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« Toutes des garces !... » est le 4e épisode de la série « Les dessous de l’agence Garnier » signée de la plume de l’énigmatique J.A. Flanigham.

Je ne reviendrai pas sur l’auteur dont on ignore qui se cachait sous ce pseudonyme si ce n’est le même qui se cachait également sous l’alias Raymond Gauthier.

Si vous avez déjà lu tout ou partie de mes critiques sur les textes de J.A. Flanigham, que ce soit à propos des épisodes de ses séries (« Bill Disley, reporter-détective », « Dick et Betty, aventuriers modernes » ou « Les dessous de l’agence Garnier »), ainsi que celle sur « Meurtres pour zéro », du même auteur, vous savez tout le bien que je pense de cet écrivain, quel qu’il soit, du moins de sa plume et de son talent.

En ce qui concerne « Les dessous de l’agence Garnier » je me contenterai de répéter qu’il s’agit d’une courte série de 6 épisodes indépendants diffusés en 1955 et 1956 dans le magazine « Miroir-Police », un magazine tout aussi éphémère (6 numéros) et qui n’avait d’autre but que de proposer la série de Flanigham ainsi que quelques très courts textes d’autres auteurs, dont le fameux R. Gauthier, qui laisse supposer que les autres noms que l’on peut découvrir dans « Miroir-Police » sont eux aussi des alias du même écrivain. Chaque épisode comprend un petit peu moins de 25 000 mots qui est un juste milieu entre le fascicule 32 pages et le petit roman à la sauce « Série Noire » de chez Gallimard.

TOUTES DES GARCES !…

Georges Garnier, le détective, est embauché par Anne Porter, une chanteuse à la mode, qui lui demande de la protéger de son ancien amant, un dangereux trafiquant d’héroïne, qui cherche à profiter de son succès récent pour s’enrichir sur son dos. Pour ce faire, il la menace de mort si elle refuse d’emprunter le yacht de son riche mécène pour transporter une cargaison de drogue.

Georges Garnier accepte de tendre un piège au truand en organisant son arrestation au moment de la livraison…

Mais, à l’instant où il arrive sur le bateau pour intervenir, il constate que l’équipage est endormi, que le gangster est mort et que sa cliente a disparu…

Voilà un titre qui résume parfaitement la série, mais aussi toute la bibliographie de l’auteur ainsi que celle du roman noir à l’américaine des années 1950 et de tous ceux qui s’en sont inspirés ou presque. Car, pour Flanigham, je n’ai eu de cesse de le répéter, la femme, a de très rares exceptions près, sont, au mieux des garces, au pire... Et, quand elles ne le sont pas, elles tiennent le rôle de la femme douce et naïve qui n’est rien sans un vrai homme sur qui s’appuyer.

C’est encore une fois vrai dans ce titre et si le lecteur ne l’avait pas compris, un personnage se charge de le lui faire comprendre par cette exclamation qui donne le titre à l’épisode : « Toutes des garces !... ».

Mais il serait injuste de réduire les textes de Flanigham à des charges misogynes emplies de testostérones. Non ! Certes, si le propos est réducteur et destructeur pour l’image de la femme, replaçons-le tout de même dans un contexte du polar des années 50 dans lequel, qu’il soit littéraire ou cinématographique, la femme n’avait pas un rôle fort prestigieux. C’était souvent celui de la pépé aguichante et aguicheuse, vénale, voire vénéneuse. Pour s’en persuader, il suffit de revoir les films policiers de l’époque.

Ce serait donc injuste, mais surtout fort dommage, de n’accorder à la prose de Flanigham que cette vision terrible de la gent féminine tant sa plume mérite que l’on s’y intéresse.

J’ai répété ad nauseam que Flanigham brillait par une maîtrise exceptionnelle du format très court tel le fascicule 32 pages (environ 10 000 mots) dans lequel il parvenait à la fois à proposer des personnages intéressants et attachants (voir Bill Disley et son ami Jeff), un style de qualité, mais également une intrigue de qualité avec une narration ciselée qui, à la fin de la lecture, ne laissait jamais imaginer que l’on venait de terminer un texte aussi court tant les informations étaient nombreuses et l’histoire, prenante.

Je n’ai également, et sûrement plus fort encore, cessé de clamer l’excellence des incises et des indications scéniques lors des dialogues qui enrichissaient à la fois ces passages, tout en livrant des renseignements sur les caractères des personnages plus sûrement et de manière bien plus concise que s’il avait consacré des paragraphes entiers à cette démarche.

Et ce talent-là s’exprime encore plus dans ce 4e épisode qui pêche un peu par une histoire un brin trop rocambolesque, du moins tenant sur une révélation qui, certes, était beaucoup utilisée à l’époque, mais qui n’en est pas plus crédible pour autant.

Et pourtant, malgré cette faiblesse scénaristique, ou cette facilité que l’on pardonnera à des auteurs qui ont beaucoup produit et qui n’avaient pas forcément le temps de revoir les failles de leurs histoires, « Toutes des garces !... » se dévore avec presque autant de plaisir que les autres titres de la série.

Car c’est vraiment le style qui fait tout le charme des textes de Flanigham et qui permet de passer sur plusieurs détails qui seraient, pour moi, rédhibitoires chez tout autre auteur comme le rôle de la femme dont j’ai déjà parlé et le fait que tous les personnages sont forcément beaux ou belles.

Dans ce 4e épisode, Georges Garnier, de l’agence Garnier, est embauché par une jeune chanteuse à succès de la protéger de son passé en l’occurrence, d’un caïd de la drogue avec qui elle était maquée à une époque (là, l’histoire ressemble fortement à celle du tout premier épisode : « Les tripes au soleil »). Ce dernier veut l’obliger à utiliser le yacht de son mécène pour transporter de la drogue. Georges Garnier est chargé de l’arrêter à la réception et de le remettre à la justice.

Seulement, tout ne se passe pas comme prévu et, sur le bateau, Garnier et Bernoux, son ami et collègue, trouvent l’équipage endormi, le caïd mort et, plus tard, dans les eaux, le corps sans vie de sa cliente...

Si le scénario est un peu bancal, l’ensemble est pourtant prenant (du moins, jusqu’à la révélation finale) aussi bien grâce au style de l’auteur qu’à ses personnages, Bernoux en tête, qui est le plus attachant de l’équipe, de par son humour permanent et aussi, son côté plus humain.

Au final, je ne louerai jamais assez le talent de l’énigmatique J.A. Flanigham qui ferait passer bien de ses confrères plus connus et reconnus pour des perdreaux de l’année. À lire absolument, même si cet épisode n’est pas le meilleur de la série.