l’autre (pas pour les mêmes raisons) et il sait que le dénouement de l’histoire passera par sa compréhension de ce qui se cache derrière ce couple étrange.

L’auteur va nous délivrer quelques rebondissements avec, pour centre, un sujet pourtant bien plus utilisé dans les décennies précédentes.

Cette fois-ci, Betty va prendre un rôle actif et sortir de son statut de « repos du guerrier » ou de belle potiche.

Pour le reste, contrairement à la série « Bill Disley » qui sur laquelle flâne un humour latent, mais omniprésent, dans la série « Dick et Betty » l’auteur fait planer une brume romanesque et sentimentale qui enveloppe tous les personnages, mais principalement, bien sûr, les deux principaux héros.

Bien que légèrement volage, dans l’esprit plus que dans le physique, Dick est éperdument amoureux de Betty. Et bien que légèrement jalouse, plus par minauderie que par trait de caractère, Betty est magnifiquement éprise de Dick.

En clair, une belle série romanesque ou l’amour est aussi fort que les dangers sont présents.

Au final, bien moins drôle que la série « Bill Disley », la série « Dick et Betty » s’avère être d’un romanesque attachant épicé d’une noirceur et d’une défiance envers l’être humain, le tout mijoté par une plume d’une qualité exceptionnelle pour ce genre de format très court.