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José Giovanni est un auteur auquel je ne m'étais pas encore confronté.

Les romans de José Giovanni se placent souvent dans le milieu des malfrats, de la prison et, pour cause, l'écrivain savait de quoi il parlait puisqu'il a passé plus de 10 ans en prison, a été condamné à mort, a tenté de s'évader...

Joseph Damiani, de parents Corses, il a un passé trouble difficile à cerner. Condamné à mort en 1948 pour extorsion de fonds et participation à un triple assassinat, il est également accusé d'entente avec l'ennemi durant la guerre. Pourtant, la peine de mort fut commuée en prison à perpétuité, puis il fut amnistié. Des faits des résistances lui sont également reconnus.

Mais on ne peut nier que l'homme connaissait bien les milieux (du crime et de la gestapo), puisque les personnages de ses romans sont bien souvent inspirés des uns et des autres, comme on le verra.

En prison, en attendant la mort, Joseph Damiani écrit un journal. À la sortie de prison, son avocat lui conseille d'écrire des romans, ce qu'il fera avec un premier inspiré de sa tentative d'évasion, « le trou », puis d'un second, « Le deuxième souffle » avant d'entamer une longue carrière d'écrivain, puis de scénariste et de réalisateur.

On lui doit des romans (et donc des adaptations cinématohgraphiques) tels « Classe tous risques », « L'excommunié » (qui donna au cinéma « Un nommé la Rocca », puis, « La scoumoune »), « Histoire de fou » ( adapté sous le titre « Le Gitan »), « Les aventuriers » (adaptation éponyme), « Le Haut-Fer » (adapté sous le titre « Les grandes gueules »), « Ho ! » (adaptation éponyme), « Les ruffians » (adapté sous le titre « Le ruffian »), et bien d'autres encore.

Le deuxième souffle :

Le vieux Gu, un terrible... Condamné à perpette, il s'arrache du trou en beauté, remonte à Paris mettre de l'ordre dans ses affaires et s'arrange encore, alors qu'il a tous les poulets de France au train, pour participer à un-coup fumant, du côté de Marseille. Mais là, il lui faut aussi se blanchir d'une réputation de «donneuse» qu'un commissaire vicelard lui a collée sur la soie. Ah! si seulement il n'avait pas cette passion pour la pétanque...

« Le deuxième souffle » est seulement le second roman de l'auteur et, pourtant, probablement déjà le sommet de sa carrière, de part l'ouvrage lui-même mais aussi et surtout, par le succès de son adaptation cinématographique par Jean-Pierre Melville en 1966 (je ne parle pas de celle de 2007 par Alain Corneau qui aurait mérité de se nommer « À bout de souffle » tant le film se traîne).

Si son premier roman était directement inspiré de sa vie carcérale, les personnages du « Le deuxième souffle » sont eux tous inspirés de vrais personnalités de la criminalité ou de la guerre.

Gu est inspiré d'Auguste Méla, un criminel ayant participé, tout comme dans le roman, à « L'attaque du train d'or », qui s'est également échappé de prison, en 1944, avec un autre homme que fréquentera l'auteur quelque mois plus tard. Il en est de même de Manouche, de Paul, et même de Orloff, inspiré d'un agent de la Gestapo dont c'était le surnom...

Bref, on comprendra que José Giovanni s'est fortement inspiré de la vie délictueuse de Joseph Damiani.

Si on se concentrait donc sur la vie de José Giovanni, il serait alors bien difficile d'apprécier ses romans comme de simples ouvrages sans se demander si les exactions de ses personnages ne sont pas des transpositions des siennes ou, du moins, si elles ne reçoivent pas l'assentiment de l'auteur.

Mais, heureusement, j'ai coutume de dire que seule l'oeuvre d'un auteur compte et donc, concentrons-nous sur cette oeuvre.

« Le deuxième souffle » met en avant un criminel vieillissant au sein d'un monde qui change et qu'il ne comprend plus et dans lequel il fait office d'anachronisme.

Ses 11 ans passés au ballon sans moufter, ses exploits d'antan, lui confèrent encore une certaine aura, mais, dans le milieu, la jeunesse et l'insouciance ont pris le pas sur le sang-froid et le code de l'honneur.

Gu vient de s'évader de prison, il traverse la France pour rejoindre Paris juste à temps pour assister à l'exécution de Jacques Le Notaire, l'homme qui a remplacé dans les bras de Manouche, la femme dont il a toujours été amoureux en silence, son ami Paul, mort dans un accident de train.

