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Marc Villard est un auteur né en 1947 qui s’est essayé à l’art plastique, à la poésie « beatnik » (je ne savais même pas que cela existait), et qui est un lecteur assidu d’écrivains de la « Série Noire » des éditions Gallimard et féru de Rock N’ Roll.

L’homme se lance dans l’écriture de romans et, très vite, incorpore la fameuse « Série Noire » avec ce titre : « Corvette de nuit ».

Sans être son premier roman (il s’agit du troisième) ni son premier polar (il s’agit du second), « Corvette de nuit » semble comme une œuvre liminaire dans la bibliographie de Marc Villard.

Rien d’étonnant alors que l’auteur semble y avoir mis beaucoup de lui, de ses aspirations, de ses phobies, de ses obsessions.

Effectivement, le récit narré à la première personne conte les mésaventures d’un artiste peintre qui a du mal à éclore après avoir passé une adolescence à rêver de gloire et de sueur sur les scènes rock.

Corvette de nuit :

Edith Starsky, c’est la fille avec le couteau dans le ventre. Dany, l’assassin présumé, s’est évanoui dans la nature et moi, je rêve d’un retour vers le futur. Pour y parvenir, je dois passer par Hambourg, les Beatles et quelques cadavres. Avec, comme récompense, une génuflexion dans la Chapelle Sixties.

Trente-cinq ans et toutes ses dents, Harry vivote de sa peinture, d’amour (avec Anna) et de whisky.

Un jour, il apprend à la radio le meurtre d’une jeune femme dans un hôtel, tuée d’un coup de couteau. Le principal suspect serait un dénommé Danny Waxman, un ancien chanteur de rock qui se serait évaporé dans la nature.

Il n’en suffit pas plus pour que sa vie bascule dans le passé, 15 ans auparavant, quand, adolescent, il était sous le charme de Danny Waxman, chanteur de rock fonceur, et qu’il faisait partie de son groupe en tant que batteur.

Harry décide alors de partir sur les traces de Danny, plus pour retrouver un sens à sa vie, que pour l’innocenter. Pour ce faire, il va retourner dans la ville de sa jeunesse et plonger dans une terrible nostalgie qui va se heurter à la réalité de l’instant présent.

Tout le monde a changé, lui, les autres membres du groupe, la vie, la ville, la société... mais pas Danny, tant, pour tous, il est demeuré dans l’idéal de l’époque, sorte d’icône d’une jeunesse, symbole d’une vie d’insouciance.

Je n’ai pas lu beaucoup de romans de Marc Villard, en fait, celui-ci est le second, après « Le roi, sa femme et le petit prince », mais les deux romans, de six ans d’écart, offrent de nombreuses similitudes. D’abord, la narration à la première personne (si je me souviens bien), la nostalgie, le Rock N’ Roll, l’asile psychiatrique, le voyage initiatique (ou nostalgique), la poésie, l’insouciance de la jeunesse que l’on perd en vieillissant...

Ces thèmes étaient présents dans « Le roi, sa femme et le petit prince » et le sont déjà ici, avec un accent supplémentaire sur la nostalgie. D’ailleurs, si l’ensemble sombre dans la nostalgie, l’auteur ne livre pas une nostalgie féérique, idyllique, fantasmée, mais plutôt une nostalgie poisseuse, assez sombre, bien qu’elle suscite tout de même des regrets.

C’est donc un combat complexe où le passé et le présent se mélangent tant dans leur noirceur, leur pessimisme, mais duquel sort vainqueur par K.O. le passé, sans que l’on sache exactement pourquoi, tant la vie actuelle du personnage semble bien plus satisfaisante que celle passée.

Il est notion de vénération de ce personnage de rockeur de la part de Harry, d’une vénération proche de l’amour, mais un amour dénué de désir physique auquel se substitue un désir psychique. Et, pourtant la vie actuelle et passée de Danny Waxman n’a rien d’envieuse si ce n’est cette insolence et cette liberté qui se révèle être la pire des prisons.

Ultra court roman, moins de 22 000 mots, qui se suffit à lui-même puisque l’auteur nous livre tout ce qu’il a à vomir, terme utilisé sciemment tant on a l’impression que Marc Villard se livre à une introspection à travers cet ouvrage. Cet effet est peut-être trompeur et peut n’être dû qu’à une réelle capacité de l’auteur à se fondre dans l’esprit du personnage, mais l’ensemble sonne tellement vrai que la nostalgie et les regrets énoncés par Harry eussent pu tout aussi bien sortir de la bouche de Marc Villard lors d’une consultation chez un psychiatre.

Mais faisons fi de toute psychologie de comptoir pour prendre le roman pour ce qu’il est avant tout : un très bon et très court roman (oui, 22 000 mots, même pour la « Série Noire », c’est très court) évoquant une nostalgie parfois déraisonnée de l’insouciance de la jeunesse et la passion tout aussi irraisonnée pour les personnages jusqu’au-boutistes qui vivent à toute allure et meurent plus vite encore.

Au final, un excellent roman empreint de poésie, de nostalgie, de rock, et qui s’achève sur une scène finale qui surprend, ouvre des horizons et donne tout son sens au titre jusque là énigmatique.