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« De quoi frémir ! » est le troisième épisode de la série « Les dessous de l’Agence Garnier » née de la plume de l’énigmatique J.A. Flanigham, un talentueux auteur de la littérature populaire qui sévit entre 1945 et 1959 et dont il est actuellement impossible de cerner qui se cachait derrière ce pseudonyme.

« Les dessous de l’Agence Garnier » est une série datant de 1955 et 1956 qui livre 6 épisodes publiés dans les 6 numéros du magazine « Miroir Police ». L’épisode était accompagné d’une ou deux nouvelles signées par d’autres auteurs dont un R. Gauthier qui pourrait bien être, également, un autre pseudonyme de Flanigham.

DE QUOI FRÉMIR !

 

Le détective Georges Garnier est embauché par le richissime Pierre Renard pour l’assister à la suite de l’enlèvement de sa fille.

 

Le client accepte de payer la forte rançon pour récupérer son enfant et compte sur Jo et son acolyte Bernoux pour découvrir, a posteriori, qui est à l’origine du kidnapping.

 

Mais tout ne se passe pas comme prévu lors de la remise de l’argent : le père est assommé, le magot s’est envolé, et la jeune femme demeure introuvable…

Georges Garnier est chargé par le richissime Monsieur Renard de le soutenir suite au kidnapping de sa fille et d’accepter, après qu’il ait payé la rançon et récupéré son enfant, de retrouver les coupables.

Georges Garnier accepte et charge son fidèle Bernoux de se rendre sur les lieux de l’échange afin de suivre la voiture des kidnappeurs, mais, rien ne se passe comme prévu, le père Renard est assommé, la fille n’est pas rendue, le fric est envolé et Bernoux perd la trace de la voiture.

Mais, pire encore, le lendemain, la demoiselle Renard est retrouvée torturée et morte...

On ne sait pas grand-chose de la vie de J.A. Flanigham, mais grâce à ses écrits, il est assez facile de cerner son univers très calqué sur le roman noir à l’américaine des années 50.

Son monde est fait de belles jeunes femmes toutes plus vénéneuses les unes que les autres, d’hommes beaux, se partageant les deux côtés de la barrière, de violences, de morts, d’alcool, de drogues...

Il n’y a pas femme qui trouve grâce aux yeux de l’auteur si bien que, quelque soit l’enquête, on sait à l’avance que le coupable sera la femme et si elle n’est pas coupable, elle sera complice et si, par une infinie mansuétude, elle n’est pas complice, elle sera l’inspiratrice du forfait d’une manière ou d’une autre.

Bref, J.A. Flanigham revisite Ève à toutes les sauces, la rendant, en plus de coupable de tous les maux, nymphomane, mythomane, cinglée, machiavélique, faible...

Mais, à bien y regarder, les hommes ne sont guère mieux lotis, pour la plupart, car, même ceux qui sont doués de bonté ou d’intelligence, se retrouvent toujours esclaves de leurs concupiscences et de leur désir...

Vous me direz que c’est un travers dont tous les scénaristes de tous bords et de toutes époques affublent une bonne partie de leurs personnages issus de la gent masculine... mais bon !

Ce n’est donc pas chez Flanigham que le lecteur aura l’opportunité de découvrir des personnages originaux, mais c’est là peut-être son unique défaut.

Car, mis à part cette fâcheuse inspiration, J.A. Flanigham était un auteur bien intéressant pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il excellait dans la maîtrise du format court (fascicule 32 pages), parvenant à proposer une histoire si ce n’est complexe, du moins, pas simpliste là où ses confrères se contentaient de livrer des aventures sans recherche.

Ensuite, de par sa plume et sa subtile utilisation des incises et des indications scéniques qui participaient, à travers des dialogues souvent savoureux, à distiller en quelques mots de précieuses indications sur les personnages qui auraient, par un moyen plus classique, nécessité de longues phrases que le format ne lui permettait pas.

Enfin, de par son humour, même dans la noirceur, qui était souvent distillé par ses personnages qui, bien que peu originaux, possédaient un certain détachement propice à cette légèreté.

Tous ces atouts et ces travers que l’on peut citer à chaque lecture d’un texte de Flanigham, on pourrait les noter une nouvelle fois dans « De quoi frémir ! » même si, Flanigham tente, en plus, ici, de perdre à la fois son lecteur et son héros dans une intrigue assez complexe en apparence. Du moins, suffisamment complexe pour faire dire à Jo Garnier (le héros) que 3 et 3 ne font pas toujours 6, mais parfois 5 ou 7. Oui, Jo Garnier est un ancêtre de JCVD, mais sans l’accent belge et sans être capable de faire le grand écart (du moins, il n’est pas dit qu’il maîtrise cette figure de gymnastique particulière).

Heureusement, le héros est intelligent et, aidé en cela par quelques réflexions de ses comparses, il parvient à déceler le vrai du faux, tout comme peut le faire le lecteur s’il a saisi, lui aussi, les indications.

N’en reste pas moins que l’univers, lui, n’est pas Vandammien, car la noirceur, la folie, la vénalité sont les trois mamelles d’un récit de Flanigham (oui, les seins sont impairs).

Au final, un épisode très sombre et faussement complexe qui est distillé de main de maître par l’énigmatique J.A. Flanigham. Mais on aimerait quand même que le personnage de Bernoux, l’ami et homme de main de Garnier prenne un peu plus d’ampleur à l’avenir.