Albert-SIMONIN-Le-cave-se-rebiffe

Albert Simonin, est-il besoin de le répéter ? vous le connaissez forcément. Quoi ? Vous n’avez lu aucun de ses livres, vous doutez donc d’avoir fait sa connaissance ?

Hé bien, si ! Car, même si vous n’avez jamais mis votre nez dans un de ses romans, vous connaissez au moins ses romans via les adaptations cinématographiques qui en ont été faites.

Si je vous dis : « Touchez pas au grisbi », « Le cave se rebiffe », « Les Tontons flingueurs » ? 

Vous voyez, vous avez au moins vu à défaut d’avoir lu.

Albert Simonin est considéré comme le maître du roman de truands à la française et est principalement connu pour sa trilogie autour du personnage de Max-le-menteur, par les trois adaptations plus ou moins fidèles précitées.

Né en 1905, mort en 1980, on attribue bien souvent à l’auteur, et à tort, d’avoir ouvert la voie à Frédéric Dard, oubliant un peu trop facilement que son commissaire San Antonio existait depuis quelques années avant la sortie du premier roman de Simonin.

Mais, certes, s’il n’a pas initié le polar argotique (le Nestor Burma de Léo Malet lui est également antérieur), il a participé à son développement, notamment en usant d’une langue bien plus proche de celles des vrais voyous des rues, que celles de ses confrères.

Le cave se rebiffe :

Le cave, c’est une race bien étrange.
Et pas si facile à reconnaître que certains l’imaginent.
D’autant que vous en avez, dans le lot, qui mutent brusquement, qui tournent vicieux sans qu’on sache pourquoi ni comment, sans qu’apparaisse aucun stigmate sur leur frime.
Lorsqu’il est las d’être charrié, le cave se rebiffe !

Après avoir lu « Gribsi or not grisbi », le troisième opus de la trilogie de Max-le-menteur, que j’avais moyennement apprécié du fait d’une langue argotique un peu trop brute, par rapport à celles de Frédéric Dard ou Léo Malet, voilà que je poursuis ma découverte à rebours de cette série en lisant le second opus, « Le cave se rebiffe ».

Max-le-Menteur et son pote Pierrot-le-Gros, s’apprête à acheter un bar en bien piteux état afin de se ranger quelque peu, mais, surtout, se faire de l’artiche en loucedé grâce à quelques magouilles plus ou moins légales.

Mais à peine ont-ils pris la décision que Max reçoit un coup de téléphone lui enjoignant très fortement de ne pas poursuivre dans son entreprise.

Vouloir forcer la main à Max, et surtout au Gros, voilà qui n’est pas très malin.

Ne pas prendre en compte les menaces n’est pas plus intelligent pour autant.

D’autant que dans le même temps, le Gros entraîne Max dans une affaire de fausse monnaie dirigée par le Dab, un vieux de la vieille.

Mener ces deux affaires de front ne sera pas évident, d’autant que les menaces se précisent, que Max est attaqué et doit se défendre brutalement et que le corps sans vie d’un ami de Max est retrouvé dans le bar.

Se débarrasser du corps, des flics qui tournent autour du duo, et identifier d’où vient la menace pour régler son compte à l’instigateur sera d’autant moins facile qu’il faut rester loin des radars de la maison poulagat pour que les faux fafiots fassent des petits. Mais, quand le cave sur lequel repose toute l’affaire se rebiffe... tout part à vaut l’eau.

Avec un style un peu plus digeste (ou bien je me suis un peu habitué après ma première lecture), ce court roman m’a passionné quelque peu plus que son prédécesseur (qui est donc son successeur).

Bien que certaines tournures de phrases m’ont accroché un peu les paupières, l’ensemble a été plutôt agréable est c’est avec un réel plaisir que j’ai suivi les mésaventures de Max et du Gros, jusqu’à un point final qui met un terme au roman aussi brutalement qu’à la vengeance des deux hommes.

Certes, en lisant le roman, comment ne pas imaginer les traits burinés du visage de Jean Gabin, bien que son personnage (le Dabe), dans le roman, ne soit que très secondaire et que Max, le héros, est totalement absent du film éponyme.

Pour autant, du fait des autres adaptations, c’est le visage de Lino Ventura qui s’imprime sur celui de Max, du fait de sa présence dans les deux autres adaptations, parfois à la place d’un personnage similaire à Max, parfois dans un autre rôle.

On cherche également à placer la tronche de Bernard Blier, pour les mêmes raisons.

Les points forts de ce petit roman sont ainsi les suivants :

– Un personnage qui cherche à se ranger et qui va se retrouver dans la mouise.

– Une narration à la première personne immersive.

– Une langue argotique qui rend l’ambiance de l’époque et du milieu.

– Un format d’une taille suffisamment courte pour éviter les longueurs.

– Un personnage (Max-le-Menteur) attachant.

– Une histoire construite sur une notion ancestrale de la Loi de Murphy.

Les points faibles :

– Une langue argotique un peu brute.

– Une tournure de phrase un peu bancale qui est souvent répétée.

– Une fin un peu sèche.

Au final, si le denier opus de la trilogie m’avait laissé un peu froid, ce second, lui, me réconcilie avec cette trilogie et avec Max-le-Menteur et me donne envie de découvrir le tout premier opus.