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« La disparition de William Sternord » est un épisode de la série « Dick et Betty, aventuriers modernes », écrit par l’énigmatique J.A. Flanigham. Série qu’il est très difficile de cerner puisque les différents titres (combien ?) ont été édités, à l’époque (au milieu du XXe siècle), dans différentes collections (« murmures d’amour », « Police-Roman »...) sans qu’ils soient réellement différenciés des autres titres de ces collections.

Pire, même au dos de certains épisodes, la liste faite des titres précédents est totalement désuète puisque certains titres de ces listes ne font aucunement apparaître « Dick et Betty », mais Bill Disley, héros d’une autre série de l’auteur.

En ce qui concerne J.A. Flanigham, dont certains prétendent (à juste titre, probablement) qu’il s’agit d’un pseudonyme de Raymond Gauthier, mais sans savoir, pour autant, qui se cache derrière l’alias « Raymond Gauthier », il n’y a pas grande chose à dire si ce n’est ce que l’on découvre à partir de son écriture : c’était un écrivain talentueux, maîtrisant le format court (les textes des deux séries évoqués avoisinent les 10 000 mots soit un format usuel de fascicule 32 pages), adepte des indications scéniques et des incises, maniant l’humour et inspiré par le roman noir à l’américaine.

La disparition de William Sternord :

Dick Reutel, le premier détective d’Angleterre, est chargé par le colonel des Services Secrets d’enquêter sur la disparition de William Sternord, un agent missionné pour découvrir comment des informations capitales fuitaient d’un laboratoire en lien avec la Défense Nationale.

Dick et sa femme Betty louent une chambre dans l’auberge où a été vu pour la dernière fois le disparu et commencent à se renseigner.

Mais, lors d’un déplacement, la barre de direction de la voiture du couple se rompt dans un virage et c’est l’accident…  

La plume de l’auteur nous apprend également que celui-ci semblait être un désabusé de la vie, du moins, n’avait pas beaucoup d’espoir en l’humanité tant ses personnages (excepté les héros) se révèlent souvent bien veules et sombres.

Un monde peuplé de mannequins déficients moralement (les femmes sont toutes plus belles les unes que les autres, mais également plus vénéneuses les unes que les autres) et les hommes sont bien souvent, également, d’une beauté hors du commun. Mais la beauté n’est que factice, qu’en façade, qu’extérieur. Car, intérieurement, les personnages secondaires rivalisent de mesquineries, de lâcheté, de méchanceté, de médiocrité.

Les femmes sont soit de belles plantes ingénues soit de belles garces profitant de leurs atours pour attraper les pauvres hommes faibles dans leurs toiles.

Mais cette posture pour toute manichéenne et misogyne qu’elle soit, est-elle vraiment du fait de la mentalité de l’auteur ou bien du mimétisme dû à l’inspiration du roman noir à l’américaine ?

Car, si la question ne se posait pas forcément dans les titres précédents qui répondaient déjà à ce dogme machiste, une réflexion du héros, Dick Reutel, premier détective d’Angleterre, est susceptible d’insinuer le doute dans l’esprit du lecteur qui n’aurait rien d’autre à faire que de se poser cette question : c’est-à-dire, moi !!!

« Il n’y avait que des jolies femmes dans cette affaire », telle est la réflexion que se fait le héros en cours d’histoire, pensée qu’il pourrait avoir dans toutes les autres enquêtes de la série tant les femmes ne peuvent, au pays de Flanagham, qu’être jeunes et belles. Belles, mais pas d’une simple beauté ! Non, d’une beauté forcément envoûtante, susceptible de tenter tout homme, de le pousser à faire n’importe quoi, car un homme ne peut que succomber devant tels atours.

Bon, bref, cette propension à n’user que de beaux personnages devrait être rédibitoire (avec un « h » quelque part, mais j’ai trop la flemme de chercher où) pour moi, comme elle l’a déjà été pour des œuvres plus récentes. Oui, mais, voilà, J.A. Flanigham a quelque chose que les auteurs de ces œuvres plus récentes n’ont pas : du talent.

Et c’est indéniablement ce talent qui fait passer la pilule et qui, bien plus, laisse penser que toute cette beauté sert le texte en rendant l’ensemble plus romanesque et vénéneux à la fois.

Bon, je vous avouerais que je ne serais pas contre, de rencontrer, de temps en temps, une moche, une vieille, un gros ou un cacochyme dans le monde de Flanigham, mais il vaut mieux ne pas trop espérer pour ne pas désespérer.

Mais cela n’empêche pas de suivre un grand plaisir les pérégrinations de ces « aventuriers modernes » qui n’ont d’ailleurs jamais aussi mal porté leur surnom qu’aujourd’hui tant leur relation de couple des plus fleur bleue est plus que surannée à notre époque. Mais c’est là aussi que réside le charme de la série, dans ces sentiments compassés exprimés de manières qu’ont passées depuis plusieurs décennies.

Cette fois-ci encore, Dick Reutel va donner un coup de main aux Services Secrets de son pays. L’agent William Sternord a disparu alors qu’il s’était rendu dans le Sussex pour enquêter sur une fuite d’informations capitales dans une usine de produits chimiques en lien avec la Défense Nationale.

Dick Reutel, accompagné de sa belle épouse, Betty, va donc se rendre dans un village d’où Sternord a envoyé, pour la dernière fois, un message à sa petite amie (une jeune mannequin, car, je vous le rappelle, toutes les femmes sont belles chez Flanigham).

Sur place, il loue une chambre à l’auberge dans laquelle son attention est attirée par un couple formé d’un frère et d’une sœur (magnifique, puisque, je vous le rappelle...) ainsi que d’une autre femme (belle également, car...).

Mais très vite, Dick et Betty ont un accident de voiture, la direction a lâché. Heureusement, la chance est avec eux et ils s’en sortent indemnes. Malheureusement, l’accident est en fait un attentat, car la barre de direction a été sciée.

Flanigham nous propose donc une nouvelle histoire d’espionnage très à la mode à la sortie de la Seconde Guerre mondiale et utilise le peu de texte qui lui est imparti pour proposer une aventure plus qu’une enquête, comme c’est souvent le cas dans le monde du fascicule 32 pages.

On retrouve son astuce finale pour gagner de la place, consistant à créer une éluder l’arrestation pour passer directement à la conclusion, arrestation que le lecteur est à même de reproduire dans son esprit à l’aide des éléments déjà mis en place.

C’est un gain de place indéniable qui a pour double effet de créer, donc, une ellipse, donc, une figure de style et également d’apporter une fin de façon un peu plus abrupte, à la manière d’une nouvelle, alors que le reste du récit est traité à la manière d’un roman (très court roman, mais roman tout de même).

Au final, une petite aventure sympathique et plutôt classique (du moins, dans l’univers Flanigham) et qui apportera son lot de plaisirs de lecture à défaut de marquer réellement les esprits.