Quand il se rend discrètement chez Manouche, il voit deux hommes pénétrer silencieusement dans la baraque pour menacer Manouche et lui extorquer de l'argent. Gu, intervient, puis il ira les buter tranquillos dans un coin qui lui rappelle l'ancien temps (comme il le rappellera au flic à ses trousses).

Commence alors une deuxième vie pour Gu qui, partageant enfin l'existence de Manouche, a besoin de pognon pour sa cavale et c'est la raison pour laquelle il accepte un dernier coup...

Le deuxième souffle qu'évoque le titre du roman se retrouve dans la vitalité retrouvée de Gu suite à son évasion, dans les bras de Manouche. L'amour lui donne des ailes, de l'ambition, de l'espoir, et aussi le courage de se livrer à une ultime bataille, tant pour Manouche et son pote Alban, que pour lui, pour se montrer qu'il est encore capable, pour démontrer aux autres que le vieux Gu n'est pas encore mort.

Le roman navigue donc dans le milieu criminel, de Paris à Marseille, évoquant des personnages que l'auteur a cotoyés, des scènes qui entrent en résonnance avec son propre passé.

D'un point de vue narratif, il n'y a pas grand chose à reprocher au roman qui débute par une scène d'évasion en signe de renouveau et d'espoir et se termine par une fusillade aux allures fatalistes et pessimistes.

Les personnages sont nombreux, complexes, rarement manichéens. Tout un panel de criminels est présenté. Du vieux sur le retour à l'honneur immuable, en passant par le partenaire fidèle, le jeune fougueux, le réfléchi, l'ignoble traître... Même les flics n'ont pas de traitement au vitriol avec les deux extrêmes du flic respectueux et intelligent et de la brute veule sans oublier, là aussi, de passer par le jeune flic insouciant.

Les femmes, quant à elles, ont les deux visages de la femme dans les romans de criminels : la femme et la mère. La femme dans le rôle de Manouche, mais une femme ni vénale ni vénéneuse, ni même faible et soumise. La femme aimante, le repos du guerrier, celle pour qui on se bat. Puis il y a le rôle d'Yvette, la vieille Yvette, celle qui se place comme une mère pour Orloff. Entre les deux, guère de place.

La plume du roman est elle au diapason du sujet. Le langage est né de la plume de quelqu'un qui le maîtrise, qui le cotoye, qui le connait. Sans effet de style, sans chercher à faire de la grande littérature. Elle colle au sujet... à une exception près.

Exception qui n'en est pas une, dans la vraie vie, quand on y pense, mais qui, sur le papier, peut devenir rapidement rébarbative.

C'est que, dans la vie, quand quelqu'un a un surnom, on l'appelle toujours par ce surnom.

Dans un roman, il est préférable d'alterner de peur d'ennuyer... surtout quand les incises sont elles aussi répétitives.

Ainsi, un dialogue du genre :

- Comment ça va ? dit Jo.

- Bien, et toi ? dit Fil.

- Pas mal ! dit Jo.

- Tant mieux, dit Fil.

- Et ta mère ? dit Jo.

- Bof ! dit Fil.

- Qu'est-ce qu'il y a ? dit Jo.

- Rien, dit Fil.

- Je sens bien que tu ne me dis pas tout, dit Jo.

- Mais si, dit Fil.

- Mais non, dit Jo.

- Puisque je te dis que si, dit Fil....

On se rend vite compte que ce genre de dialogue gagnerait en intérêt si l'auteur alternait incises et identification des personnages en utilisant des verbes comme « répondit », « souffla », « ragea », « cria », « sussura » et en utilisant des descriptions ou d'autres surnoms pour préciser le personnage comme « le vieux », « le grand », « le gros », « Joseph », « Philippe » ou je ne sais quel autre qualificatif pouvant désigner celui qui prend la parole.

Et c'est le gros point noir du roman. Un défaut qui semble ne pas avoir dérangé tout le monde mais qui m'a empêché d'entrer totalement dans un roman qui, autrement, aurait totalement emporté mon adhésion. Un tel point négatif que si je n'avais pas tant adoré l'adaptation cinématographique et que si le roman avait été plus long, j'aurai probablement interrompu ma lecture après un premier tiers.

Dommage.

Car, à part ça, rien à dire.

Au final, un bon roman qui perd énormément de son intérêt à cause d'incises et de désignations des personnages trop répétitives.