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Horace van Offel est un écrivain belge né à Anvers en 1876, auteur de pièces de théâtre, rédacteur de journaux et auteurs de romans.

Dans sa carrière, il s’essaye par deux fois au genre policier, « Les chevaliers de Batavia » et « Le casse-tête malais ».

Le casse-tête malais :

Un conte du Pacifique raconte que dans les îles de l’Océanie, quand un homme devient vieux, les jeunes l’obligent à monter dans un arbre. Ils secouent l’arbre tant qu’ils peuvent. Si le vieillard tient bon, il a la vie sauve. S’il tombe, on lui brise le crâne avec un casse-tête…

Un casse-tête comme en possède Raphaël Lair, artiste peintre sans le sou, dont la porte de l’appartement est ouverte aux quatre vents, et qui abrite, cette triste nuit, Frédéric Lecorbu, jeune souffreteux venu supplier son vieux père, le riche et avare propriétaire de l’immeuble.

Ce soir, les cafés de Montparnasse seront peuplés de Papous, car est donné le grand Bal de la Tribu où il sera de bon ton de venir déguisé en « sauvage ». La fête se terminera par l’exécution du vieillard, comme dans le conte…

Le vieillard sera bien assassiné… pour de vrai, dans l’immeuble, avec le casse-tête et les suspects seront nombreux…

 

Horace van Offel nous livre-là un roman d’un classicisme assumé, tant dans la construction de l’intrigue, dans sa narration que dans le thème et dans le style d’écriture.

Le thème s’inscrit dans « l’exotisme » à la mode à l’époque où les auteurs utilisaient souvent des ingrédients venant des colonies (des Indes, et des colonies orientales), afin de satisfaire leurs lecteurs.

Ici, cette inspiration transpire par l’arme du crime, un casse-tête malais, ainsi que par une fête « tribale » donnant l’occasion à l’auteur de multiplier les fausses pistes et les suspects.

Le vieux propriétaire d’un immeuble dans lequel il habite lui-même un vieil appartement est tellement radin qu’il ne fait aucune réparation dans son bien et qu’il vit à longueur de temps couché dans son lit sous les couvertures pour ne pas avoir à chauffer ses murs.

Une telle avarice démontre que le bonhomme met beaucoup d’argent de côté, dans son matelas, affirment les rumeurs, ce qui fait beaucoup d’envieux.

Aussi, quand un matin, le vieil homme est retrouvé mort, le crâne fracassé et que son matelas est éventré, personne n’est surpris, mais tout le monde, ou presque, est suspect. Que ce soit le fils, venu la veille au soir supplier son père de lui donner de l’argent pour se soigner ; ou l’artiste peintre sans le sou pour régler son loyer le lendemain ; le fils de la concierge, soldat en perm chez sa mère ; la femme du peintre ; le voisin du peintre, l’énigmatique Mr Lhoir ; la fleuriste du 5e étage...

Et Horace van Offel s’amuse à ouvrir des portes et à les refermer, les unes derrière les autres, pour les rouvrir ensuite. Car l’artiste peintre est possesseur du casse-tête, mais sa porte est toujours ouverte aux quatre vents et tous les locataires le savent. Le fils a dormi chez le peintre, le casse-tête dans les mains, mais le peintre est retrouvé saoul dans l’immeuble au petit matin, le casse-tête à côté de lui. L’étrange voisin l’a vu, tout comme il a vu le fils de la concierge rôder dans l’immeuble à l’heure du crime. Mais ce voisin, Mr Lhoir, n’est-il pas suspect également ???

D’autant que la fête tribale qui remue le tout paris fait fureur et qu’il est de bon ton de s’afficher en « sauvage » pour faire la fête, pagnes sur les fesses et plumes sur la tête afin de se divertir comme des petits fous. Et l’apothéose de cette fiesta n’est-elle pas de « Tuer le vieillard », d’après une tradition venue d’Océanie où, paraît-il, on fait monter les vieux dans un arbre que l’on secoue et où l’on achève ceux qui tombent et laisse en vie ceux qui restent accrochés ?

Cette tradition, liée au casse-tête, dont le terme va prêter à confusion puisque l’avare est une espèce de vieillard, semant le doute dans l’esprit du lecteur et des protagonistes d’autant que ce terme-là va revêtir, au fur et à mesure de l’histoire, une troisième signification...

Ainsi l’auteur et le lecteur pointent du doigt un suspect puis un autre, jusqu’à ce que l’un avoue son crime, mais que le juge ne le croit pas...

Le policier chargé de l’affaire et ami de M. Lhoir, va se lancer dans l’enquête, tandis que ce dernier va prendre une part non négligeable dans celle-ci et dans tous les sens du terme.

Si le style de l’auteur ne déborde pas du cadre, excepté lors de l’aventure, bien trop courte, en Belgique, l’histoire, elle, est plus que correctement construite pour séduire le lecteur, d’autant que le personnage de M. Lhoir va s’avérer important à plus d’un titre, tant dans l’intrigue, elle-même, et là encore, à plusieurs niveaux, que dans l’aspect émotionnel, de par la tendresse que le lecteur va porter à cet être « sauvage ».

On pourra regretter la trop faible utilisation d’un personnage subalterne, le policier anversois Léopold-Casimir Joly, qui, l’espace d’une courte scène va conquérir le lecteur par son côté décalé au point que l’on aurait espéré revoir celui-ci dans un autre récit, ce qui a peu de chance d’arriver.

Au final, bien que d’aspect classique, ce court roman de Horace van Offel (pas tout à fait 34 000 mots), s’avère une bonne surprise, d’autant meilleur que le récit progresse avec un supplément d’émotion vers la fin.