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« La conspiration du turf » est un titre de l’énigmatique série « Le commissaire Lenormand ».

Énigmatique parce qu’elle est entourée de flou étant donné qu’elle semble avoir vécu sous la forme de deux collections distinctes, « Les enquêtes du commissaire Lenormand » et « Les aventures du commissaire Lenormand » sous plusieurs plumes, mais des plumes communes aux deux séries.

La principale différence entre les deux séries réside dans leur format (la première, très court en fascicules d’une vingtaine de pages, l’autre, plus longue en fascicules de 64 pages).

Quant à l’auteur principal, il se cache sous l’un de ses nombreux pseudonymes, Gérard Dixe et n’est autre que l’auteur français d’origine chilienne, Henry Musnik.

Henry Musnik avait l’habitude presque immuable d’utiliser un pseudonyme et un personnage récurrent par collection (même si c’étaient des collections chez un même éditeur).

Cette fois-ci, le lecteur a donc affaire au diptyque « Gérard Dixe/Commissaire Lenormand ».

Le commissaire Lenormand semble assez différent dans les deux séries, mais au sein d’une même série « Les enquêtes du Commissaire Lenormand », il diffère d’un épisode à l’autre ?!?!

Car, j’avais quitté, dans « L’énigmatique Madame Sarton », Lenormand, commissaire de Police en France, pour le retrouver, dans « La conspiration du turf », détective en Angleterre... allez comprendre. Heureusement, dans les deux cas, il est toujours épaulé par son jeune second Séguin...

Mais, peu importe si la filiation est légitime ou juste prétexte d’un titre à l’autre, puisque, de toute façon, le format très court (moins de 6000 mots dans le premier titre, moins de 9 000 dans le second) ne se prête pas à un contour bien défini des personnages. Ce flou sert donc la série autant que la série impose le flou...

La conspiration du turf :

Jerry Kent, un jockey dans une mauvaise passe, se rend chez son ancien employeur, Mrs. Harkness, espérant que cette dernière accepte de le reprendre à son service pour monter l’intraitable étalon « Fantôme Gris »…

Connaissant les habitudes de la dame, il se rend très tôt à son écurie où elle a l’habitude de venir seule, à cette heure. 

Il trouve Mrs Harkness, dans un box, mais elle est morte d’un coup de barre de fer à la tête. 

Sachant que sa présence sur les lieux du crime et la dispute qui a abouti à son licenciement, en font le suspect idéal, Jerry Kent s’enfuit, non pas pour échapper à la justice, mais pour trouver le « commissaire Lenormand », un ancien policier français devenu détective en Angleterre et qui est probablement le seul à pouvoir l’innocenter…

Autant l’avouer tout de suite, comme je le confesse, d’ailleurs, sur tous les textes courts ou presque de l’auteur, Henry Musnik ne s’est jamais révélé être un grand écrivain. Jamais on ne s’extasiera face à sa plume comme on pourrait le faire devant celles de certains de ses confrères, qui ne sont pas si nombreux que ça non plus. Pas plus on ne s’émerveillera de sa maîtrise de la narration des formats courts comme on eut pu le faire avec les textes de Charles Richebourg, par exemple.

Par volonté, par défaut ou par essence, Henry Musnik n’a jamais démontré un génie dans l’écriture. Peut-être en était-il capable sous un format moins contraignant. Peut-être aurait-il pu l’être avec plus d’espace, plus de temps... Peut-être que l’écriture n’était pour lui qu’un gagne-pain qu’il pratiquait sans réel plaisir... allez savoir ??? Dans tous les arts il est des passionnés sans talent (Ed Wood au cinéma, par exemple), des talents sans passion (je n’ai aucun exemple en la matière à fournir), mais il y a surtout, et je pense que c’est une majorité, des artistes qui sont ce que l’on appelle de « bons faiseurs » et qui, à défaut de livrer des œuvres majeures, produisent des œuvres correctes, parfois même bonnes, mais sans l’once de génie et de créativité que certains rares élus peuvent offrir.

C’était donc le cas de Henry Musnik et ce quelque soit le pseudo qu’il utilisait.

Sans jamais sombrer dans l’indigence et l’indigeste, l’auteur ne s’est non plus jamais élevé jusqu’au sommet de son art.

Cependant, la littérature populaire appelait rarement à cette excellence et si certains y sont parvenus, c’est avant tout grâce à un talent inné, mais surtout un talent qui s’épanouissait dans la contrainte et dans l’écriture automatique (Jean Ray, par exemple). Car, les textes devaient être vite écrits, donc pas relus, et comme le travail d’édition était fait par-dessus la jambe, les textes pâtissaient, en plus des répétitions ou des variations de noms relatives à une écriture automatique, sans relectures, des coquilles et des fautes inhérentes à un travail éditorial bâclé.

C’est dire s’il fallait, au départ, avoir un immense talent pour qu’au final les textes soient juste bons. Lorsque l’on s’avérait bon, le résultat devait être pas trop mal... etc., etc.

Henry Musnik, malgré son manque de génie, livra des centaines de titres à des dizaines de collections pour de nombreux éditeurs et si son travail ne doit pas être reconnu pour son talent pur, il doit tout de même être loué pour son ampleur.

Mais, rassurez-vous, ce n’est pas parce que l’homme manquait de génie qu’il ne faut pas lire ses textes (d’ailleurs, si on ne devait lire que des auteurs géniaux, certains auteurs à succès se retrouveraient dans la misère), car, l’auteur avait tout de même du métier.

D’ailleurs, on lui reconnaîtra que, dans des formats aussi courts, il est vraiment malaisé d’avoir une production d’une grande qualité. Pas le temps de placer une bonne intrigue ni de cerner les contours de ses personnages. Pas vraiment l’occasion d’imposer un style original, restait juste à offrir une petite histoire qui se lit sans déplaisir et ça, Henry Musnik savait faire (voir, par exemple, la série « Robert Lacelles, détective-cambrioleur » sous le pseudonyme de Claude Ascain).

Ici, le commissaire Lenormand, devenu détective en Angleterre, est prié par un jockey de l’innocenter du crime de la propriétaire d’écurie contre qui il avait un grief, puisqu’elle l’avait licencié.

Lenormand va donc se lancer dans l’enquête, aidé par le jeune Séguin. Les morts vont dangereusement s’accumuler autour de lui et il va se rendre compte que ce meurtre liminaire cache quelque chose de bien plus machiavélique...

Je n’en dirai pas plus sur le titre ni sur l’intrigue, de peur d’écrire plus de mots dans ma chronique qu’il n’y en a dans le roman.

Au final, « Les enquêtes du commissaire Lenormand » sont développées dans un format très très court dans lequel très peu d’auteurs se sont engouffrés (le format minimaliste le plus courant étant le fascicule 32 pages d’à peu près 10 000 mots) ce qui, en soit, suffirait à justifier sa lecture. Mais, au surplus, comme ils disaient d’antan, l’ensemble est plutôt agréable à lire et conviendra à ceux et celles qui n’ont pas beaucoup de temps à offrir à leur lecture (dans les transports, par exemple), ou à ceux aimant enchaîner plusieurs textes courts à la place d’un texte long.