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Claude Ascain, pseudonyme de Henry Musnik, auteur de langue française d’origine chilienne, fut un des piliers de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

L’écrivain, sous de nombreux pseudonymes (Pierre Olasso, Alain Martial, Gérard Dixe, Florent Manuel...) a inondé les diverses collections de l’époque et notamment celles, policières, des éditions Ferenczi.

Dans sa production, on notera plusieurs personnages récurrents, dont le gentleman cambrioleur Robert Lacelles, le commissaire Lenormand, le détective Yves Michelot et de nombreux autres.

L’auteur avait, semble-t-il, l’habitude de créer et de faire vivre un personnage par collection à laquelle il participait (des collections généralistes de genre policier dans lesquelles se côtoyaient de nombreux auteurs comme « Police et Mystère » ou « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi. Des collections comptant plusieurs centaines de titres dans lesquels les auteurs et les personnages étaient difficilement identifiables).

Il n’était alors pas rare que les personnages fussent inspirés de romans ou séries à succès. C’est, par exemple, le cas de Robert Lacelles, qui est une copie à peine plus moderne de Arsène Lupin.

Dans « L’invisible Grand-Maître », Claude Ascain (puisque c’est de ce pseudonyme qu’est signé l’ouvrage), fait naître deux personnages ennemis jurés : Daniel Marsant et Le Grand-Maître.

Difficile, dans ces deux personnages, de ne pas y voir une copie de Fantomas et de l’inspecteur Juve de la saga de Marcel Allain et Pierre Souvestre.

D’un côté un membre du service de contre-espionnage, Daniel Marsant.

De l’autre, un génie du crime dont l’organisation a des ramifications un peu partout, qui possède des moyens quasi illimités, dont la cruauté n’a d’égale que l’intelligence, qui se cache derrière un masque de caoutchouc, utilise les toutes dernières technologies, numérote ses hommes et les assassine quand ils échouent dans leurs missions.

Et Daniel Marsant qui part à la chasse du Grand-Maître, une chasse qui s’étendra sur 17 titres dans la série « Police et Mystère » des éditions Ferenczi.

L’invisible Grand-Maître :

Le Grand-Maître, le mystérieux chef d’une bande ayant des ramifications et une puissance jusque-là insoupçonnées, cherche à mettre la main sur les plans d’un lance-torpille.

Pour ce faire, l’un de ses hommes est parvenu à embrigader un employé du ministère de la Marine.

Mais très vite ses agissements mettent en éveil les soupçons du service de contre-espionnage et Daniel Marsant est chargé de mener son enquête.

Une lutte à distance va alors s’engager entre le Grand-Maître et Daniel Marsant mais ce dernier est loin d’imaginer tous les moyens que son ennemi est prêt à mettre en œuvre pour arriver à ses fins…

Entre roman d’espionnage et roman d’aventures, « L’invisible Grand-Maître », sur un peu moins de 20 000 mots (l’édition d’origine est un fascicule 64 pages), met en place un duel entre un clone de Fantomas et Daniel Marsant, membre du service de contre-espionnage qui sera l’équivalent de l’inspecteur Juve dans la série de Marcel Allain et Pierre Souvestre (sachant que le personnage des livres n’a pas grand-chose à voir avec celui interprété par Louis de Funès au cinéma).

Bien évidemment, je parle ici de référence ou d’inspiration et non de plagiat tant la littérature populaire se nourrit d’elle-même à travers les âges. Fantomas n’était-il déjà pas fortement inspiré des génies du mal d’autres auteurs comme du Zigomar de Léon Sazie ; Sir Williams, le mentor de Rocambole de Ponson du Terrail ou encore le professeur Moriarty, l’ennemi juré de Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle ?

Claude Ascain propose donc un premier affrontement entre les deux hommes, affrontement qui, on le sait à la fin de l’épisode, est prévu pour se répéter.

Bien évidemment, le genre abordé n’est pas réellement du policier, malgré l’intitulé de la collection dans laquelle le titre a été édité, mais l’on sait que les genres sont poreux et le « policier » peut-être encore plus que les autres.

Du moins si d’intrigue il n’y a, si ce n’est celle de savoir comment le méchant va s’en sortir ou bien comment le gentil va éviter les attaques du méchant, l’auteur nous propose un petit moment d’aventures plus ou moins rocambolesques en utilisant un peu toutes les ficelles du genre, depuis le masque cachant la personnalité du méchant, en passant par les grimages du héros pour infiltrer l’organisation, les coups fourrés, les technologies au service du mal, sans oublier une petite intrigue sentimentale.

Rien de transcendant ni de bien original, mais un bon petit moment de lecture tout de même proposé par un bon « faiseur ».

Au final, à défaut d’une histoire et de personnages originaux, Claude Ascain propose à ses lecteurs un très court roman bâti sur des éléments entrés dans l’inconscient collectif des lecteurs de son époque et même d’aujourd’hui.