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A.D.G. est le pseudonyme de l’écrivain Alain Dreu Gallou, lui-même pseudonyme de l’auteur Alain Fournier, de son vrai nom. Mais pas le Alain Fournier de « Le grand Meaulnes », non, le Alain Fournier du « Le grand môme » un homonyme au nom si difficile à porter qu’il en changea pour des initiales.

A.D.G., plus je le découvre et plus je le vois comme une figure symétrique à celle de Jean-Patrick Manchette, dont l’axe de symétrie politique serait le centre. A.D.G. serait la figure de droite, très éloignée du centre, et Jean-Patrick Manchette serait sa représentation symétrique, donc, à gauche, également très éloignée du centre. Pourtant, les deux auteurs partagent un même goût du roman noir, des personnages décalés, même si A.D.G. se révèle plus drôle que son confrère... comme quoi...

Effectivement, dans mon cœur, les deux auteurs ont le même parcours et dans l’esprit, des positions totalement opposées. Manchette exprime des idées d’extrême gauche qui sont souvent le centre de ses romans (« Nada », par exemple), quand A.D.G. parsème ses œuvres de ses idées d’extrême droite, mais, bien souvent, sans en abuser et sans faire de prosélytisme, ce qui évite l’indigestion...

Les deux auteurs ont également initié un nouveau mouvement littéraire appelé « Néo Polar ».

Mais, ce qui les rapproche plus que tout dans mon esprit c’est que, généralement, j’adore un auteur et tous ses ouvrages ou presque, ou je le déteste, lui et sa production. Or, ces deux auteurs sont quasiment les deux seuls dont je peux adorer à l’extrême certains romans et détester presque autant le reste (même si Manchette gagnerait le concours de la détestation haut la main).

Et, plus encore, les romans que j’adore, chez l’un comme chez l’autre, sont invariablement tournés vers les mêmes personnages.

En clair, je suis un inconditionnel des romans autour du personnage de Eugène Tarpon de J.P. Manchette (malheureusement, il n’y en a que deux : « Morgue pleine » et « Que d’os ») de même que ceux autour du personnage de journaliste, Serguei Djerbiskine alias Machin (qui est bien souvent un personnage secondaire accompagné du héros, l’avocat Delcroix, en général, ou le détective Joseph Pinto, dans ce cas particulier), de l’écrivain A.D.G..

Juste un rigolo :

« Il y a un détective privé, il y a le “cerveau” d’un prodigieux casse et il y a aussi la femme du “cerveau”, qui veut être protégée de l’ire des complices de son mari. Le “privé”, c’est moi et, question cerveau, je ne suis guère à la hauteur. En revanche, le “cerveau” est parfaitement privé de sens moral, sa femme est très belle et elle, c’est une cervelle ! »

Ce roman trouve son titre dans celui de la chanson « Just a gigolo » et dans le fait que le détective Joseph Pinto va se faire balader du début à la fin, ce qui le pousse à se considérer comme un rigolo, juste un rigolo.

Car Joseph Pinto est embauché par un riche industriel pour protéger sa fille dont le mari vient de faire un formidable casse et s’est enfui en doublant ses partenaires.

Le détective amène donc la jeune femme à la campagne et va tomber amoureux d’elle, d’autant que la pauvre, affolée par les menaces qui pèsent sur elle (les partenaires de son mari voient en elle un moyen de retrouver le magot), recherche des bras protecteurs et... consolateurs.

Mais les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être et Joseph Pinto ne va très vite plus rien comprendre à la situation qu’il vit.

A.D.G., quand il est en forme, possède (oui, je parle souvent au présent des auteurs, même quand ils sont morts, car un artiste ne meurt pas tant que vivent ses œuvres dans le cœur et l’esprit des gens) une plume savoureuse trempée dans un humour permanent, doublée d’un travail sur la langue, par assonances, par jeux de mots, mais également par francisation de sigles ou de mots anglais. Et c’est un style identifiable et appréciable, surtout quand l’auteur est en forme et c’est le cas dans ce roman qui est dans l’ambiance des autres romans mettant en scène le fameux Machin.

Ce n’est donc pas tant une histoire que l’on déguste lorsque l’on s’attaque à un roman de A.D.G., mais un style, une plume, un humour, qui parfois peut faire défaut, selon les romans, mais qui, ici, est parfaitement présent pour le plus grand plaisir du lecteur.

Au final, un excellent roman se dégustant avec un immense plaisir tant par la suavité de la plume que par la concision du roman.