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Et comment que ça barde dans ce second opus de la série « Les dessous de l’Agence Garnier », signée de l’énigmatique J.A. Flanigham.

J.A. Flanigham est comme un excellent tueur à gages. On ne sait pas qui il est ni à quoi il ressemble, mais, sans prévenir, il débarque par surprise et t’en colle une qui te change à tout jamais.

Sauf que son arme de prédilection est sa plume et il sait s’en servir, le bougre.

J.A. Flanigham est un pseudonyme qui sévît entre 1945 et 1959 dans la littérature populaire, notamment au sein des éditions Lutèce et des éditions Ferenczi.

Pour Ferenczi, il produisit des textes indépendants pour la collection « Le Verrou ». Pour les éditions Lutèce (et, avant, Moulin Vert), il écrivit en majorité des titres mettant en scène des personnages récurrents.

Je vous ai déjà parlé de deux d’entre elles : « Bill Disley, reporter-détective » et « Dick et Betty, aventuriers modernes ».

J’ai déjà évoqué la troisième, « Les dessous de l’agence Garnier » dans la chronique sur « Les tripes au soleil... », premier épisode de la série.

« Ça barde, et comment ! » est le second titre de la série diffusé dans l’éphémère magazine « Miroir Police » de 1955 à 1956, magazine qui ne compta que six numéros contenant, chacun, un épisode complet de la série en question.

 

ÇA BARDE, ET COMMENT !

 

Jean Dormeur, journaliste à l’« Étoile du Soir » est bien décidé, au grand damne de son patron, à poursuivre son investigation sur le richissime et respectable Louis Plottier qu’il soupçonne d’un passé pas très glorieux.

 

Alors que le reporter se repose dans son bar attitré, une jeune femme l’aborde et lui donne rendez-vous, chez elle, une heure plus tard, pour lui livrer d’importantes informations pour son enquête.

 

Sur place, Jean Dormeur, avant d’être assommé, n’a que le temps d’apercevoir le corps sans vie de son « rencard »…

 

Si Georges Garnier est présent dès le premier chapitre qui développe la dispute entre Jean Dormeur et son patron à propos d’une enquête et d’un article sur le passé de Louis Plottier, le personnage principal du premier tiers de l’histoire est pourtant le journaliste.

Celui-ci, rencontre, alors qu’il est à moitié bourré, une jeune femme qui lui donne rencard chez elle dans une heure pour lui donner des infos compromettantes sur Louis Plottier. Sur place, Jean trouve la jeune femme étranglée et reçoit un coup sur la tête. Quand il se réveille, une jeune femme, une autre, tente de le ranimer et l’amène chez elle, deux étages plus haut.

Elle lui montre une photo de lui sur le corps de la défunte et le menace pour qu’il soit à ses ordres afin d’aller chercher des papiers dans le bureau de son patron. Mais, sur place, Jean découvre son patron mort...

Entre temps, le même patron avait révélé à Georges Garnier, un ami de longue date, que la jeune femme retrouvée étranglée était sa nièce et que Plottier était possiblement responsable de la mort de sa sœur qu’il avait « enlevée » cinq ans auparavant...

C’est donc un beau bordel auquel nous convie J.A. Flanigham, un bordel parsemé de cadavres et de vieilles rancunes.

Mais, ce que l’on sait, avec l’auteur, c’est que l’on va avoir le droit à une narration aux petits oignons, ponctuée d’incises et d’indications scéniques pertinentes ainsi qu’à un portrait de la gent féminine à ne pas mettre dans les mains d’une féministe extrémiste (qui a dit : « Plénonasme ! » ?).

Car, si, effectivement, le trait de génie de Flanigham est toujours omniprésent par sa gestion des incises et des indications scéniques lors des nombreux dialogues, afin de rythmer son récit, de le ponctuer à moindres mots d’informations importantes sur le caractère de l’un ou l’autre de ses personnages, c’est sa vision de la femme qui frappe avant tout.

Car, si d’ordinaire la femme n’a pas un rôle très glorieux, il y a souvent une petite exception (petite voulant dire qu’une des femmes de l’histoire est moins dégénérée que les autres).

Ici, point d’exception puisque les femmes de l’histoire sont des putes, des nymphomanes, des rancunières, des vénales... et, d’ailleurs, les hommes tels que décrits par Flanigham, ne sont pas dupes puisqu’on peut lire des sentences telles que : 

— Sait-on jamais avec les femmes ? Vous êtes toutes plus ou moins cinglées, et mythomanes... Ah, la la...

— Il faut vous avouer, reprit Plottier, que Raymonde avait une personnalité très... spéciale. Un peu mythomane, un peu folle, très excentrique... Mais toutes les femmes ne le sont-elles pas ?

— D’apprendre que Simone me haïssait m’effare un peu, mais je suis trop averti sur les femmes pour m’en étonner outre mesure.

« Les effets du mois de mars, sans doute. Des tas de femmes le supportent très mal. »

Pas de la littérature pour « Chiennes de garde », n’est-ce pas ?

Cependant, on peut mettre cela sur le compte d’une époque, de l’influence du roman noir à l’américaine... mais, tout de même.

Mis à part ça, Flanigham nous délivre ici une histoire à la fois complexe et pourtant si simple à la limite du simplisme (simplisme inhérent à la vision d’une société décadente).

Jo Garnier n’y tient pas le rôle principal, du moins dans un premier temps, même si c’est lui qui recoupe tous les éléments de l’histoire afin d’en expliquer les tenants et les aboutissants, après une hécatombe probablement évitable.

Mais la plume de l’auteur et son sens et la maîtrise de la narration lui permettent de livrer un texte prenant, très agréable à lire et qui, malgré la misanthropie crasse, offre quelques moments de sourire, notamment sur un final et une conclusion dans la veine de l’auteur et de ses idées misogynes...

Au final, un titre que je pourrai qualifier d’excellent, mais que je minorerai en pensant qu’il existe encore sûrement des textes du même auteur bien meilleurs...