QELM

« Qui est le mort » est un titre de la série « Dick et Betty, aventuriers modernes », écrite par l’énigmatique J.A. Flanigham, dont il est difficile de définir la position exacte dans la chronologie, mais qui devrait se situer un peu plus vers le début que vers la fin.

Je ne m’étalerai pas sur l’auteur, J.A. Flanigham, pour vous en avoir déjà parlé dans d’autres chroniques sur d’autres titres de la série ou bien ceux de son autre série, « Bill Disley, reporter-détective », mais, surtout, pour ne rien savoir sur la personne se cachant derrière ce pseudonyme si ce n’est qu’elle était indéniablement talentueuse et maîtrisait parfaitement le format très court du fascicule 32 pages.

Les titres de la série « Dick et Betty » sont difficiles à lister tant ceux-ci ont été, à l’époque, édités ou réédités dans d’autres collections, sans forcément spécifier de lien entre eux et tant l’éditeur (les éditions Lutèce, la plupart du temps) a tout mélangé au point de mettre, au dos d’un titre de « Dick et Betty » une liste d’autres titres mettant en scène ce duo de personnages alors, qu’à la lecture, on se rend vite compte que certains concernent Bill Disley (ceci dit, certains titres sont annoncés, en couverture, comme mettant en scène Bill Disley, alors, qu’à l’intérieur, on se rend compte que ce sont Dick et Betty qui sont à l’œuvre). Bref, merci au laxisme ou à l’incompétence des éditions Lutèce d’avoir édité de si bons titres de si mauvaises façons.

Dick Reutel est le premier détective d’Angleterre et Betty, sa magnifique et tendre femme. L’amour qui lie ces deux êtres est le point fort de la série, offrant un côté très romanesque à cette série Action-Policier.

C’est à la fois désuet, voire, suranné et pourtant tellement charmant et touchant même si, en y réfléchissant bien, l’homme et la femme (à part dans le couple éponyme) sont souvent élevés (ou plutôt abaissés) à des êtres peu recommandables.

Qui est le mort :

 

Le premier détective d’Angleterre, le célèbre Dick Reutel, s’ennuie de sa vie tranquille que l’aventure fuit depuis des mois. 

Un article de journal annonçant qu’une prime est offerte pour la capture de Diamond Rob, un dangereux et audacieux cambrioleur spécialisé dans les bijoux lui offre l’espoir de rompre la monotonie quotidienne. D’autant que le matin même, une lettre d’un ami inspecteur de police du sud de la France lui apprend que la présence du fameux bandit a été confirmée aux alentours de Nice…

 

Si dans les précédents épisodes chroniqués, je notais que le rôle de la femme, dans les textes de J.A. Flanigham, n’est guère valorisant : la sainte ou la garce (la femme a, pour le mieux, le rôle d’épouse aimante et fidèle qui attend son valeureux mari, pour le pire, celui de la femme vénéneuse qui séduit pour mieux trahir), en y réfléchissant un peu plus, je peux conclure que l’homme n’a pas grand-chose à envier à sa collègue. Effectivement, à part le héros beau et valeureux, l’homme est, au mieux, un faire valoir qui aide le détective, au pire, un être vil ou machiavélique, mais dans tous les cas, il a la faiblesse d’avoir le cerveau anémié par son désir. La femme est vénéneuse, certes, mais l’homme est si faible qu’il ne peut y résister.

En clair, J.A. Flanigham a une vision quelque peu désenchantée du genre humain dans son ensemble et, hormis ses héros, tous les autres personnages sont réduits à des portions congrues de l’humanité.

Mais ici Dick s’ennuie. Enfin, le détective ne s’ennuie pas réellement, mais il a tellement peur de s’ennuyer, même auprès de sa belle épouse, qu’il finit par souhaiter vivre des aventures pour ne pas risquer d’émousser la relation qui l’unit à la femme de sa vie. C’est beau, on croirait du veau. En réalité, même pour un cœur de pierre, cette union est touchante, et ce, malgré les personnages très stéréotypés (ou grâce, je ne sais pas). La belle et le beau, sont dans un bateau, la belle tombe à l’eau, le beau se jette à la baille pour enserrer sa caille.

Bon, mais heureusement, l’aventure frappe à la porte par l’intermédiaire d’un article de journal, annonçant qu’une prime est mise sur la tête du plus grand cambrioleur du siècle et par l’entremise d’un policier français que Dick connaît, et qui lui annonce que ce voleur se trouve dans les alentours de Nice.

Dick et Betty se rendent sur place avec pour but, Betty, de ne rien faire et Dick, de mettre la main sur le cambrioleur avant que celui-ci ne vole les bijoux du Maharadjah d’Angkor qui doivent bientôt être exposés à Londres.

Mais l’auteur est facétieux et, alors que Dick devait agir, il finira par devenir inactif pendant que Betty, qui devait attendre, va se lancer dans l’aventure.

Car, pour une fois, c’est Betty qui va être au centre de l’aventure et, même si elle est poussée par un orgueil mal placé, c’est elle qui va peut être permettre l’arrestation du bandit, non en jouant du poing ou de stratégie, comme l’aurait fait son mari, mais en utilisant son charme, sa candeur et la faiblesse de l’homme dans toute son impuissance.

Oui, J.A. Flanigham, homme de peu de foi, ne croit pas en l’humanité en général et en la femme en particulier et je le soupçonne de faire sciemment intervenir un méchant pour faire passer son message quand celui-ci clame qu’il fait confiance à une femme pour la première fois de sa vie et se demande, dans la foulée, s’il ne le regrettera pas. La réponse, vous vous en doutez.

D’ailleurs, le malheur de chacun des personnages subsidiaires viendra d’une femme... 

L’édition liminaire était au format fascicule 16 pages double colonne (un petit peu plus de 12 000 mots) qui est donc un format court auquel vous devez désormais être habitués si vous lisez mes chroniques et qui, vous le savez donc, ne permet pas de développer une intrigue échevelée.

Malgré tout et encore une fois, l’auteur parvient à nous livrer une histoire complète, sans sensation de manque si ce n’est l’ellipse finale qui semble être un des éléments de la série qui permet de gagner du temps en ne décrivant pas la conséquence de l’enquête ou des actions que tout le monde devine.

Au final, encore un agréable titre né de la plume de J.A. Flanigham qui, s’il perd beaucoup en humour par rapport à la série Bill Disley, gagne en romantisme et en douceur...